Rémunération du gérant de SCI : à l’impôt sur le revenu, elle ne réduit rien, elle déplace du revenu imposable
La doctrine range la rémunération de l’associé-gérant parmi les sommes non déductibles dont « il doit seulement en être tenu compte pour la répartition du bénéfice social imposable ». Le résultat de la SCI ne bouge pas : seul change qui déclare quoi — et selon les tranches, le geste coûte 570 € ou en rapporte autant.
LE RÉSULTAT DE LA SCI NE BOUGE PAS D’UN EURO
Ce n’est pas une charge : c’est une clé de répartition.
La doctrine administrative écarte la rémunération de l’associé-gérant des charges déductibles des revenus fonciers, et précise qu’il n’en est tenu compte que pour répartir le bénéfice entre les associés. Aucune économie n’est possible de ce côté — mais le revenu imposable, lui, se déplace.
- Le montant déplacé : rémunération × (1 − quote-part du gérant)
- 570 € par an dans un sens, 570 € gagnés dans l’autre
- Zéro effet quand les associés sont dans la même tranche
- Le régime social n’est nommé dans aucun texte, et nous ne le chiffrons pas
RÉSULTAT DE LA SCI
inchangé
REVENU DÉPLACÉ
3 000 €
EFFET ANNUEL
570 €
APRÈS CSG DÉDUCTIBLE
531 €
À TRANCHES ÉGALES
0 €
ÉCONOMIE D’IS
900 €
Écrit par
Fondateur de Hagnéré Investissement
Guide général et national — aucune recommandation personnalisée
La réponse en trente secondes. Oui, un gérant de SCI peut se rémunérer. Non, ce n’est pas une charge. La doctrine administrative range la rémunération de l’associé-gérant d’une société immobilière parmi les sommes non déductibles, dont « il doit seulement en être tenu compte pour la répartition du bénéfice social imposable entre les mains de chacun des membres de la société »1. Le résultat de la société ne bouge pas d’un euro.
Ce que la somme fait, elle le fait à la répartition. Elle déplace du revenu imposable vers le gérant, et le retire aux autres. Le montant déplacé se calcule en une ligne : la rémunération multipliée par la part que le gérant ne détient pas.
Le geste coûte ou rapporte selon les tranches. Sur le dossier chiffré plus bas, le même versement de 6 000 € coûte 570 € par an dans un sens et en rapporte 570 € dans l’autre. À tranches égales entre associés, il ne change rien : 6 986 € de prélèvements dans les deux cas.
Presque toutes les pages sur ce sujet débattent des cotisations sociales, question qu’aucun texte ne tranche en nommant la société civile. Aucune ne cite le paragraphe de doctrine ci-dessus, qui est pourtant public depuis 2016 et qui règle l’essentiel.
Le fil rouge de ce guide. Nous suivrons Yannick, 44 ans, infirmier anesthésiste à Angers. Il détient avec son père une SCI à parts égales, propriétaire de deux appartements loués nus, dont le revenu foncier net s’établit à 14 800 € par an. Yannick gère seul et se verse 6 000 € au titre de sa gérance. Sa tranche marginale est de 30 %, celle de son père de 11 %. Exemple construit à partir des textes et de la doctrine cités dans ce guide — ce n’est pas un dossier client.
Un gérant de SCI peut-il se verser une rémunération ?
Oui. Rien ne l’interdit, et c’est même la seule partie de la question qui ne fait débat nulle part — ni chez les praticiens, ni dans la doctrine administrative, ni dans les statuts types que les notaires font signer chaque semaine, lesquels prévoient presque toujours une clause de rémunération de la gérance dont personne ne mesure ensuite les conséquences.
Le gérant d’une société civile est nommé « soit par les statuts, soit par un acte distinct, soit par une décision des associés »8. La même logique gouverne sa rémunération : elle relève des associés, pas de lui. Un gérant qui se sert lui-même sans décision préalable ne perçoit pas une rémunération de gérance ; il opère un prélèvement, ce qui n’est pas la même chose et ne se traite pas pareil.
La vraie question n’est donc pas « le puis-je », mais « qu’est-ce que cela produit ». Et la réponse dépend entièrement d’un seul paramètre : le régime fiscal de la société.
Une SCI qui n’a pas opté pour l’impôt sur les sociétés est translucide. Ses associés sont « personnellement soumis à l’impôt sur le revenu pour la part des bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société »2. La société calcule un résultat, elle ne paie rien, et chacun déclare sa part. C’est dans ce cadre que la rémunération de gérance perd sa nature de charge.
Ce n’est pas une charge, c’est une clé de répartition
Le paragraphe qui règle la question tient en deux phrases. Il est public depuis dix ans.
La doctrine administrative dresse la liste des dépenses non déductibles des revenus fonciers et y fait figurer « les rémunérations allouées à l’associé-gérant d’une société immobilière. Il doit seulement en être tenu compte pour la répartition du bénéfice social imposable entre les mains de chacun des membres de la société »1. Deux conséquences en découlent, et la seconde surprend tout le monde.
La première : le résultat de la SCI ne change pas. Les 14 800 € de revenu foncier net restent 14 800 €, que Yannick se verse 6 000 € ou rien du tout. Aucune économie d’impôt n’est possible de ce côté-là. Le gestionnaire locatif qui vous suggère l’inverse confond avec une société commerciale, où la rémunération du dirigeant est effectivement une charge d’exploitation qui vient réduire le bénéfice avant impôt — mécanisme parfaitement réel, mais qui suppose un impôt sur les sociétés, c’est-à-dire exactement ce que la SCI translucide n’a pas.
La seconde : la somme versée n’est pas ignorée pour autant. Elle entre dans la répartition, ce qui veut dire qu’elle s’ajoute à la quote-part du gérant et se retire de celle des autres.
Le total imposé est le même dans les deux colonnes : seule sa répartition change
| Qui déclare quoi | Sans rémunération | Avec 6 000 € de gérance | Écart |
|---|---|---|---|
| Yannick, gérant à 50 % | 7 400 € | 10 400 € | + 3 000 € |
| Son père, associé à 50 % | 7 400 € | 4 400 € | − 3 000 € |
| Total imposé | 14 800 € | 14 800 € | 0 € |
Le calcul de la colonne du milieu se refait en deux temps. Yannick prélève d’abord ses 6 000 €, ce qui laisse un solde de 8 800 € à partager. Sa moitié de ce solde vaut 4 400 €, et sa quote-part totale devient 10 400 €. Son père, lui, n’a plus que 4 400 €.
Le déplacement est donc de 3 000 €, et il obéit à une formule d’une ligne que vous pouvez appliquer à votre propre société : rémunération × (1 − quote-part du gérant). Ici 6 000 multiplié par 0,50. Retenez-la. La suite du guide n’est que son application.
Combien ce geste coûte-t-il vraiment ?
Rien, tant qu’on regarde la société. Beaucoup, dès qu’on regarde les deux avis d’imposition.
C’est toute la difficulté de ce sujet : l’effet ne se lit sur aucun document de la SCI, il n’apparaît sur aucune ligne de charge, il ne fait l’objet d’aucune écriture comptable distincte, et il se manifeste seulement des mois plus tard, sur deux feuilles d’impôt séparées que personne ne pense à comparer.
Un revenu foncier supporte l’impôt sur le revenu au taux marginal de son bénéficiaire, plus 17,2 % de prélèvements sociaux. Yannick est dans la tranche à 30 %, ce qui porte son taux marginal global à 47,2 %. Son père est à 11 %, soit 28,2 %. L’écart entre eux atteint 19 points, et c’est ce seul écart qui produit l’effet.
Le même versement de 6 000 € produit trois résultats opposés selon qui est dans quelle tranche
| Configuration | Sans rémunération | Avec rémunération | Écart |
|---|---|---|---|
| Yannick à 47,2 %, son père à 28,2 % | 5 580 € | 6 150 € | + 570 € |
| Yannick à 28,2 %, son père à 47,2 % | 5 580 € | 5 010 € | − 570 € |
| Les deux à 47,2 % | 6 986 € | 6 986 € | 0 € |
Reprenons la première ligne à la main, parce que c’est elle qui compte. Sans rémunération, chacun déclare 7 400 € : Yannick paie 3 493 € et son père 2 087 €, soit 5 580 € pour les deux. Avec, Yannick déclare 10 400 € et paie 4 909 €, son père déclare 4 400 € et paie 1 241 €, soit 6 150 €. La différence fait 570 €, et elle sort de la poche de la famille sans que personne ait reçu un service en échange.
Une seconde route mène au même nombre, et elle est plus rapide : multipliez le déplacement par l’écart de taux. 3 000 € multipliés par 19 points donnent 570 €. Les deux routes concordent parce qu’il ne se passe rien d’autre. Ni charge nouvelle. Ni abattement. Ni base différente.
Un expert-comptable objecterait ici, et il aurait raison : le taux marginal global de 47,2 % est une simplification. La contribution sociale généralisée est déductible du revenu global à hauteur de 6,8 points, l’année de son paiement10. Pour un contribuable dans la tranche à 30 %, ces 6,8 points valent 2,04 points d’impôt en moins, ce qui ramène son taux réel à 45,16 %. Pour la tranche à 11 %, le taux tombe à 27,45 %.
L’écart net entre les deux associés n’est donc pas de 19 points mais de 17,71. L’effet annuel passe de 570 € à 531 €, avec un an de décalage. Trente-neuf euros. Le raffinement ne change ni le sens du résultat ni la décision qui en découle, et c’est pourquoi le reste du guide raisonne sur les taux bruts — mais un lecteur qui refait le calcul pour de bon doit le connaître.
Le point de vigilance. La troisième ligne du tableau est celle qu’on oublie. Quand les associés sont dans la même tranche, la rémunération de gérance est parfaitement neutre — 6 986 € de prélèvements avec ou sans. Elle ne coûte rien, mais elle ne rapporte rien non plus, et elle ajoute une décision d’assemblée à tenir chaque année.
Le même versement peut rapporter autant qu’il coûte
La deuxième ligne du tableau est la plus intéressante, et personne ne la présente jamais comme un outil.
Si le gérant est dans la tranche basse, le déplacement va dans le bon sens : il retire du revenu à l’associé lourdement imposé pour l’attribuer à celui qui l’est moins. Les deux associés, pris ensemble, économisent exactement les mêmes 570 €. Attention au mot : un père et son fils forment deux foyers fiscaux distincts, et cette économie se répartit entre deux avis d’imposition. Elle n’est un gain commun que si la famille raisonne comme un ensemble, ce qui suppose une conversation que beaucoup de familles n’ont jamais eue. Ce n’est pas une optimisation exotique. C’est de l’arithmétique, et cela suppose évidemment que le gérant fasse bien le travail correspondant, condition sur laquelle la section 07 revient.
L’ampleur de l’effet dépend de deux paramètres. Vous les connaissez tous les deux.
Plus le gérant détient de parts, moins son versement déplace de revenu
| Quote-part du gérant | Revenu déplacé | Effet à 19 points d’écart |
|---|---|---|
| 30 % | 4 200 € | 798 € |
| 50 % | 3 000 € | 570 € |
| 70 % | 1 800 € | 342 € |
Un gérant qui détient 90 % de sa SCI ne déplace presque rien : sa rémunération lui revient à 90 % de toute façon. C’est pourquoi le mécanisme n’a d’intérêt réel qu’en SCI familiale à plusieurs branches, sujet que notre guide sur la SCI familiale traite pour ce qu’il est.
Et disons ce qui ne nous arrange pas : dans la majorité des dossiers que nous voyons, le calcul aboutit à zéro ou à quelques dizaines d’euros. Deux associés dans la même tranche, un gérant majoritaire, un revenu foncier modeste — les trois situations les plus courantes annulent l’effet. Mettre en place une rémunération de gérance pour quelques dizaines d’euros par an n’a aucun sens, et l’assemblée annuelle qu’elle impose coûte plus cher que ce qu’elle rapporte.
Qu’est-ce que l’option pour l’IS change à la question ?
Tout. C’est le seul cas où la rémunération devient une vraie charge.
Lorsqu’une société civile opte pour l’impôt sur les sociétés, les rémunérations allouées à ses associés entrent dans le champ de l’article 62 du code général des impôts4. Ce texte vise les sommes qui sont « déductibles des bénéfices soumis à l’impôt sur les sociétés par application de l’article 211 », et il les impose « d’après les règles applicables aux traitements et salaires »3, ce qui ouvre l’abattement de 10 %.
Sur les 6 000 € de Yannick, l’effet se chiffre simplement. Une SCI à l’IS dont le bénéfice reste sous 42 500 € relève du taux réduit de 15 %5, sous réserve des conditions de capital et de chiffre d’affaires. Déduire 6 000 € économise donc 900 € d’impôt sur les sociétés. C’est le premier gain que la société elle-même encaisse — les 570 € de la section précédente se gagnaient chez les associés, pas dans les comptes de la SCI —, et il faut immédiatement le mettre en regard de ce que l’option coûte de son côté.
Car l’option n’est pas un réglage, c’est un changement de nature. Notre guide sur sortir le cash d’une SCI à l’IS chiffre le frottement à la distribution, et celui sur le choix du régime fiscal pose l’arbitrage d’ensemble. Retenez surtout la fenêtre : l’option se notifie avant la fin du troisième mois de l’exercice, elle peut être abandonnée pendant les premières années, et « en l’absence de renonciation » avant l’échéance du cinquième exercice suivant, elle devient définitive6. Une renonciation ferme d’ailleurs la porte pour toujours : on ne peut plus opter à nouveau.
Le régime social d’un gérant de société civile n’est nommé dans aucun texte
Voici le passage que nous aurions préféré écrire autrement. Il est court, et il ne conclut pas.
La liste des personnes affiliées au régime des travailleurs indépendants est fixée par l’article L. 611-1 du code de la sécurité sociale. Elle nomme les débitants de tabac, les moniteurs de ski titulaires d’un brevet d’État, les bénéficiaires d’un agrément de services à la personne, les loueurs de chambres d’hôtes au-delà d’un seuil, les loueurs de meublés au-delà d’un autre, les loueurs de biens meubles. Elle ne nomme nulle part le gérant d’une société civile7. Son premier alinéa vise les « travailleurs non salariés » en général, et toute la difficulté tient à savoir si gérer un patrimoine locatif nu constitue une activité professionnelle au sens de ce texte.
Les pages qui affirment un régime social définitif pour ce cas s’appuient sur un raisonnement, pas sur un article. Nous ne publierons donc aucun taux de cotisation ici, et nous ne chiffrerons pas l’arbitrage entre rémunération et dividende à l’IS, parce qu’il dépend entièrement de ce point. Un écart de quelques centaines d’euros d’impôt ne pèse rien face à une affiliation rétroactive.
Ce que vous pouvez faire, en revanche, est précis. Posez la question à un expert-comptable avant le premier versement, faites-la trancher par écrit, et conservez la réponse. C’est l’un des rares sujets où nous vous déconseillons formellement de décider seul, et où l’honoraire d’une consultation est inférieur à ce qu’un redressement coûterait.
Que faut-il écrire pour que la rémunération existe ?
Deux conditions. Elles se vérifient en une minute chacune, et leur oubli est la cause la plus fréquente des redressements sur ce sujet — bien avant le montant lui-même, qui n’est presque jamais discuté quand la décision et le travail sont documentés.
La décision doit précéder le versement. La rémunération se fixe dans les statuts ou par une décision collective des associés, dans les formes que les statuts prévoient pour la nomination du gérant8. Une somme versée sans décision n’est pas une rémunération de gérance : c’est une avance en compte courant, ou une distribution déguisée, et le notaire qui a rédigé les statuts vous dira laquelle. Datez la décision, chiffrez-la, et tenez le procès-verbal avant le premier virement.
Le travail doit être réel et la somme proportionnée. Le code général des impôts n’admet en déduction que les rémunérations qui « correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l’importance du service rendu »9, et il précise que cette condition vaut pour toutes les rémunérations directes ou indirectes, indemnités et avantages en nature compris. La règle ne joue qu’à l’impôt sur les sociétés, puisqu’il n’y a rien à déduire à l’impôt sur le revenu. Son esprit gouverne pourtant les deux régimes, parce qu’une rémunération sans contrepartie se requalifie.
Ce que « travail effectif » recouvre, pour une SCI qui détient deux appartements : tenir la comptabilité, préparer l’assemblée, gérer la relation avec les locataires, suivre les artisans, arbitrer les travaux. Conservez la trace de ces actes. Un agent immobilier facturerait ce travail entre 6 % et 8 % des loyers encaissés, et cette comparaison est le meilleur étalon dont vous disposiez pour juger si votre montant est proportionné.
Quatre dossiers qui dérapent, et ce que chacun coûte
La somme versée sans décision préalable. À l’impôt sur les sociétés, elle est réintégrée et l’économie de 900 € disparaît. À l’impôt sur le revenu, rien ne change — puisqu’elle n’était de toute façon pas déductible — et c’est précisément ce qui trompe : l’absence de conséquence immédiate laisse croire que la pratique est régulière.
Le curseur poussé dans le mauvais sens. Rémunérer le gérant le plus imposé coûte 570 € par an sur le dossier de Yannick, soit 5 700 € sur dix ans, pour un geste que personne ne remarque puisqu’il n’apparaît sur aucune ligne de dépense.
Les 6 000 € déclarés une seconde fois. Un gérant qui porte sa rémunération en traitements et salaires alors qu’elle est déjà comprise dans sa quote-part de revenu foncier paie deux fois sur la même somme : 2 832 € à son taux marginal global. La rémunération d’une SCI à l’impôt sur le revenu ne se déclare pas à part, et notre guide sur la déclaration 2044 montre où la quote-part se reporte.
La fenêtre de renonciation laissée passer. Une SCI qui a opté pour l’IS afin de déduire 6 000 € par an aura économisé 4 500 € d’impôt sur les sociétés au bout de cinq exercices — et se retrouvera enfermée dans un régime qu’elle ne pourra plus quitter, l’option étant devenue définitive6. Posez l’alerte dans votre agenda dès l’année de l’option. Pas la cinquième année.
Comment décider, et dans quel ordre ?
- Vérifiez d’abord le régime de la société. À l’impôt sur le revenu, la rémunération n’est pas une charge et aucune économie n’est possible de ce côté. Tout ce qui suit en découle.
- Relevez les tranches marginales de chaque associé. Sans cet écart, le calcul donne zéro et la question est close en cinq minutes.
- Appliquez la formule du déplacement. Rémunération multipliée par la part que le gérant ne détient pas. Puis multipliez ce déplacement par l’écart de taux marginal global.
- Comparez le résultat au coût de la formalité. Une assemblée annuelle et un procès-verbal chaque année : si l’effet tombe sous cent euros, renoncez.
- Faites trancher la question sociale par écrit avant le premier versement, et conservez la réponse de votre expert-comptable.
- Tenez la décision avant le virement. Statuts ou procès-verbal daté, montant chiffré, périodicité indiquée.
- Déclarez au bon endroit. À l’impôt sur le revenu, la somme entre dans la quote-part de revenu foncier et nulle part ailleurs. À l’impôt sur les sociétés, elle relève des traitements et salaires avec l’abattement de 10 %.
Un mot pour finir sur ce que ce guide ne dit pas. Il ne dit pas qu’une rémunération de gérance est une mauvaise idée : elle rémunère un travail réel, et refuser de le payer parce que le fisc n’en tient pas compte serait absurde. Il dit qu’à l’impôt sur le revenu, ce paiement ne produit aucun effet fiscal favorable en lui-même, et qu’il en produit un défavorable dès que le gérant est l’associé le plus imposé. Le déficit foncier, lui, réduit vraiment la base — notre guide sur l’imputation du déficit foncier montre comment.
Le même versement coûte ou rapporte, selon qui est dans quelle tranche.
Un écart de 19 points entre deux associés transforme un geste réputé neutre en 570 € par an, dans un sens comme dans l’autre. La correction de CSG déductible ramène l’effet à 531 €. À tranches égales, il tombe à zéro et l’assemblée annuelle coûte plus qu’elle ne rapporte.
- Le tableau de répartition dont les deux colonnes totalisent le même montant
- Les trois configurations de tranches et leurs résultats opposés
- Ce que l’option pour l’impôt sur les sociétés change vraiment
Questions fréquentes
Huit réponses directes sur le gérant non associé, le procès-verbal annuel, la cadence de la décision, le cas d’un résultat déficitaire, le déficit foncier, le remboursement de frais et la place de la clause dans les statuts.
Une SCI à deux ou trois associés, et une gérance à organiser ?
Apportez les statuts, la répartition des parts et les tranches de chacun. Le sens du curseur et son montant se déterminent en un quart d’heure.
Faire le point sur un projet01 · Qui et comment
01Le gérant non associé est-il traité de la même façon ?
Le traitement diffère, et le raisonnement mérite d’être exposé plutôt qu’asséné. La doctrine vise expressément « l’associé-gérant » quand elle écarte la déduction, et elle range par ailleurs dans les frais de gérance déductibles les rémunérations versées à des tiers pour la gestion des immeubles. Un gérant extérieur à la société relève à la lettre de la seconde catégorie. Faites confirmer cette lecture avant de bâtir un montage dessus : elle repose sur la combinaison de deux paragraphes, pas sur une phrase unique.02Faut-il un procès-verbal chaque année ?
Si la rémunération est fixée dans les statuts avec son montant et sa périodicité, non : la décision existe déjà. Si elle est fixée par décision collective, il en faut une, et elle doit précéder le versement. En pratique, la solution la plus souple consiste à prévoir dans les statuts le principe d’une rémunération et à laisser l’assemblée en fixer le montant chaque année. C’est une réunion et un document par exercice, à mettre en regard de l’effet fiscal réel avant de s’y engager.
02 · La cadence
03Peut-on rémunérer le gérant une année et pas la suivante ?
Oui, rien ne l’interdit, et c’est même souvent la bonne façon de faire. Puisque l’effet dépend de l’écart de tranche entre associés, et que cet écart bouge d’une année sur l’autre, la décision se prend annuellement, à la lumière des revenus de chacun. Ce qui n’est pas possible, en revanche, c’est de décider rétroactivement : une somme versée en janvier ne peut pas être régularisée par une assemblée tenue en décembre.04Que se passe-t-il si la SCI est en déficit ?
Le mécanisme joue à l’identique et produit un résultat que peu de gérants anticipent. Prenons un résultat de − 4 000 € et une rémunération de 6 000 € : le solde à partager devient − 10 000 €, dont la moitié pour chacun. Le gérant déclare alors 6 000 € moins 5 000 €, soit 1 000 € de revenu positif, tandis que son associé déclare − 5 000 €. La société perd de l’argent et le gérant est imposé. Vérifiez le sens du calcul avant de fixer le montant.
03 · Les effets
05La rémunération peut-elle créer un déficit foncier ?
Non, jamais, à l’impôt sur le revenu. Un déficit foncier naît de charges déductibles supérieures aux loyers encaissés, et la rémunération de l’associé-gérant ne figure pas parmi les charges déductibles. Elle ne peut donc pas creuser le résultat de la société d’un seul euro. C’est la conséquence directe de sa nature : elle n’est pas une dépense au sens fiscal, elle est une modalité de répartition d’un résultat déjà calculé.06Vaut-il mieux se rembourser ses frais que se rémunérer ?
Ce sont deux opérations différentes et il ne faut pas les confondre. Un remboursement de frais porte sur des dépenses réellement engagées pour le compte de la société — déplacements, fournitures, frais postaux —, et ces dépenses suivent leur propre régime : elles sont déductibles si elles entrent dans les charges admises, quel que soit celui qui les a avancées. Une rémunération de gérance, elle, paie du temps. Conservez les justificatifs des unes, et la décision d’assemblée pour l’autre.
04 · Les formalités
07L’écart de tranche se calcule-t-il une fois pour toutes ?
Non, et c’est la raison pour laquelle ce guide ne propose aucune règle générale. Le taux marginal global d’un associé combine sa tranche d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, et il change dès qu’un revenu bouge : une promotion, un départ à la retraite, un enfant qui quitte le foyer. Refaites le calcul chaque année avant l’assemblée, avec les avis d’imposition de l’année précédente sous les yeux.08La rémunération du gérant doit-elle figurer dans les statuts ?
Elle peut y figurer, elle n’y est pas obligée. Le code civil prévoit que le gérant est nommé soit par les statuts, soit par un acte distinct, soit par une décision des associés, et la même souplesse vaut pour sa rémunération. L’inscrire dans les statuts évite une décision annuelle mais impose une modification statutaire pour changer le montant. La laisser à l’assemblée coûte une réunion par an et se règle en une résolution.
Un geste réputé neutre qui déplace 3 000 € de revenu imposable.
Hagnéré Investissement accompagne des investisseurs et perçoit des honoraires publics. Nous ne sommes ni experts-comptables ni conseils fiscaux : le point relatif au régime social se fait trancher par un professionnel, et ce guide se lit avec les textes cités.
Sources et date de contrôle
Dix sources publiques, chacune ouverte à sa page et datée du 27 août 2026.
- Source 01
BOI-RFPI-BASE-20-10 — Revenus fonciers, charges déductibles, frais d’administration et de gestion — Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP). § 60 — les frais de gérance déductibles recouvrent les rémunérations, honoraires et commissions versés à des tiers pour la gestion des immeubles. § 70 — figurent parmi les dépenses non déductibles « les rémunérations allouées à l’associé-gérant d’une société immobilière. Il doit seulement en être tenu compte pour la répartition du bénéfice social imposable entre les mains de chacun des membres de la société. » Document publié le 6 juillet 2016.
- Source 02
Article 8 du code général des impôts — imposition personnelle des associés de sociétés civiles — Légifrance. Premier alinéa : les membres des sociétés civiles qui ne revêtent pas l’une des formes visées à l’article 206-1 et qui ne se livrent pas à une exploitation ou à des opérations visées aux articles 34 et 35 sont « personnellement soumis à l’impôt sur le revenu pour la part des bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société ». Version en vigueur depuis le 7 mai 2012.
- Source 03
Article 62 du code général des impôts — rémunérations allouées aux gérants et associés de certaines sociétés — Légifrance. Les traitements, remboursements forfaitaires de frais et autres rémunérations sont soumis à l’impôt sur le revenu au nom de leurs bénéficiaires « s’ils sont admis en déduction des bénéfices soumis à l’impôt sur les sociétés par application de l’article 211 », même si les résultats de l’exercice sont déficitaires ; le montant imposable est déterminé, après déduction des cotisations sociales obligatoires, « d’après les règles applicables aux traitements et salaires ». Version en vigueur depuis le 6 août 2008.
- Source 04
BOI-RSA-GER-10-30 — Rémunérations allouées aux gérants et associés, personnes et rémunérations non concernées — Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP). § 340 — lorsqu’une société civile visée aux articles 8 ou 8 ter du CGI opte pour l’impôt sur les sociétés, les rémunérations allouées aux associés relèvent de l’article 62 du CGI dès lors qu’elles sont admises en déduction par application de l’article 211. § 410 — l’article 211 ne s’applique pas aux sociétés immobilières de copropriété de l’article 1655 ter. Document publié le 27 décembre 2023, version en vigueur au 16 juillet 2025.
- Source 05
Article 219 du code général des impôts — taux de l’impôt sur les sociétés — Légifrance. I, b — taux réduit de 15 % dans la limite de 42 500 € de bénéfice imposable par période de douze mois, pour les redevables dont le chiffre d’affaires n’excède pas 10 millions d’euros, sous condition de capital entièrement libéré et détenu de manière continue pour 75 % au moins par des personnes physiques. Limite de 42 500 € applicable aux exercices clos à compter du 31 décembre 2022.
- Source 06
Article 239 du code général des impôts — option pour le régime des sociétés de capitaux et renonciation — Légifrance. L’option doit être notifiée avant la fin du troisième mois de l’exercice au titre duquel la société souhaite être soumise pour la première fois à l’impôt sur les sociétés. Les sociétés qui souhaitent y renoncer notifient leur choix avant la fin du mois précédant la date limite de versement du premier acompte. « En l’absence de renonciation » avant cette échéance du cinquième exercice suivant celui au titre duquel l’option a été exercée, l’option devient irrévocable. En cas de renonciation, les sociétés ne peuvent plus opter à nouveau. Version en vigueur depuis le 31 décembre 2018.
- Source 07
Article L. 611-1 du code de la sécurité sociale — personnes affiliées au régime des travailleurs indépendants — Légifrance. Énumération des personnes affiliées : 1° les travailleurs non salariés non affiliés au régime agricole ; 2° les débitants de tabac ; 3° les moniteurs de ski titulaires d’un brevet d’État ou d’une autorisation d’exercer ; 4° les bénéficiaires d’un agrément relatif aux services à la personne ; 5° les loueurs de chambres d’hôtes au-delà d’un seuil ; 6° les loueurs de locaux d’habitation meublés au-delà du seuil du 2° du 2 du IV de l’article 155 du CGI ; 7° les loueurs de biens meubles au-delà de 20 % du plafond annuel. Les gérants de sociétés civiles n’y sont pas nommés. Version en vigueur depuis le 16 décembre 2020, modifiée par la loi n° 2020-1576 du 14 décembre 2020.
- Source 08
Article 1846 du code civil — la gérance de la société civile — Légifrance. La société est gérée par une ou plusieurs personnes, associées ou non, nommées « soit par les statuts, soit par un acte distinct, soit par une décision des associés ». Les statuts fixent les règles de désignation et le mode d’organisation de la gérance ; sauf disposition contraire, le gérant est nommé par une décision des associés représentant plus de la moitié des parts sociales.
- Source 09
Article 39 du code général des impôts — charges déductibles et condition de travail effectif — Légifrance. 1, 1° : « les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l’importance du service rendu », disposition applicable à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais. Version en vigueur depuis le 21 février 2026, modifiée par la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 sur d’autres points.
- Source 10
Article 154 quinquies du code général des impôts — déductibilité partielle de la contribution sociale généralisée — Légifrance. II — la contribution afférente aux revenus du patrimoine mentionnés aux articles L. 136-6 et L. 136-7 du code de la sécurité sociale, soumis au barème de l’article 197, est admise en déduction du revenu imposable de l’année de son paiement, à hauteur de 6,8 points. Version en vigueur depuis le 27 juin 2026, modifiée par la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, article 65 V, applicable à l’impôt sur le revenu dû au titre de l’année 2026 et des années suivantes. Consulté le 2026-08-27.
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