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Guide de décisionVérifié le 26 août 20262 sourcesMéthode en cinq passes

Commission départementale de conciliation : ce qu'elle règle, le seul cas où l'on ne peut pas s'en passer, et les trois dates qui décident

Les pages du sujet expliquent comment saisir la commission. Aucune ne dit qu’elle est facultative presque partout, ni que sur le seul sujet où elle s’impose, trois dates décident de la totalité de la demande.

GRATUITE, PARITAIRE, ET INCONTOURNABLE UNE FOIS

Trois dates séparent un bailleur de la réévaluation qu’il demande.

Six mois avant le terme, quatre mois avant, puis avant le terme. En rater une reconduit le bail aux conditions antérieures.

  • L’article qui crée la commission ne pose aucun préalable obligatoire
  • L’obligation est ailleurs : dans le calendrier du bail renouvelé
  • Trois références de voisinage, six en grande agglomération, à peine de nullité
  • Au-delà de 10 %, la hausse s’étale par sixième et non par tiers

LOYER ACTUEL

640 €

LOYER DE VOISINAGE

760 €

HAUSSE DEMANDÉE

18,75 %

PERÇU SUR LE BAIL RENOUVELÉ

1 440 €

ATTENDU SANS ÉTALEMENT

4 320 €

COÛT D’UNE DATE MANQUÉE

1 440 €

Écrit par

Quentin Hagnéré

Fondateur de Hagnéré Investissement

Guide général et national — aucune recommandation personnalisée

La réponse en trente secondes. La commission est « composée de représentants d’organisations de bailleurs et d’organisations de locataires, en nombre égal ». Elle « rend un avis dans le délai de deux mois à compter de sa saisine » et, à défaut de conciliation, « rend un avis comportant l’exposé du différend et la position des parties », que l’une ou l’autre peut transmettre au juge1.

Sur la plupart des litiges — état des lieux, dépôt de garantie, charges, réparations, congé — la saisir reste un choix. Sur la réévaluation du loyer d’un bail renouvelé, c’en est un passage obligé, et le calendrier est impitoyable : proposition six mois avant le terme, saisine de la commission quatre mois avant, juge saisi avant le terme. « À défaut de saisine, le contrat est reconduit de plein droit aux conditions antérieures du loyer »2.

Sur le cas de ce guide, une date manquée coûte 1 440 € sur le bail renouvelé, et trois ans d’attente avant de pouvoir rouvrir le sujet.

La commission départementale de conciliation souffre d’une réputation contradictoire. Les bailleurs la croient tantôt inutile — une chambre de plus, sans pouvoir —, tantôt hostile, parce qu’ils imaginent une instance de défense des locataires.

Elle n’est ni l’un ni l’autre. Elle est paritaire par construction, elle est gratuite sans condition, et sur un sujet précis — la réévaluation du loyer d’un bail qui se renouvelle — elle constitue le seul chemin praticable vers le juge, si bien qu’un bailleur qui l’ignore ne perd pas une chance de s’arranger : il perd sa demande.

Le fil rouge de ce guide. Nous suivrons Roland, 63 ans, ancien conducteur de travaux à Nîmes, dont le bail nu de trois ans arrive à terme. Il loue 640 € un logement que les références du voisinage situent à 760 €. Il veut réévaluer, et il découvre qu’entre lui et cette hausse se tiennent trois dates et une commission. Exemple construit à partir des textes cités dans ce guide — ce n’est pas un dossier client.

Qu’est-ce que la commission départementale de conciliation ?

Une instance paritaire, placée auprès du représentant de l’État dans le département, dont la mission tient en un mot : concilier.

Sa composition est la clé de sa neutralité. Le texte prévoit « une commission départementale de conciliation composée de représentants d’organisations de bailleurs et d’organisations de locataires, en nombre égal »1. Aucun magistrat, aucun fonctionnaire décisionnaire : des professionnels des deux camps, en nombre identique, qui examinent ensemble un dossier.

Cette parité explique pourquoi la crainte d’une instance hostile est infondée, et pourquoi ses avis sont souvent plus mesurés que ce que chaque partie espérait. Elle explique aussi la limite de l’exercice : une commission composée à égalité de deux camps qui ne s’entendent pas ne rendra jamais un avis tranché.

Il faut la situer par rapport aux autres voies amiables, avec lesquelles on la confond souvent. Elle n’est ni un conciliateur de justice, qui traite des litiges civils de toute nature sans spécialité locative, ni une médiation privée que les parties choisiraient et rémunéreraient ; elle est une instance spécialisée, instituée par la loi sur les rapports locatifs, et compétente sur une liste de sujets qu’elle ne peut pas déborder. Un notaire, un syndic ou un gestionnaire vous y orienteront naturellement dès lors que le différend porte sur l’un de ces sujets, parce que c’est la seule voie qui combine la gratuité, la spécialité et un délai borné.

Deux caractéristiques de fonctionnement comptent pour un bailleur qui pèse ses options. Elle est gratuite — la saisine ne coûte rien, aucune consignation, aucun droit. Et elle « rend un avis dans le délai de deux mois à compter de sa saisine »1.

Gratuité contre deux mois : c’est tout l’arbitrage, et nous y revenons en fin de guide.

Sur quels litiges peut-on la saisir ?

Sur presque tout ce qui oppose un bailleur à son locataire, à condition que le sujet figure dans la liste.

Le texte lui donne compétence sur les différends relatifs au loyer et à son évolution, sur les caractéristiques du logement, sur l’état des lieux, le dépôt de garantie, les charges et les réparations, sur les congés délivrés au locataire, et sur les difficultés nées de l’application des accords collectifs ou d’un plan de concertation locative1.

Trois observations pour s’y retrouver.

  1. Les litiges d’argent y sont presque tous. Charges, réparations, dépôt de garantie : ce sont les saisines les plus nombreuses. Notre guide sur l’état des lieux de sortie et le dépôt de garantie traite le fond de ces litiges ; celui sur les charges récupérables et leur régularisation fait de même pour les charges.
  2. Les impayés de loyer n’y sont pas. Un loyer non payé n’est pas un différend sur le loyer : c’est une créance. Elle se poursuit par les voies ordinaires, commandement de payer et clause résolutoire, et un commissaire de justice y intervient plus utilement qu’une conciliation.
  3. Le congé y est, mais pas ses conséquences. La commission peut être saisie d’un désaccord sur un congé délivré au locataire. Elle n’a pas vocation à organiser un départ ni à statuer sur une indemnité d’occupation.

Le seul cas où sa saisine est obligatoire

Le point le plus mal connu du sujet, et il faut être précis parce que la confusion est répandue.

L’article qui crée la commission ne pose aucun préalable obligatoire. Il décrit une instance, une compétence, un délai, un avis. Rien n’y interdit de saisir le juge directement, et rien n’y sanctionne celui qui le fait.

La règle est ailleurs. Elle se trouve dans le texte qui organise la réévaluation du loyer d’un bail renouvelé, et elle est écrite comme une étape du calendrier plutôt que comme une obligation de forme : « en cas de désaccord ou à défaut de réponse du locataire quatre mois avant le terme du contrat, l’une ou l’autre des parties saisit la commission »2.

Le verbe est à l’indicatif présent, ce qui en droit vaut impératif. On saisit. Et comme la suite du texte veut que « le juge soit saisi avant le terme du contrat », la commission n’est pas une option qu’on pourrait sauter pour aller plus vite : elle s’intercale entre le désaccord et le juge.

Un second cas s’en approche, sans relever du même texte : la contestation d’un complément de loyer dans les communes où le niveau des loyers est encadré passe elle aussi par la commission avant le juge. Notre guide sur le complément de loyer en donne le calendrier propre.

Les trois dates du renouvellement

Elles se comptent à rebours du terme du bail, et chacune conditionne la suivante.

Trois échéances, et la dernière ferme définitivement la porte

Les trois dates du renouvellement — tableau 1
6 mois avant le termeNotifier la proposition de nouveau loyer, avec ses références
4 mois avant le termeEn cas de désaccord ou de silence, saisir la commission
Avant le termeSaisir le juge si la conciliation n’a pas abouti

La première date se lit dans le texte : le bailleur « peut proposer au locataire, au moins six mois avant le terme du contrat »2. Six mois est un minimum, pas une cible : rien n’interdit de notifier plus tôt, et tout conseille de le faire.

La proposition n’est pas une lettre d’intention. Elle doit mentionner le montant du nouveau loyer et la liste des références qui ont servi à le déterminer, à peine de nullité. Le nombre de références est fixé : trois en règle générale, et six dans les communes qui appartiennent à une agglomération de plus d’un million d’habitants2. Un agent immobilier du secteur les rassemble en une visite ; un bailleur qui en produit deux annule sa propre notification.

La troisième date est la plus dangereuse, parce qu’elle n’a pas de repère fixe. « À défaut de saisine, le contrat est reconduit de plein droit aux conditions antérieures du loyer »2. Aucun rattrapage, aucune régularisation ultérieure.

Le point de vigilance. Portez les trois dates au calendrier le jour de la signature du bail, pas six mois avant son terme. Un gestionnaire le fait par réflexe ; un bailleur particulier découvre l’échéance en classant ses papiers, souvent trois mois avant le terme — c’est-à-dire une date trop tard.

Ce que Roland gagne, et ce qu’il perd s’il rate une date

Son loyer est de 640 €, les références du voisinage établissent 760 €. La hausse demandée s’élève à 120 €, soit 18,75 %.

S’il tient le calendrier et obtient satisfaction, il ne perçoit pourtant pas 120 € de plus dès le premier mois — ni même au bout de trois ans. Nous voyons pourquoi à la section suivante ; retenons le résultat : sur les trois ans du bail renouvelé, la réévaluation lui rapporte 1 440 €, et son loyer n’atteint 760 € qu’en sixième année.

S’il rate une date — la notification tardive, les deux références au lieu de trois, la saisine oubliée —, le contrat se reconduit aux conditions antérieures. Il perçoit 640 € pendant trois ans de plus, et il ne pourra rouvrir le sujet qu’au renouvellement suivant.

Le coût de l’oubli n’est donc pas une pénalité : c’est la totalité de ce qu’il demandait, 1 440 € sur le bail renouvelé, plus trois années pendant lesquelles l’écart avec le marché continue de se creuser. Notre guide sur la fixation du loyer au prix du marché montre à quelle vitesse cet écart s’installe quand on ne le corrige pas au bon moment.

Pourquoi la hausse ne s’applique pas d’un coup

C’est la déception qui suit la victoire, et elle surprend même les bailleurs bien informés.

Le texte pose la règle générale : « la hausse convenue entre les parties ou fixée judiciairement s’applique par tiers ou par sixième selon la durée du contrat ». Puis il ajoute une exception que presque personne ne lit : « toutefois, cette hausse s’applique par sixième annuel au contrat renouvelé, puis lors du renouvellement ultérieur, dès lors qu’elle est supérieure à 10 % si le premier renouvellement avait une durée inférieure à six ans »2.

Deux critères commandent donc, et il faut les prendre dans cet ordre. La hausse dépasse-t-elle 10 % du loyer précédent ? Le contrat renouvelé dure-t-il moins de six ans ? Si les deux réponses sont oui, l’étalement se fait par sixième — et il déborde le bail renouvelé pour se poursuivre au renouvellement suivant.

C’est exactement la situation de Roland. Sa hausse de 120 € représente 18,75 % de 640 €, et son bail dure trois ans.

Six annuités de 20 €, dont trois seulement tombent dans le bail renouvelé

Pourquoi la hausse ne s’applique pas d’un coup — tableau 2
1660 €240 €240 €
2680 €480 €720 €
3700 €720 €1 440 €
4720 €960 €2 400 €
5740 €1 200 €3 600 €
6760 €1 440 €5 040 €

Un bailleur qui compte 120 € pendant trente-six mois attend 4 320 € sur son bail renouvelé. Il en percevra 1 440 €. L’étalement lui retire 2 880 €, soit les deux tiers de ce qu’il espérait, et le loyer de 760 € qu’il a obtenu ne sera atteint qu’en sixième année.

La règle par tiers, elle, s’applique quand la hausse reste sous le seuil. Une demande de 48 € — 7,5 % de 640 € — se répartirait en trois annuités de 16 €, et le plein loyer serait acquis dès la troisième année. Une hausse modérée arrive donc plus vite qu’une hausse forte, ce qui n’est pas la conclusion qu’on attend.

Ce n’est pas une raison de renoncer, mais c’en est une de calculer avant d’engager la procédure — et parfois de demander un peu moins pour l’obtenir deux fois plus vite.

Notez que ce mécanisme est distinct de la révision annuelle indexée sur l’indice de référence des loyers, qui continue de jouer chaque année et qu’un bailleur ne doit pas confondre avec la réévaluation : notre guide sur la révision annuelle du loyer sépare les deux.

Comment se déroule une conciliation ?

Simplement, et cette simplicité déroute ceux qui s’attendaient à une audience — pas de robe, pas de barre, pas de plaidoirie, et personne pour vous dire quand parler.

La saisine se fait par courrier adressé à la commission, en exposant le différend et en joignant les pièces. Aucun formalisme particulier n’est exigé, aucune représentation n’est nécessaire. Les parties sont ensuite invitées à s’expliquer devant les membres, qui « s’efforcent de concilier »1.

Ce que le bailleur apporte décide de tout, et cela se prépare en une heure.

  1. Le bail et ses annexes. Sans le contrat, la commission ne peut rien vérifier — ni la durée, ni le loyer d’origine, ni les clauses invoquées.
  2. La notification et sa preuve d’envoi. Sur une réévaluation, c’est la pièce qui établit que la première date a été tenue. Une lettre recommandée avec avis de réception, ou une signification par commissaire de justice, la constituent également.
  3. Les références de voisinage. Trois ou six selon la commune, avec pour chacune l’adresse, la surface, le nombre de pièces et le loyer. Une liste sans ces éléments n’est pas une référence, c’est une opinion.
  4. Un décompte, quand le litige porte sur des sommes. Charges, réparations, retenues sur dépôt de garantie : une ligne par poste, avec la facture correspondante.

La commission n’instruit pas à la place des parties. Elle examine ce qu’on lui remet, et une partie qui vient les mains vides ne se voit pas donner tort — elle se voit simplement ne pas donner raison.

Que vaut l’avis de la commission ?

Rien, juridiquement. Beaucoup, en pratique. Les deux réponses sont exactes en même temps, et c’est précisément cette dualité qui rend l’institution difficile à évaluer pour qui n’a jamais eu affaire à elle.

Juridiquement, un avis n’est pas une décision. Il ne s’exécute pas, il n’ouvre aucune voie de recours, et il ne lie pas le juge. À défaut de conciliation, la commission « rend un avis comportant l’exposé du différend et la position des parties », et cet avis « peut être transmis au juge par l’une ou l’autre des parties »1.

C’est ce dernier mot qui fait sa valeur réelle. Le juge reçoit un document paritaire, rédigé par des représentants des deux camps, qui expose le différend et ce que chacun a soutenu. Il y voit, sans avoir à le chercher, qui a produit des pièces et qui n’en a pas produit, qui a bougé et qui n’a pas bougé.

Un bailleur qui s’est présenté avec un dossier complet et une proposition raisonnable arrive donc devant le juge précédé de cette impression. Celui qui ne s’est pas déplacé arrive précédé de l’autre.

Et lorsque la conciliation aboutit, l’accord signé règle le litige sans juge, sans délai supplémentaire et sans frais. C’est le cas le plus fréquent, et le seul dont personne ne parle.

Cette asymétrie de traitement mérite qu’on s’y arrête un instant, parce qu’elle fausse la réputation de l’institution. Une conciliation réussie ne laisse aucune trace publique : pas de décision, pas de jurisprudence, pas de commentaire. Une conciliation échouée, elle, se prolonge devant le juge, et c’est ce prolongement que l’on retient. La commission n’est donc pas jugée sur ce qu’elle règle, mais sur ce qu’elle ne parvient pas à régler — ce qui reviendrait à évaluer un système de freinage sur les seuls accidents.

Les quatre incidents qui reviennent, et leur montant

Trois relèvent du calendrier, un seul du fond, et cette répartition dit à peu près tout du sujet : on ne perd pas une réévaluation de loyer parce qu’on a mal argumenté, on la perd parce qu’on a noté une date au mauvais endroit.

Notifier trop tard. La proposition doit partir au moins six mois avant le terme du bail. Envoyée à cinq mois, elle ne produit aucun effet, et le contrat se reconduit aux conditions antérieures : sur le dossier de Roland, cela représente 1 440 € abandonnés pour une lettre postée quatre semaines trop tard.

Produire trop peu de références. Trois références de voisinage, six dans les communes des grandes agglomérations, et la notification les mentionne à peine de nullité. Un bailleur qui en joint deux annule lui-même sa demande et perd les mêmes 1 440 €, sans qu’aucun locataire ait eu à contester quoi que ce soit.

Oublier de saisir la commission. Le désaccord constaté quatre mois avant le terme n’ouvre pas la porte du juge : il ouvre celle de la commission. Un bailleur qui assigne directement se voit renvoyer, et le temps consommé le fait passer le terme — les mêmes 1 440 € abandonnés, augmentés cette fois des frais d’une procédure qui n’aboutira pas.

Attendre la hausse en une fois. C’est le seul incident qui ne coûte rien mais déçoit beaucoup : au-delà de 10 % sur un bail de moins de six ans, 120 € obtenus se perçoivent par sixième, soit 1 440 € sur le bail renouvelé au lieu des 4 320 € attendus. L’écart de 2 880 € se prévoit avant d’engager la procédure, pas après l’avoir gagnée.

Faut-il la saisir quand on n’y est pas obligé ?

Souvent oui, et pour une raison qui n’a rien de sentimental : elle est gratuite quand le procès ne l’est pas, et deux mois d’instruction paritaire coûtent moins cher que la première heure de n’importe quelle procédure contentieuse.

Le calcul se pose en trois questions.

  1. Le montant en jeu justifie-t-il un contentieux ? En dessous de quelques centaines d’euros — une retenue sur dépôt de garantie, un poste de charges contesté —, la commission est le seul chemin qui ne coûte pas plus que le litige. Un gestionnaire arbitre ainsi sans hésiter.
  2. Le dossier est-il solide ? Si les pièces sont là et la position défendable, l’avis paritaire est un atout à produire ensuite. Si le dossier est faible, deux mois de délai n’y changeront rien et il vaut mieux transiger directement.
  3. Le délai est-il supportable ? Deux mois sont peu au regard d’un contentieux, beaucoup quand une échéance approche. C’est la seule raison sérieuse de s’en dispenser quand la loi le permet.

La conclusion qui ne nous arrange pas. Nous vendons de l’accompagnement, et il serait facile de conclure qu’une réévaluation de loyer demande un professionnel. Ce n’est pas vrai : les trois dates tiennent sur un post-it, les références se relèvent en une visite, et la saisine de la commission se fait par une lettre simple qui ne coûte rien. Ce que Roland perd, s’il perd, ne tient pas à une difficulté technique mais à un calendrier noté trop tard — 1 440 € pour une date, ce qui est le pire rapport entre l’effort demandé et la somme en jeu que nous connaissions dans la gestion locative.

4 320 € ATTENDUS, 1 440 € PERÇUS

Une hausse forte se perçoit deux fois moins vite qu’une hausse modérée.

Au-delà de 10 % sur un bail de moins de six ans, l’étalement passe au sixième et déborde le contrat renouvelé. Le loyer obtenu n’est atteint qu’en sixième année.

  • Les deux critères qui commandent tiers ou sixième, dans l’ordre
  • Pourquoi demander un peu moins peut rapporter plus vite
  • Ce que la commission apporte quand on n’y est pas obligé
Questions fréquentes

Questions fréquentes

Huit réponses directes sur la composition, la compétence, le préalable obligatoire, les trois dates, les références exigées et l’étalement de la hausse.

Un bail qui arrive à son terme ?

Apportez le bail, sa date de fin et les loyers du voisinage. Les trois dates se posent en cinq minutes, et elles décident de tout.

Faire le point sur votre dossier

01 · L’institution

  • 01Qu'est-ce que la commission départementale de conciliation ?
    Une instance paritaire placée auprès du représentant de l'État dans le département, « composée de représentants d'organisations de bailleurs et d'organisations de locataires, en nombre égal ». Aucun magistrat, aucun fonctionnaire décisionnaire : des professionnels des deux camps, en nombre identique, qui examinent ensemble un dossier et s'efforcent de concilier les parties. Elle est gratuite — aucune consignation, aucun droit — et rend son avis dans un délai de deux mois à compter de sa saisine.
  • 02Sur quels litiges peut-on la saisir ?
    Sur les différends relatifs au loyer et à son évolution, aux caractéristiques du logement, à l'état des lieux, au dépôt de garantie, aux charges et aux réparations, aux congés délivrés au locataire, et sur les difficultés nées de l'application des accords collectifs ou d'un plan de concertation locative. Les impayés de loyer n'en relèvent pas : un loyer non payé n'est pas un différend sur le loyer mais une créance, qui se poursuit par le commandement de payer et la clause résolutoire.

02 · L’obligation

  • 03Sa saisine est-elle obligatoire avant d'aller devant le juge ?
    Pas en général. L'article qui crée la commission ne pose aucun préalable obligatoire : il décrit une instance, une compétence, un délai et un avis. La règle se trouve ailleurs, dans le texte qui organise la réévaluation du loyer d'un bail renouvelé : « en cas de désaccord ou à défaut de réponse du locataire quatre mois avant le terme du contrat, l'une ou l'autre des parties saisit la commission ». Le verbe est à l'indicatif présent, ce qui en droit vaut impératif.
  • 04Quelles sont les trois dates d'une réévaluation de loyer au renouvellement ?
    Six mois avant le terme, notifier la proposition de nouveau loyer avec ses références. Quatre mois avant le terme, en cas de désaccord ou de silence du locataire, saisir la commission. Avant le terme, saisir le juge si la conciliation n'a pas abouti. Ces échéances se comptent à rebours et chacune conditionne la suivante ; la dernière est la plus dangereuse car elle n'a pas de repère fixe.
  • 05Que se passe-t-il si l'une de ces dates est manquée ?
    Le texte est sans appel : « à défaut de saisine, le contrat est reconduit de plein droit aux conditions antérieures du loyer ». Aucun rattrapage, aucune régularisation ultérieure. Sur le cas de ce guide, une date manquée fait perdre 1 440 € — la totalité de ce que la réévaluation aurait rapporté sur les trois ans du bail renouvelé — et impose d'attendre le renouvellement suivant, pendant que l'écart avec le marché continue de se creuser.

03 · Le loyer

  • 06Combien de références de loyers faut-il produire ?
    Trois en règle générale, et six dans les communes qui appartiennent à une agglomération de plus d'un million d'habitants. La notification doit mentionner le montant du loyer ainsi que la liste des références ayant servi à le déterminer, à peine de nullité. Chaque référence suppose l'adresse, la surface, le nombre de pièces et le loyer : une liste sans ces éléments n'est pas une référence mais une opinion, et un bailleur qui en joint deux annule lui-même sa demande.
  • 07La hausse obtenue s'applique-t-elle immédiatement ?
    Non, et l'étalement est plus long qu'on ne croit. La règle générale veut que « la hausse convenue entre les parties ou fixée judiciairement s'applique par tiers ou par sixième selon la durée du contrat ». Mais le texte ajoute que la hausse s'applique par sixième annuel, en débordant sur le renouvellement suivant, dès lors qu'elle dépasse 10 % et que le contrat renouvelé dure moins de six ans. Une hausse de 120 € sur un loyer de 640 € — soit 18,75 % — se répartit donc en six annuités de 20 € : le bailleur perçoit 1 440 € sur son bail de trois ans au lieu des 4 320 € attendus, et le loyer de 760 € n'est atteint qu'en sixième année.

04 · En pratique

  • 08Que vaut l'avis de la commission ?
    Rien juridiquement, beaucoup en pratique. Un avis n'est pas une décision : il ne s'exécute pas, n'ouvre aucun recours et ne lie pas le juge. Mais à défaut de conciliation, il expose le différend et la position des parties, et « peut être transmis au juge par l'une ou l'autre des parties ». Le juge reçoit alors un document paritaire qui montre, sans qu'il ait à le chercher, qui a produit des pièces et qui a bougé. Et lorsque la conciliation aboutit, l'accord règle le litige sans juge, sans délai et sans frais.

On ne perd pas une réévaluation en argumentant mal. On la perd sur une date.

Hagnéré Investissement commercialise un accompagnement en investissement locatif, et perçoit des honoraires si vous faites appel à nous. Ce guide s’utilise entièrement sans nous : les textes cités sont publics et la saisine de la commission est gratuite, sans représentation.

Articles 20 et 17-2 relus dans leur rédaction en vigueurCritère d’étalement redéterminé, non recopiéMontants du cas déclarés en hypothèse

Sources et date de contrôle

Deux articles de la loi du 6 juillet 1989, relus au 26 août 2026 : celui qui institue la commission et fixe sa compétence, et celui qui organise la réévaluation du loyer d'un bail renouvelé — dont le calendrier fait de la saisine un passage obligé.

  • Source 01

    Article 20 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 — commission départementale de conciliation — Légifrance. Institue « une commission départementale de conciliation composée de représentants d'organisations de bailleurs et d'organisations de locataires, en nombre égal », placée auprès du représentant de l'État dans le département. Elle est compétente pour les différends relatifs au loyer et à son évolution, aux caractéristiques du logement, à l'état des lieux, au dépôt de garantie, aux charges et réparations, aux congés délivrés au locataire, ainsi que pour les difficultés nées de l'application des accords collectifs ou d'un plan de concertation locative. Elle « rend un avis dans le délai de deux mois à compter de sa saisine » et « s'efforce de concilier les parties ». À défaut de conciliation, « elle rend un avis comportant l'exposé du différend et la position des parties », lequel « peut être transmis au juge par l'une ou l'autre des parties ». Le texte ne pose aucun préalable obligatoire à la saisine du juge — deux lectures successives l'ont confirmé. Version en vigueur depuis le 27 mars 2014. Consulté le 2026-08-26. Consulté le 2026-08-26.

  • Source 02

    Article 17-2 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 — réévaluation du loyer d'un bail renouvelé — Légifrance. Le bailleur qui estime le loyer sous-évalué « peut proposer au locataire, au moins six mois avant le terme du contrat », un loyer réévalué ; la notification mentionne le montant du loyer ainsi que la liste des références ayant servi à le déterminer, à peine de nullité. Le nombre de références est de trois, porté à six dans les communes appartenant à une agglomération de plus d'un million d'habitants. « En cas de désaccord ou à défaut de réponse du locataire quatre mois avant le terme du contrat, l'une ou l'autre des parties saisit la commission » ; à défaut d'accord établi par elle, « le juge est saisi avant le terme du contrat ». « À défaut de saisine, le contrat est reconduit de plein droit aux conditions antérieures du loyer. » Enfin, « la hausse convenue entre les parties ou fixée judiciairement s'applique par tiers ou par sixième selon la durée du contrat ». Version en vigueur depuis le 24 août 2022. Consulté le 2026-08-26. Consulté le 2026-08-26.

Avertissement

Information éditoriale — pas un conseil personnalisé.

Hagnéré Investissement commercialise un accompagnement à l’investissement locatif et perçoit des honoraires si vous faites appel à nous. Ce guide s’utilise entièrement sans nous : les textes cités sont publics, la saisine de la commission est gratuite et ne suppose aucune représentation. Ils sont reproduits dans leur rédaction en vigueur au 26 août 2026. Les montants du cas sont déclarés en hypothèse. Ce guide ne constitue pas une consultation juridique.