Apport d’un bien immobilier à une SCI : l’impôt tombe dans le mois de l’acte, sans qu’un euro ne soit encaissé
La doctrine l’écrit en six mots : « L’apport en société constitue une cession à titre onéreux. » La plus-value se calcule et se paie comme à la revente — 11 315 € sur le dossier chiffré ici — pendant que les droits d’enregistrement, eux, sont nuls. Tout l’inverse de ce que l’on croit.
L’IMPÔT TOMBE SANS QU’UN EURO NE RENTRE
L’apport n’est pas un transfert neutre : c’est une vente aux yeux du fisc.
Le bien ne quitte pas votre patrimoine, mais l’administration traite l’opération comme une cession à titre onéreux — les parts reçues tiennent lieu de prix. La plus-value est due dans le mois de l’acte, et il faut la financer autrement que sur le produit d’une vente qui n’a pas eu lieu.
- 11 315 € de plus-value sur un bien acheté 168 000 € et apporté 265 000 €
- Zéro droit d’enregistrement à l’impôt sur le revenu, 2,20 % à l’impôt sur les sociétés
- Cinq ans d’attente valent 3 984 € sur ce dossier
- L’option pour l’IS six ans plus tard réveille 6 820 € de droits
PLUS-VALUE DUE
11 315 €
DROITS D’ENREGISTREMENT
0 €
TAUX À L’IMPÔT SUR LES SOCIÉTÉS
2,20 %
FRAIS SI VENTE
21 333 €
INTÉRÊTS DÉDUCTIBLES
102 222 €
CINQ ANS D’ATTENTE
3 984 €
Écrit par
Fondateur de Hagnéré Investissement
Guide général et national — aucune recommandation personnalisée
La réponse en trente secondes. L’apport est une cession. La doctrine administrative l’écrit en six mots : « L’apport en société constitue une cession à titre onéreux »1. La plus-value se calcule et se paie comme à la revente. Sur le dossier chiffré plus bas, l’addition atteint 11 315 €.
Les droits d’enregistrement, eux, ne sont presque rien. C’est la croyance inverse qui domine. « Les apports sont enregistrés gratuitement » quand la société n’est pas à l’impôt sur les sociétés5, et le tarif tombe à 2,20 % pour un immeuble apporté à une société qui l’est — effacé par un engagement de conserver les parts trois ans.
La plus-value ne départage pas apport et vente. Elle est la même dans les deux voies. Ce qui les sépare tient en trois lignes : des parts contre une créance de 265 000 € en compte courant, et 102 222 € d’intérêts d’emprunt déductibles que seule la vente ouvre.
Les pages qui traitent ce sujet décrivent la forme de l’acte et les frais de constitution. Presque aucune ne pose la question qui décide de tout : puisque l’impôt est identique des deux côtés, qu’est-ce que chaque voie vous rend en échange ?
Le fil rouge de ce guide. Nous suivrons Solène, 49 ans, kinésithérapeute à Rennes. Elle possède depuis juin 2009 un appartement acheté 168 000 €, loué nu, qu’elle veut faire entrer dans une SCI créée avec ses deux enfants majeurs. La valeur du bien en septembre 2026 s’établit à 265 000 €. Exemple construit à partir des textes et de la doctrine cités dans ce guide — ce n’est pas un dossier client.
Apporter un bien à une SCI, est-ce une cession ?
Oui. La phrase tient en une ligne de doctrine et elle règle l’essentiel du sujet.
Le bulletin officiel des finances publiques consacre un paragraphe entier aux opérations imposables au titre des plus-values immobilières, et il y range l’apport sans détour : « L’apport en société constitue une cession à titre onéreux »1. Ce que vous recevez en échange — des parts sociales — tient lieu de prix. L’opération est donc à titre onéreux au sens de l’article 150 U du code général des impôts10, et elle entre dans le champ des plus-values des particuliers.
Le mot qui heurte est « onéreux », puisque personne ne paie rien. Il faut le prendre au sens juridique : une cession est à titre onéreux dès lors qu’elle comporte une contrepartie, et les parts sociales remises à l’apporteur en sont une. Leur valeur tient lieu de prix. C’est la raison pour laquelle la valeur retenue dans l’acte n’est pas une formalité comptable mais le chiffre qui commande tout le dossier fiscal.
La difficulté n’est pas juridique. Elle est de trésorerie. Une vente vous remet un prix, sur lequel vous prélevez l’impôt. Un apport ne vous remet rien de liquide : vous recevez des titres, et vous devez pourtant régler la note dans le mois de l’acte, sur votre épargne ou sur un crédit.
Deux exceptions méritent d’être connues avant d’aller plus loin. La première tient au bien : si l’immeuble apporté constitue « la résidence principale du cédant au jour de la cession »10, la plus-value est exonérée, et l’apport ne coûte rien de ce côté. La seconde tient à la société : dans une société transparente au sens de l’article 1655 ter, l’apport n’est une cession que pour la fraction correspondant aux droits acquis par les coassociés de l’apporteur1. Une SCI ordinaire n’est pas transparente à ce sens-là.
L’impôt tombe sans qu’un euro ne rentre
Posons le décompte de Solène. Il se refait ligne à ligne, et notre guide sur la plus-value immobilière à la revente en enseigne chaque étape.
Onze mille trois cent quinze euros à régler dans le mois de l’acte, sans encaissement
| Poste | Montant |
|---|---|
| Prix payé en juin 2009 | 168 000 € |
| Frais d’acquisition, forfait de 7,5 % | + 12 600 € |
| Travaux, forfait de 15 % | + 25 200 € |
| Prix d’acquisition corrigé | 205 800 € |
| Valeur d’apport en septembre 2026 | 265 000 € |
| Plus-value brute | 59 200 € |
| Base imposable, après abattement de 72 % | 16 576 € |
| Base sociale, après abattement de 19,80 % | 47 478 € |
| Impôt sur le revenu, à 19 % | 3 149 € |
| Prélèvements sociaux, à 17,2 % | 8 166 € |
| Total dû | 11 315 € |
Trois précisions sur ce tableau, parce que chacune se refait sur votre propre bien. Les deux forfaits — 7,5 % pour les frais d’acquisition, 15 % pour les travaux après cinq ans de détention — sont écrits à l’article 150 VB du code général des impôts2 et s’appliquent sans justificatif. Les abattements suivent la durée de détention : 6 % par année au-delà de la cinquième pour l’impôt sur le revenu, 1,65 % pour les prélèvements sociaux3, soit après dix-sept ans révolus 72 % d’un côté et 19,80 % de l’autre. Le taux d’imposition, enfin, est le taux forfaitaire de 19 %4.
Le taux de prélèvements sociaux retenu ici, 17,2 %, est celui que notre guide dédié établit et source. Ce guide-ci l’utilise, il ne l’enseigne pas.
Le point de vigilance. La taxe sur les plus-values élevées ne s’applique pas dans ce dossier : elle vise les plus-values imposables supérieures à 50 000 €, et celle de Solène s’établit à 16 576 € après abattement. Sur un bien détenu depuis moins longtemps, ou d’une valeur plus élevée, elle s’ajouterait — vérifiez le seuil avant de vous engager.
Combien coûtent vraiment les droits d’enregistrement ?
Presque rien. C’est la partie du dossier que tout le monde redoute et qui ne coûte pas.
Depuis la refonte du 1er janvier 2019, l’article 810 du code général des impôts pose une règle d’une brièveté rare : « Les apports sont enregistrés gratuitement »5. L’article 810 bis étend la gratuité aux actes et déclarations établis pour la constitution de la société7. Pour une SCI à l’impôt sur le revenu, l’apport d’un immeuble ne supporte donc aucun droit d’enregistrement. Une taxe subsiste néanmoins, et il faut la nommer pour ne pas laisser croire à la gratuité totale : la contribution de sécurité immobilière, due sur toute publication au fichier immobilier, représente 0,10 % de la valeur, soit 265 € sur le bien de Solène. S’y ajoutent les émoluments du notaire, dont la section 07 dit pourquoi ce guide ne les chiffre pas.
Une seule configuration coûte quelque chose, et elle est précisément définie. Les apports faits « à une personne morale passible de l’impôt sur les sociétés par une personne non soumise à cet impôt sont assimilés à des mutations » lorsqu’ils portent sur un immeuble6. Le tarif n’est pas celui d’une vente pour autant : « le tarif normal du droit d’enregistrement […] est fixé à 2,20 % pour les apports qui ont pour objet un immeuble ou des droits immobiliers », et la gratuité revient si l’apporteur « s’engage à conserver pendant trois ans les titres remis en contrepartie de l’apport »5.
Trois configurations sur quatre ne coûtent rien, et la quatrième arrive six ans plus tard
| Configuration | Droits dus |
|---|---|
| Apport pur et simple à une SCI à l’impôt sur le revenu | 0 € |
| Apport pur et simple à une SCI à l’impôt sur les sociétés | 5 830 € |
| Le même, avec engagement de conserver les parts trois ans | 0 € |
| Option pour l’impôt sur les sociétés six ans après l’apport | 6 820 € |
La dernière ligne est un piège dont peu de propriétaires ont entendu parler. Quand une société qui n’était pas soumise à l’impôt sur les sociétés le devient, « le changement de son régime fiscal rend les droits et taxes de mutation à titre onéreux exigibles sur les apports purs et simples qui lui ont été faits depuis le 1er août 1965 »6, et la base retenue est la valeur vénale du bien au jour du changement, pas au jour de l’apport. Si la SCI de Solène opte en 2032 pour l’impôt sur les sociétés alors que l’appartement vaut 310 000 €, les droits ressortent à 6 820 €.
Retenez la mécanique plutôt que le montant : apporter à une société à l’impôt sur le revenu ne ferme pas la question des droits, elle la reporte. Notre guide sur la SCI à l’impôt sur les sociétés traite l’option elle-même.
Une dernière donnée doit entrer dans la décision, et elle est de calendrier. L’appartement de Solène a été acheté en juin 2009 : il atteindra vingt-deux ans révolus en juin 2031, date à laquelle la plus-value sera intégralement exonérée d’impôt sur le revenu, l’abattement social atteignant alors 28 %. La base sociale tomberait à 42 624 €, et le même apport fait en 2031 coûterait 7 331 € au lieu de 11 315 €. Cinq ans d’attente valent 3 984 €.
Et il y a un second effet, invisible celui-là. En apportant, Solène transfère à la société un bien dont le compteur de détention repart de zéro : les dix-sept années qu’elle a accumulées ne suivent pas. Si la SCI revend dix ans plus tard, elle n’aura que dix années d’abattement là où Solène en aurait eu vingt-sept, c’est-à-dire une exonération complète. Sur un bien détenu depuis longtemps, l’apport consomme un capital d’ancienneté qui ne se reconstitue pas.
Vendre à sa propre SCI plutôt que lui apporter ?
La question paraît saugrenue. Elle est la bonne.
Puisque la plus-value est due dans les deux cas, et pour le même montant, elle sort de la comparaison. Ce qui reste est bien plus intéressant.
Le même impôt des deux côtés, et tout le reste qui diffère
| Apporter | Vendre à la SCI | |
|---|---|---|
| Plus-value due par Solène | 11 315 € | 11 315 € |
| Droits et frais d’acquisition | 0 € | 21 333 € |
| Ce que Solène reçoit | des parts sociales | une créance de 265 000 € |
| Ce que la SCI supporte | rien | un prêt de 265 000 € |
| Intérêts déductibles sur 240 mois | 0 € | 102 222 € |
| Économie d’impôt correspondante | 0 € | 48 249 € |
Les 21 333 € de la deuxième ligne sont les frais d’acquisition d’une vente ordinaire, calculés au barème publié dans notre guide sur les frais de notaire dans l’ancien : 8,31 % à 180 000 € et 7,94 % à 300 000 €, soit 8,05 % à 265 000 € par interpolation. C’est le prix d’entrée de la vente, et il est réel.
La troisième ligne est celle qui change une vie de bailleur. En apportant, Solène reçoit des parts : pour en ressortir la valeur, il lui faudra une réduction de capital ou une cession, l’une et l’autre coûteuses. En vendant, elle inscrit une créance de 265 000 € en compte courant d’associé, que la société lui rembourse par virement, sans impôt et sans formalité, au rythme de sa trésorerie. C’est exactement le mécanisme que notre guide sur la sortie du cash d’une SCI chiffre en détail.
Les intérêts d’emprunt, le seul avantage que l’apport n’offre pas
Un bien apporté entre dans la société sans dette. Un bien vendu y entre avec un prêt, et ce prêt travaille.
Sur 265 000 € empruntés à 3,45 % sur 240 mois, la mensualité s’établit à 1 530,09 € et le total remboursé à 367 222 €. Les intérêts atteignent donc 102 222 € sur la durée, dont 8 995 € pour la seule première année. Or les intérêts d’emprunt souscrits pour acquérir un immeuble locatif se déduisent des revenus fonciers de la société, et cette déduction remonte aux associés au prorata de leurs parts.
Au taux marginal global de Solène, 47,2 %, ces 102 222 € valent 48 249 € d’impôt en moins sur vingt ans, dont 4 246 € dès la première année. Mis en regard des 21 333 € de frais d’acquisition, l’écart net ressort à 26 916 € en faveur de la vente. Notre guide sur l’imputation du déficit foncier montre ce que deviennent ces charges quand elles dépassent les loyers.
Et disons ce qui ne nous arrange pas. Ce raisonnement suppose trois choses qui ne sont pas acquises : que la banque prête à une SCI qui rachète le bien de son associée, ce qui n’a rien d’automatique et suppose des cautions personnelles ; que Solène ait un revenu foncier suffisant pour absorber la déduction, faute de quoi elle crée un déficit dont l’imputation est plafonnée ; et qu’elle accepte de porter une dette de 265 000 € à quarante-neuf ans. Sur un patrimoine déjà désendetté, beaucoup de bailleurs préféreront apporter et dormir tranquilles. Le calcul ne dit pas le contraire, il dit seulement ce que cette tranquillité coûte.
Le but principalement fiscal suffit désormais à faire tomber le montage
Il faut dire un mot du cadre, parce qu’il a changé et que beaucoup de pages en ligne décrivent l’ancien.
L’administration peut écarter les actes qui, « recherchant le bénéfice d’une application littérale des textes ou de décisions à l’encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ont pour motif principal d’éluder ou d’atténuer les charges fiscales »9. Le mot qui compte est « principal ». Jusqu’en 2020, seul un but exclusivement fiscal était sanctionné, ce qui laissait passer tout montage doté d’un motif accessoire quelconque.
La nuance n’est pas théorique. Elle déplace la charge de ce qu’il faut démontrer : il ne suffit plus d’exhiber un motif accessoire quelconque pour mettre un montage à l’abri, il faut que le motif non fiscal soit le motif principal.
Concrètement, une vente à sa propre société qui n’aurait d’autre justification que la déduction des intérêts est exposée. La même opération motivée par une organisation patrimoniale réelle — faire entrer des enfants au capital, préparer une transmission, sortir un bien d’une indivision — ne l’est pas de la même façon. Écrivez ce motif dans le procès-verbal de l’assemblée, datez-le, et conservez ce qui le documente. Un expert-comptable ou un notaire vous dira si votre dossier tient : c’est une question de fait, pas de doctrine.
Que faut-il pour que l’apport soit valable ?
Un acte notarié, et rien d’autre ne peut le remplacer.
Tout acte destiné à la publicité foncière doit résulter d’un acte reçu en la forme authentique par un notaire exerçant en France8. Un apport d’immeuble se publie au fichier immobilier : il passe donc obligatoirement par une étude. Le même texte prévoit d’ailleurs que les procès-verbaux d’assemblée préalables ou consécutifs à l’apport de biens immobiliers à une société peuvent être publiés s’ils sont annexés à un acte constatant leur dépôt au rang des minutes.
Un mot sur le coût de l’acte lui-même, parce que la question revient toujours. Les émoluments d’un notaire pour un apport en société ne suivent pas le barème d’une vente : ils relèvent des actes de société, et l’écart avec une vente ordinaire est réel. Nous ne les chiffrons pas ici, parce qu’ils dépendent de la structure de l’acte et qu’un chiffre inventé serait pire qu’une absence de chiffre. Demandez un devis à l’étude avant de choisir votre voie : c’est gratuit, et cela déplace parfois la comparaison.
Trois points se règlent au moment de la rédaction et se paient cher s’ils sont oubliés.
- La valeur d’apport. Elle sert de base aux droits et de prix de cession à la plus-value. Une société civile n’est pas tenue de désigner un commissaire aux apports, contrairement à une société commerciale : la valeur est donc arrêtée par les associés, sous leur responsabilité, et l’administration peut la rectifier.
- Le sort de l’emprunt en cours. Si la SCI reprend le capital restant dû, cette fraction n’est plus un apport pur et simple mais un apport à titre onéreux, et elle sort du régime de gratuité pour rejoindre celui des mutations ordinaires.
- L’engagement de trois ans, quand il est utile. Il ne se prend pas après coup : il figure dans l’acte d’apport, et son non-respect rend le droit immédiatement exigible.
Quatre dossiers qui dérapent, et ce que chacun coûte
L’apport présenté comme une transmission sans frais. C’est l’erreur fondatrice, et elle se paie comptant : 11 315 € à régler dans le mois de l’acte, sans qu’un euro n’ait été encaissé. Prévoyez la trésorerie avant de fixer la date de signature, pas après.
L’option pour l’impôt sur les sociétés prise après l’apport. Elle réveille des droits que l’apport n’avait pas coûtés, sur la valeur du bien au jour de l’option et non au jour de l’apport : 6 820 € dans le dossier de Solène, six ans plus tard, pour une décision qui semblait sans rapport.
La valeur d’apport minorée pour alléger la note. Retirer 45 000 € à la valeur déclarée fait tomber l’impôt de 8 601 €. Cela fait aussi de la valeur retenue une valeur rectifiable, et le rappel se double des intérêts de retard. La valeur d’apport se documente comme une estimation de vente : trois avis d’agent immobilier, et des références de transactions comparables.
L’apport décidé juste après le déménagement. Un bien qui constitue la résidence principale au jour de l’acte échappe entièrement à la plus-value10. Le même bien apporté trois mois après le départ ne l’est plus : 11 315 € séparent les deux dates sur ce dossier. Quand l’apport porte sur un logement que vous quittez, faites-le avant, pas après.
Comment décider, et dans quel ordre ?
- Calculez la plus-value avant tout le reste. Elle est identique dans les deux voies et elle conditionne votre trésorerie. Si vous ne pouvez pas la payer, l’opération n’a pas lieu.
- Vérifiez si le bien est votre résidence principale au jour de l’acte. Si oui, la plus-value tombe à zéro et le calendrier devient le premier paramètre du dossier.
- Fixez le régime fiscal de la société avant l’apport, pas après. À l’impôt sur le revenu, les droits sont nuls ; une option ultérieure les réveille sur la valeur d’alors.
- Documentez la valeur d’apport. Trois avis écrits et des références comparables, conservés avec l’acte.
- Interrogez votre courtier avant de choisir la vente. Sans accord de financement, la comparaison n’a pas d’objet : la vente suppose que la société emprunte 265 000 €.
- Écrivez le motif patrimonial de l’opération dans le procès-verbal, et datez-le. C’est ce qui distingue une organisation d’un montage.
- Faites relire l’acte sur trois points avant signature : la valeur retenue, le sort de l’emprunt en cours, et l’engagement de conservation s’il est utile.
Un mot pour finir sur ce que ce guide ne tranche pas. Entre apporter et vendre, il n’existe pas de bonne réponse générale : il existe un calcul, et il dépend de votre capacité d’emprunt, de votre revenu foncier, de votre âge et de ce que vous voulez faire du bien dans vingt ans. Ce que le guide affirme, en revanche, est solide : la plus-value ne départage rien, les droits d’enregistrement non plus, et c’est donc ailleurs qu’il faut regarder. La plupart des pages en ligne s’arrêtent exactement avant cet endroit.
Le même impôt des deux côtés, et tout le reste qui diffère.
Vendre à sa propre SCI coûte 21 333 € de frais d’acquisition de plus. En échange, l’associé inscrit une créance de 265 000 € en compte courant, remboursable sans impôt, et la société supporte un prêt dont les 102 222 € d’intérêts se déduisent des revenus fonciers. L’écart net atteint 26 916 €.
- Ce que chaque voie rend, ligne à ligne
- Pourquoi le compteur d’ancienneté repart de zéro
- Les trois conditions qui ne sont pas acquises
Questions fréquentes
Huit réponses directes sur le commissaire aux apports, le bien encore grevé d’un emprunt, le moment de l’apport, l’indivision, la rectification de valeur, le compteur de détention, la banque et l’engagement de conservation.
Un bien à faire entrer dans une société ?
Apportez l’acte d’achat, une estimation récente et le tableau d’amortissement s’il reste un prêt. L’apport et la vente se chiffrent côte à côte en un quart d’heure.
Faire le point sur un projet01 · La valeur
01Faut-il un commissaire aux apports dans une SCI ?
Non, la loi ne l’impose pas aux sociétés civiles, contrairement aux sociétés commerciales où l’intervention d’un professionnel indépendant est la règle au-delà de certains seuils. La valeur est donc arrêtée par les associés eux-mêmes. Cette liberté a un revers : personne n’a validé le chiffre, et l’administration reste libre de le rectifier. Faites établir trois avis écrits par des agents immobiliers et conservez des références de transactions comparables avec l’acte.02Peut-on apporter un bien encore grevé d’un emprunt ?
Oui, mais l’opération change alors de nature pour partie. Si la société reprend le capital restant dû, cette fraction n’est plus un apport pur et simple : elle devient un apport à titre onéreux, et elle sort du régime de gratuité pour rejoindre celui des mutations ordinaires. Le reste, la fraction non financée, demeure un apport pur et simple. L’acte doit ventiler les deux, et la banque doit avoir donné son accord au transfert du prêt ou l’avoir soldé.
02 · Le moment
03L’apport doit-il se faire à la constitution, ou peut-il venir plus tard ?
Les deux sont possibles. À la constitution, l’apport rémunère les parts initiales et les actes établis à cette occasion bénéficient de la gratuité d’enregistrement. En cours de vie sociale, il prend la forme d’une augmentation de capital, avec une assemblée, une modification statutaire et une publicité. La différence est procédurale et son coût tient aux honoraires, pas aux droits : dans les deux cas, l’apport pur et simple à une société à l’impôt sur le revenu ne supporte aucun droit d’enregistrement.04L’apport d’un bien détenu en indivision suit-il les mêmes règles ?
Oui, et chaque indivisaire réalise sa propre plus-value sur sa quote-part. Le calcul se fait donc autant de fois qu’il y a d’indivisaires, avec pour chacun sa propre date d’acquisition, sa propre durée de détention et ses propres abattements. Un frère qui détient sa part depuis une succession de 2004 et une sœur qui a racheté la sienne en 2019 n’auront pas le même résultat sur le même immeuble. L’apport est d’ailleurs une des rares façons de sortir proprement d’une indivision bloquée.
03 · Les suites
05Que se passe-t-il si l’administration rectifie la valeur d’apport ?
Elle recalcule les deux impositions que cette valeur commande : la plus-value, dont la valeur d’apport tient lieu de prix de cession, et les droits d’enregistrement quand ils sont dus. Minorer de 45 000 € une valeur de 265 000 € allège l’addition de 8 601 € sur le dossier chiffré dans ce guide — et expose au rappel de la même somme, majorée des intérêts de retard. Une valeur documentée par des avis écrits et des comparables résiste ; une valeur ronde et non justifiée attire l’attention.06La SCI repart-elle de zéro pour la durée de détention ?
Oui, pour l’immeuble. La société l’acquiert au jour de l’apport, et c’est cette date qui servira de point de départ si elle le revend un jour : les abattements accumulés par l’apporteur sont perdus pour elle. C’est un coût invisible qu’il faut poser à côté des autres, surtout sur un bien détenu depuis longtemps. L’apporteur, de son côté, détient désormais des parts, dont la cession relève d’un régime distinct avec son propre compteur.
04 · Les tiers
07Faut-il prévenir la banque qui a financé le bien ?
Impérativement, et avant l’acte. Un prêt immobilier est consenti à une personne pour un bien précis : le transférer à une société suppose l’accord exprès du prêteur, faute de quoi la clause d’exigibilité anticipée peut être actionnée. Deux issues existent en pratique : la banque accepte le transfert du prêt à la société avec caution personnelle de l’apporteur, ou elle exige le remboursement anticipé, avec l’indemnité prévue au contrat. Posez la question avant de prendre rendez-vous chez le notaire.08L’engagement de conserver les parts trois ans, comment se prend-il ?
Il figure dans l’acte d’apport lui-même, et il ne se rattrape pas après coup. Il n’a d’utilité que dans une configuration précise : l’apport d’un immeuble par une personne physique à une société soumise à l’impôt sur les sociétés, où il fait tomber à zéro un droit de 2,20 %. Sur une valeur de 265 000 €, cela représente 5 830 €. Sa rupture rend le droit immédiatement exigible : une cession de parts dans les trois ans réveille la somme entière.
Un apport se décide sur un calcul, pas sur une intuition de neutralité.
Hagnéré Investissement accompagne des investisseurs et perçoit des honoraires publics. Nous ne sommes ni notaires ni conseils fiscaux : l’acte et la valorisation relèvent d’une étude notariale, et ce guide se lit avec les textes cités.
Sources et date de contrôle
Dix sources publiques, chacune ouverte à sa page et datée du 27 août 2026.
- Source 01
BOI-RFPI-PVI-10-30 — Plus-values immobilières, opérations imposables — Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP). § 100 : « L’apport en société constitue une cession à titre onéreux. » § 200 : pour un apport à une société transparente au sens de l’article 1655 ter du CGI, « cet apport ne constitue une cession à titre onéreux que pour la seule fraction de l’immeuble correspondant aux droits acquis par les coassociés de l’apporteur ». Document publié le 11 février 2013.
- Source 02
Article 150 VB du code général des impôts — majorations du prix d’acquisition — Légifrance. Frais d’acquisition évalués forfaitairement « à 7,5 % du prix d’acquisition » ; en l’absence de justificatifs pour des travaux réalisés plus de cinq ans après l’acquisition, « une majoration égale à 15 % du prix d’acquisition est pratiquée ». Version en vigueur depuis le 21 février 2026, modifiée par la loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 47.
- Source 03
BOI-RFPI-PVI-20-20 — abattement pour durée de détention — Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP). Impôt sur le revenu : « 6 % pour chaque année de détention au-delà de la cinquième et jusqu’à la vingt et unième ; 4 % au terme de la vingt-deuxième ». Prélèvements sociaux : « 1,65 % pour chaque année de détention au-delà de la cinquième et jusqu’à la vingt et unième ; 1,60 % pour la vingt-deuxième ; 9 % pour chaque année au-delà de la vingt-deuxième ». Document publié le 18 juillet 2023.
- Source 04
Article 200 B du code général des impôts — le taux forfaitaire de 19 % — Légifrance. « Les plus-values réalisées dans les conditions prévues aux articles 150 U à 150 UC sont imposées au taux forfaitaire de 19 %. » Version en vigueur depuis le 1er janvier 2015, modifiée par la loi n° 2014-1655 du 29 décembre 2014.
- Source 05
Article 810 du code général des impôts — enregistrement des apports — Légifrance. I : « Les apports sont enregistrés gratuitement. » III : « Le tarif normal du droit d’enregistrement […] est fixé à 2,20 % pour les apports qui ont pour objet un immeuble ou des droits immobiliers » ; la gratuité s’applique lorsque l’apporteur « s’engage à conserver pendant trois ans les titres remis en contrepartie de l’apport », le droit devenant immédiatement exigible en cas de rupture de l’engagement. Version en vigueur depuis le 1er janvier 2019, modifiée par la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018, article 26.
- Source 06
Article 809 du code général des impôts — apports à une personne morale et changement de régime fiscal — Légifrance. I, 3° : « Les apports faits à une personne morale passible de l’impôt sur les sociétés par une personne non soumise à cet impôt sont assimilés à des mutations » lorsqu’ils portent notamment sur un immeuble ou des droits immobiliers. II : « Le changement de son régime fiscal rend les droits et taxes de mutation à titre onéreux exigibles sur les apports purs et simples qui lui ont été faits depuis le 1er août 1965 », les droits étant perçus sur la valeur vénale des biens à la date du changement. Version en vigueur du 1er janvier 2019 au 1er janvier 2027.
- Source 07
Article 810 bis du code général des impôts — actes de constitution enregistrés gratuitement — Légifrance. Lorsque les apports à une société en formation sont enregistrés gratuitement en application de l’article 810, les actes et déclarations établis pour la constitution de la société, ainsi que leurs annexes, sont également enregistrés gratuitement. Version en vigueur depuis le 1er janvier 2019, modifiée par la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018, article 26.
- Source 08
Article 710-1 du code civil — forme authentique des actes soumis à publicité foncière — Légifrance. Tout acte ou droit doit, pour donner lieu aux formalités de publicité foncière, résulter d’un acte reçu en la forme authentique par un notaire exerçant en France, d’une décision juridictionnelle ou d’un acte authentique émanant d’une autorité administrative. Les procès-verbaux des délibérations d’assemblées générales préalables ou consécutives à l’apport de biens ou droits immobiliers à une société peuvent être publiés au fichier immobilier s’ils sont annexés à un acte constatant leur dépôt au rang des minutes d’un notaire. Article créé par la loi n° 2011-331 du 28 mars 2011.
- Source 09
Article L. 64 A du livre des procédures fiscales — actes à but principalement fiscal — Légifrance. L’administration peut écarter les actes qui, « recherchant le bénéfice d’une application littérale des textes ou de décisions à l’encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ont pour motif principal d’éluder ou d’atténuer les charges fiscales » que l’intéressé aurait normalement supportées. Procédure applicable aux rectifications notifiées à compter du 1er janvier 2021 portant sur des actes passés ou réalisés à compter du 1er janvier 2020.
- Source 10
Article 150 U du code général des impôts — champ des plus-values immobilières et exonération de la résidence principale — Légifrance. I : les plus-values réalisées par les personnes physiques lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis ou non bâtis sont soumises à l’impôt sur le revenu dans les conditions des articles 150 V à 150 VH. II, 1° : sont exonérées les plus-values réalisées lors de la cession d’immeubles « qui constituent la résidence principale du cédant au jour de la cession ». Version en vigueur depuis le 21 février 2026, modifiée par la loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 52.
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