Dépôt de garantie : l’acte qui évite le litige coûte 77,37 €
Le litige porte sur 720 € de dépôt de garantie. L’acte qui l’aurait évité coûte 77,37 € à chacun, et son tarif est fixé par décret. Presque personne ne le sait, et c’est pour cela que ces dossiers finissent au tribunal pour des sommes qui ne le méritent pas.
AVANT LA REMISE DES CLÉS
Ce qu’on retient n’est pas le devis, c’est le devis moins la vétusté
Sur un devis de 2 400 €, une grille annexée au bail ramène couramment la part du locataire à 1 785 €. Sans grille annexée, aucun barème ne s’impose et l’appréciation se fait au cas par cas.
- Ce qu’un état des lieux doit contenir pour être opposable
- Le tarif du commissaire, fixé par décret
- Le calcul de la retenue, après vétusté
- La majoration due en cas de retard
MONTANT DU LITIGE
720 €
COÛT PAR PARTIE
77,37 €
COÛT TOTAL DE L’ACTE
154,74 €
DEVIS DE RÉPARATION
2 400 €
APRÈS VÉTUSTÉ
1 785 €
MAJORATION DE RETARD
10 %
Écrit par
Fondateur de Hagnéré Investissement
Guide général et national — aucune recommandation personnalisée
La réponse en trente secondes. L'état des lieux se fait contradictoirement. En cas de désaccord, un commissaire de justice l'établit, avec un préavis de sept jours et des frais partagés par moitié : pour un logement de 62 m², l'émolument réglementé est de 128,95 € hors taxes, soit 154,74 € toutes taxes et 77,37 € par partie ; convocations recommandées et déplacement compris, comptez de l’ordre de 90 € par partie.
Ce qui peut être retenu n’est pas le devis, c’est le devis diminué de la vétusté. Sur un devis de 2 400 €, une grille annexée au bail ramène couramment la part du locataire à 1 785 €. Sans grille annexée, aucun barème ne s’impose : l’appréciation se fait au cas par cas.
Le dépôt se rend dans un mois si l'état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée, dans deux mois sinon. Au-delà, il est majoré de 10 % du loyer mensuel par période commencée en retard. Sur ce dossier, la pénalité atteint le montant du dépôt au bout de dix mois.
Ce guide fait trois choses que les pages sur l'état des lieux ne font pas. Il corrige l’idée la plus répandue du sujet — non, l’absence d'état des lieux d’entrée ne prive pas automatiquement le bailleur de tout recours. Il chiffre l’acte de commissaire de justice au tarif du décret plutôt que de le présenter comme une menace vague. Et il fait l’arithmétique complète de la retenue, poste par poste, avec l’abattement de vétusté.
Le fil rouge de ce guide. Nous suivrons Camille, propriétaire d’un T3 de 62 m² à Rennes, loué 720 € hors charges avec un dépôt de garantie de 720 €. Son locataire part après quatre ans en laissant un logement dont la remise en état est devisée à 2 400 €. Exemple construit à partir des textes et barèmes cités dans ce guide — ce n’est pas un dossier client.
Que doit contenir un état des lieux ?
Un décret fixe la liste, et son intérêt n’est pas administratif : ce qui n’y figure pas ne pourra pas être reproché.
L'état des lieux décrit le logement et constate son état de conservation. Il comporte au minimum le type d'état des lieux — d’entrée ou de sortie —, sa date d'établissement, la localisation du logement, le nom ou la dénomination des parties et leur domicile, le cas échéant les représentants mandatés, les relevés de compteurs, le détail des clés et des accès, et pour chaque pièce et partie du logement une description précise de l'état des revêtements de sol, de mur et de plafond, des équipements et des éléments du logement1.
Deux exigences de forme comptent autant que le contenu. Le logement ne doit contenir que les meubles ou équipements mentionnés au contrat de location. Et la présentation doit permettre la comparaison de l'état constaté à l’entrée et à la sortie — document unique ou documents séparés, mais de présentation similaire. Un état des lieux d’entrée en trois lignes rend cette comparaison impossible, et c’est le bailleur qui en supporte les conséquences.
Le locataire dispose de droits de rattrapage que beaucoup ignorent. Il peut demander à compléter l'état des lieux d’entrée dans les dix jours suivant son établissement ; en cas de refus, il saisit la commission départementale de conciliation. Il peut aussi demander, pendant le premier mois de la période de chauffe, que l'état des éléments de chauffage y soit ajouté2.
Ces deux fenêtres se referment. Passé le dixième jour, un locataire qui n’a rien demandé aura beaucoup de mal à contester à la sortie l'état décrit à l’entrée — et un bailleur qui a établi un document précis a, de fait, verrouillé le débat quatre ans à l’avance.
Que se passe-t-il s’il n’y a pas d'état des lieux ?
C’est la question la plus mal traitée du sujet, et la réponse qui circule est l’inverse du texte.
On lit partout que sans état des lieux d’entrée, le bailleur ne pourrait rien retenir. Le code civil dit exactement le contraire : s’il n’a pas été fait d'état des lieux, le preneur est présumé les avoir reçus en bon état de réparations locatives, et doit les rendre tels, sauf la preuve contraire3. La présomption joue donc contre le locataire.
Ce que fait la loi de 1989, c’est neutraliser cette présomption — mais pas pour tout le monde. À défaut d'état des lieux ou de remise d’un exemplaire à l’une des parties, la présomption de l’article 1731 ne peut être invoquée par celle des parties qui a fait obstacle à son établissement2.
Tout se joue donc sur une question de fait : qui a empêché l’acte ? Un bailleur qui n’a jamais proposé d'état des lieux d’entrée a fait obstacle, et perd la présomption. Un locataire qui a refusé de se présenter malgré des convocations écrites l’a fait aussi, et la présomption se retourne contre lui.
Le point de vigilance. Cette règle transforme la nature de la preuve à réunir. Il ne s’agit pas de prouver l'état du logement — ce qui est impossible sans document — mais de prouver qui a fait obstacle. Les convocations écrites, les courriers recommandés, les échanges datés valent plus qu’une description tardive. Conservez-les dès le premier rendez-vous manqué, pas au moment du litige.
Le commissaire de justice, et ce qu’il coûte vraiment
Voici le chiffre qui manque à toutes les pages sur ce sujet, et il change complètement l’arbitrage.
Lorsque l'état des lieux ne peut pas être établi contradictoirement et amiablement, il est établi par un commissaire de justice à l’initiative de la partie la plus diligente, à frais partagés par moitié entre le bailleur et le locataire, et à un coût fixé par décret. Les parties en sont avisées au moins sept jours à l’avance, par lettre recommandée avec demande d’avis de réception2.
Ce coût n’est pas libre. L'émolument du commissaire de justice est fixé par le code de commerce et ne dépend que de la surface habitable ; s’y ajoutent les lettres recommandées de convocation imposées sept jours à l’avance et l’indemnité forfaitaire de déplacement, le tout majoré de la TVA4.
Émolument réglementé de l'état des lieux, article A444-27 du code de commerce
| Surface habitable | Émolument hors taxes | Toutes taxes | Part de chaque partie |
|---|---|---|---|
| Jusqu'à 50 m² | 110,68 € | 132,82 € | 66,41 € |
| De 50 à 150 m² | 128,95 € | 154,74 € | 77,37 € |
| Plus de 150 m² | 193,43 € | 232,12 € | 116,06 € |
Sur le T3 de Camille, l’acte coûte donc 77,37 € à chacun. Rapporté à la créance de 1 785 € que nous allons calculer, cela représente 4,33 %. Rapporté au dépôt de garantie de 720 €, 10,7 %.
Et voici la comparaison qui devrait clore le débat : six mois de majoration de retard sur ce dossier coûtent 432 € au bailleur, soit près de six fois le prix de l’acte qu’il n’a pas voulu faire établir. Autrement dit : un seul mois de retard, 72 €, paie déjà presque l’intégralité du constat. Le commissaire de justice n’est pas une escalade, c’est l’option la moins chère du dossier — à condition d’y penser avant, pas après.
Qu’est-ce qui relève de l’usure normale ?
La vétusté est définie réglementairement, et sa définition est plus large que ne le croient les bailleurs.
Elle s’entend de l'état d’usure ou de détérioration résultant du temps ou de l’usage normal des matériaux et éléments d'équipement dont est constitué le logement1. Deux causes, donc, et la première suffit : un revêtement peut être vétuste sans que personne l’ait maltraité. Le temps seul y pourvoit.
Et maintenant le point que presque toutes les pages ratent. Il n’existe aucune grille de vétusté légale. Le décret prévoit que les parties peuvent convenir d’appliquer une grille de vétusté choisie parmi celles issues d’un accord collectif de location, y compris lorsque le logement ne relève pas du secteur couvert par cet accord1.
Autrement dit : une grille ne s’applique que si elle a été convenue, donc en pratique annexée au bail. Sans annexe, il n’y a pas de barème opposable, et l’appréciation se fait au cas par cas — devant le juge s’il le faut, avec toute l’incertitude que cela suppose pour les deux camps.
C’est un argument sous-estimé au moment de rédiger un bail. Annexer une grille ne protège pas seulement le locataire : elle donne au bailleur un mode de calcul incontestable, ce qui vaut beaucoup mieux qu’une discussion sur l'âge d’une peinture.
Combien peut-on réellement retenir ?
Reprenons le dossier de Camille, poste par poste, avec une grille annexée au bail. Les valeurs d’une grille sont contractuelles et non légales : celles qui suivent illustrent la mécanique, elles ne constituent aucun barème officiel.
Devis de 2 400 € après quatre ans de location, abattement de vétusté appliqué
| Poste | Devis | Franchise | Abattement | À la charge du locataire |
|---|---|---|---|---|
| Peinture des murs | 1 500 € | 2 ans | 20 % | 1 200 € |
| Revêtement de sol | 700 € | 1 an | 45 % | 385 € |
| Nettoyage | 200 € | — | aucun | 200 € |
| Total | 2 400 € | — | 615 € | 1 785 € |
Trois mécaniques se lisent dans ce tableau. La franchise d’abord : les premières années ne produisent aucun abattement, ce qui protège le bailleur d’un locataire qui dégraderait dès la première année. Le taux annuel ensuite, appliqué aux années au-delà de la franchise. Et la part résiduelle enfin, plancher en dessous duquel l’abattement ne descend pas, faute de quoi un logement de quinze ans serait indestructible.
Le nettoyage échappe à la vétusté, et c’est logique : ce n’est pas un matériau qui s’use, c’est une prestation. Un logement rendu sale se facture en entier, quelle que soit la durée du bail.
Une limite du même ordre mérite d'être posée, et elle est textuelle. Le décret définit la vétusté comme l’usure ou la détérioration résultant du temps ou de l'usage normal. Une détérioration qui ne résulte ni de l’un ni de l’autre — une porte percée, un évier arraché — sort de la définition, et rien n’oblige à lui appliquer l’abattement d’un élément simplement usé. La distinction se joue sur la nature du dommage constaté, ce qui renvoie une fois de plus à la précision de l'état des lieux : « rayures » et « impact » ne se plaident pas de la même façon.
Résultat : la vétusté a effacé 615 €, soit un quart du devis. Camille peut réclamer 1 785 €. Reste à savoir ce qu’elle peut retenir, ce qui n’est pas la même chose.
Le dépôt de garantie n’est pas un plafond de responsabilité
La confusion est constante et elle coûte cher aux deux camps.
Le dépôt de garantie ne peut pas dépasser un mois de loyer en principal, hors charges — mais cette limite ne vaut que pour la location vide. En meublé, la loi déroge à l’article 22 et porte le plafond à deux mois de loyer en principal7. Sur un logement comparable à celui de Camille, cela ferait 1 440 € au lieu de 720 €, et changerait entièrement l’arbitrage de la section précédente : le dépôt couvrirait alors 80,7 % de la créance au lieu de 40,3 %. Il ne peut pas être exigé lorsque le loyer est payable d’avance pour une période supérieure à deux mois, sauf si le locataire demande à revenir à un paiement mensuel. Il ne produit pas d’intérêt, ne peut être révisé en cours de bail, et se transmet au nouveau propriétaire en cas de vente5.
Sur le dossier de Camille, le dépôt vaut 720 € et la créance 1 785 €. Le dépôt ne couvre donc que 40,3 % de ce qui est dû, et il reste 1 065 € à réclamer. Cette somme n’est pas perdue : elle se demande au locataire, puis se réclame en justice si nécessaire. Mais elle ne se retient pas, parce qu’il n’y a plus rien à retenir.
La symétrie vaut pour le locataire. Un dépôt de 720 € ne plafonne pas sa responsabilité à 720 €. Une dégradation lourde — un parquet à reprendre, une chaudière détruite — se paie en entier, abattement de vétusté déduit, et le bailleur peut poursuivre pour le solde.
Un mécanisme particulier s’ajoute en immeuble collectif. Le bailleur peut conserver une provision ne dépassant pas 20 % du dépôt — 144 € ici — jusqu'à l’arrêté annuel des comptes de l’immeuble par le syndic, la régularisation devant intervenir dans le mois qui suit l’approbation définitive des comptes5. La Cour de cassation en tire une conséquence pratique : la majoration de retard ne s’applique pas à cette part-là, qui obéit à son propre calendrier6.
Dans quel délai le dépôt doit-il être rendu ?
Il y en a deux, et c’est l'état des lieux de sortie qui décide lequel s’applique.
Le dépôt est restitué dans un délai maximal d’un mois à compter de la remise des clés lorsque l'état des lieux de sortie est conforme à l'état des lieux d’entrée, et de deux mois dans le cas contraire — déduction faite, le cas échéant, des sommes restant dues au bailleur et de celles dont il pourrait être tenu pour le compte du locataire, sous réserve qu’elles soient dûment justifiées5.
Trois conséquences pratiques en découlent, et elles s’enchaînent.
La première : le point de départ est la remise des clés, pas la date de l'état des lieux ni la fin du préavis. Un locataire qui rend les clés le 3 fait courir le délai le 3.
La deuxième : c’est la conformité constatée qui fait passer d’un mois à deux. Un bailleur qui relève la moindre différence gagne un mois — mais il devra la justifier, ce qui nous ramène à la qualité de l'état des lieux d’entrée.
La troisième, et c’est la plus décisive : les retenues doivent être dûment justifiées. Un devis, une facture, un constat. Une retenue annoncée sans pièce n’est pas une retenue, c’est un retard — avec la pénalité qui va avec.
Ce que coûte un mois de retard
La sanction est automatique, elle se calcule sans juge, et son montant surprend sur la durée.
À défaut de restitution dans les délais, le dépôt restant dû au locataire est majoré d’une somme égale à 10 % du loyer mensuel en principal, pour chaque période mensuelle commencée en retard. Le solde restant dû produit en outre intérêt au taux légal. Cette majoration n’est pas due lorsque le retard résulte de l’absence de transmission par le locataire de sa nouvelle adresse5.
Majoration de retard sur un loyer de 720 € et un dépôt de 720 €
| Retard | Majoration due | En part du dépôt |
|---|---|---|
| 1 mois | 72 € | 10 % |
| 3 mois | 216 € | 30 % |
| 6 mois | 432 € | 60 % |
| 10 mois | 720 € | 100 % |
| 12 mois | 864 € | 120 % |
La ligne à retenir est celle des dix mois : à ce terme, la pénalité égale le dépôt. Un bailleur qui laisse traîner un an rend le dépôt et paie 864 € par-dessus, soit davantage que la somme qu’il retenait. Le calcul n’a besoin d’aucun avocat pour être fait, et un locataire qui l’a fait négocie autrement.
Deux précisions ferment la mécanique. La majoration court par période mensuelle commencée : un jour de retard dans le onzième mois déclenche l’intégralité du onzième palier. Et l’exception de la nouvelle adresse est la seule échappatoire prévue — un locataire qui part sans laisser d’adresse suspend la sanction, ce qui rend cette formalité aussi importante pour lui que pour le bailleur.
Ce qui fait perdre un litige d'état des lieux
Quatre situations reviennent, et chacune se chiffre.
L'état des lieux d’entrée trop sommaire. Trois lignes et une mention « bon état » ne permettent aucune comparaison, alors que le décret l’exige. Le bailleur conserve formellement un état des lieux, mais il ne peut rien démontrer avec.
Sur le dossier de Camille, un état des lieux d’entrée muet sur les revêtements aurait rendu indéfendables les 1 200 € de peinture et les 385 € de sol, soit 1 585 € sur 1 785 €. Il ne serait resté que le nettoyage, 200 €, seul poste constatable à l'œil nu le jour de la sortie.
Et voici le paradoxe que ce cas révèle : un état des lieux sommaire est pire que pas d'état des lieux du tout. Sans acte, la présomption de l’article 1731 joue en faveur du bailleur, à condition qu’il n’ait pas fait obstacle. Avec un acte vide, la présomption ne s’applique plus — un état des lieux existe — et il ne prouve rien. Le bailleur a rempli la formalité et perdu l’argument, ce qui est la pire des deux positions.
La retenue annoncée sans pièce. Le texte exige des sommes dûment justifiées. Annoncer « je garde le dépôt pour les travaux » sans devis ni facture ne suspend pas le délai : la majoration court quand même. Six mois plus tard, 432 € s’ajoutent à un dépôt qu’il faudra rendre.
La grille de vétusté oubliée au bail. Sans annexe, aucun barème n’est opposable et chacun défend son chiffre. Sur ce devis, l'écart entre « rien » et « tout » porte sur les 615 € d’abattement — un quart du devis livré à l’appréciation d’un juge, faute d’un document de deux pages signé quatre ans plus tôt.
Le refus de l’acte à 77,37 €. C’est l’erreur la plus coûteuse de la liste rapportée à son prix. Une partie refuse le commissaire de justice pour ne pas payer sa moitié, l'état des lieux n’est jamais établi, et le litige se joue ensuite sur la preuve de l’obstruction. Le bailleur qui perd cette discussion perd 1 785 € ; le locataire qui la perd voit la présomption de l’article 1731 se retourner contre lui. Dans les deux cas, l’acte évité valait 77,37 €.
La méthode, du préavis à la restitution
Elle se déroule dans un ordre, et chaque étape ferme une contestation possible.
Première étape, avant l’entrée. Rédigez un état des lieux qui décrit chaque pièce, revêtement par revêtement, avec les relevés de compteurs et le détail des clés. Annexez une grille de vétusté. Photographiez, et datez les photographies. Ce travail coûte deux heures et vaut, sur le dossier de Camille, 1 585 €.
Deuxième étape, au départ. Convoquez par écrit avec une date précise. Si le locataire ne se présente pas, envoyez une seconde convocation recommandée, puis saisissez un commissaire de justice avec le préavis de sept jours. Ne renoncez jamais à l’acte : c’est lui qui établira, le cas échéant, qui a fait obstacle.
Troisième étape, après la remise des clés. Le compteur part le jour même. Réunissez les devis de l’artisan avant d’annoncer la moindre retenue, et envoyez un décompte écrit poste par poste avec l’abattement de vétusté appliqué. Un décompte détaillé se conteste rarement ; un solde sec se conteste toujours.
Quatrième étape, si la créance dépasse le dépôt. Retenez le dépôt, réclamez le solde par lettre recommandée, puis saisissez la commission départementale de conciliation avant le tribunal. Sur les 1 065 € restants de Camille, la conciliation est gratuite et plus rapide que la procédure.
Et surveillez le calendrier. Toutes les actions dérivant d’un contrat de bail se prescrivent par trois ans à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer8. Un bailleur qui attend quatre ans pour réclamer ses 1 065 € ne les obtiendra pas, et un locataire qui découvre trois ans plus tard qu’on lui devait une majoration de retard est logé à la même enseigne. Le même texte prévoit un délai plus court, d’un an, pour l’action en révision du loyer par le bailleur.
Reste une chose à dire, et elle ne sert pas notre intérêt commercial. Sur un dossier de cette taille, l'écart entre un bailleur bien organisé et un bailleur mal organisé est de 1 585 €, et il se joue entièrement sur un document rédigé quatre ans plus tôt. Aucune gestion locative, aucun accompagnement, aucun prestataire ne rattrape un état des lieux d’entrée bâclé — pas même le nôtre. Le seul moment où ce risque se traite, c’est le jour de la remise des clés à l’entrée.
Deux prolongements utiles si vous êtes bailleur. Ces retenues et ces pénalités font partie des frais qu’on oublie de compter dans un budget d’exploitation, et la vacance qui suit un litige pèse sur le cash-flow bien plus que le dépôt lui-même. Si vous arbitrez entre gérer seul et confier le bien à un gestionnaire ou à un agent immobilier, notre comparatif entre accompagnement et gestion en propre chiffre les deux options, et notre méthode de stress test intègre ces incidents dans les hypothèses basses. Enfin, un logement rénové avec des matériaux durables se rend mieux : c’est l’un des points de notre comparatif entre un bien à rénover et un bien déjà rénové.
Un état des lieux se prépare avant le préavis, pas le jour des clés
État des lieux d’entrée, grille de vétusté annexée, devis chiffrés et calendrier de restitution : quatre éléments décident de ce qui est réellement opposable.
- Ce qui est retenable sur votre dossier
- Le délai applicable et son point de départ
- Ce qui rendrait votre état des lieux inopposable
Questions fréquentes
Douze réponses directes sur le contenu opposable d’un état des lieux, l’absence d’acte d’entrée, la vétusté, le calcul des retenues, les délais et la majoration de retard.
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Échanger sur votre dossier01 · L’acte et son absence
01Que doit contenir un état des lieux pour être opposable ?
Le décret du 30 mars 2016 fixe un contenu minimal : le type d'état des lieux, sa date, la localisation du logement, le nom et le domicile des parties, le cas échéant les mandataires, les relevés de compteurs, le détail des clés et des accès, et pour chaque pièce une description précise de l'état des revêtements de sol, de mur et de plafond, des équipements et des éléments du logement. Deux exigences de forme comptent autant : le logement ne doit contenir que les meubles mentionnés au contrat, et la présentation doit permettre de comparer l'état constaté à l'entrée et à la sortie.02Sans état des lieux d'entrée, le bailleur peut-il retenir quelque chose ?
Contrairement à ce qu'on lit partout, oui, en principe. L'article 1731 du code civil présume que le preneur a reçu les lieux en bon état de réparations locatives et doit les rendre tels, sauf preuve contraire : la présomption joue contre le locataire. L'article 3-2 de la loi de 1989 la neutralise, mais seulement à l'encontre de la partie qui a fait obstacle à l'établissement de l'acte. Tout dépend donc de qui a empêché l'état des lieux, ce qui se prouve par des convocations écrites et des courriers datés.03Combien coûte un état des lieux par commissaire de justice ?
Le tarif est réglementé et dépend de la seule surface habitable : 110,68 € hors taxes jusqu'à 50 m², 128,95 € de 50 à 150 m², 193,43 € au-delà. Les frais sont partagés par moitié entre le bailleur et le locataire. Pour un logement de 62 m², cela représente 154,74 € toutes taxes, soit 77,37 € par partie. Les parties doivent être avisées au moins sept jours à l'avance par lettre recommandée avec avis de réception.
02 · Vétusté et retenue
04Existe-t-il une grille de vétusté légale ?
Non. Le décret du 30 mars 2016 prévoit seulement que les parties peuvent convenir d'appliquer une grille issue d'un accord collectif de location, y compris si le logement ne relève pas du secteur couvert par cet accord. Sans grille annexée au bail, aucun barème n'est opposable et l'appréciation se fait au cas par cas. Annexer une grille protège donc autant le bailleur, qui obtient un mode de calcul incontestable, que le locataire.05Comment calcule-t-on ce qui peut être retenu sur le dépôt ?
On part du devis, poste par poste, et on applique l'abattement de vétusté de la grille convenue. Sur un devis de 2 400 € après quatre ans de location, la peinture à 1 500 € avec une franchise de deux ans et un abattement de 20 % laisse 1 200 € à la charge du locataire ; le revêtement de sol à 700 € avec 45 % d'abattement en laisse 385 € ; le nettoyage, qui n'est pas un matériau qui s'use, reste dû en entier à 200 €. Total retenable : 1 785 €, la vétusté ayant effacé 615 €.
03 · Portée et plafond du dépôt
06Le dépôt de garantie plafonne-t-il ce que doit le locataire ?
Non, et la confusion coûte cher aux deux camps. Le dépôt ne peut pas dépasser un mois de loyer en principal, mais il ne limite pas la responsabilité du locataire. Sur un dépôt de 720 € et une créance de 1 785 €, le dépôt ne couvre que 40,3 % de ce qui est dû : le bailleur retient 720 € et doit réclamer les 1 065 € restants, d'abord par lettre recommandée, puis devant la commission départementale de conciliation ou le tribunal.07Le plafond du dépôt de garantie est-il le même en meublé ?
Non. En location vide, il est limité à un mois de loyer en principal. En meublé, la loi déroge expressément à l'article 22 et porte le plafond à deux mois de loyer en principal. Sur un logement loué 720 €, le dépôt passe donc de 720 € à 1 440 €, ce qui change l'arbitrage : il couvrirait 80,7 % d'une créance de 1 785 € au lieu de 40,3 %.
04 · Délais, majoration et recours
08Dans quel délai le dépôt de garantie doit-il être restitué ?
Un mois à compter de la remise des clés lorsque l'état des lieux de sortie est conforme à celui d'entrée, deux mois dans le cas contraire, déduction faite des sommes dues au bailleur sous réserve qu'elles soient dûment justifiées. Le point de départ est la remise des clés, pas la date de l'état des lieux ni la fin du préavis. En immeuble collectif, une provision de 20 % au maximum peut être conservée jusqu'à l'approbation des comptes.09Que risque un bailleur qui rend le dépôt en retard ?
Une majoration égale à 10 % du loyer mensuel en principal par période mensuelle commencée en retard, plus les intérêts au taux légal sur le solde. Sur un loyer de 720 €, cela représente 72 € par mois : 432 € après six mois, 720 € après dix mois — soit exactement le montant du dépôt —, et 864 € après un an. La majoration n'est pas due lorsque le retard vient de ce que le locataire n'a pas transmis sa nouvelle adresse.10La majoration de 10 % s'applique-t-elle aussi au solde des charges ?
Non. La Cour de cassation juge que la majoration vise la restitution du dépôt de garantie lui-même, et non le solde issu de la régularisation des charges en immeuble collectif, lequel obéit à son propre calendrier : la régularisation définitive et la restitution du solde interviennent dans le mois qui suit l'approbation définitive des comptes de l'immeuble.11Un locataire peut-il faire corriger l'état des lieux d'entrée ?
Oui, dans deux fenêtres qui se referment vite. Il peut demander à le compléter dans un délai de dix jours à compter de son établissement, et saisir la commission départementale de conciliation en cas de refus. Il peut aussi demander, pendant le premier mois de la période de chauffe, que l'état des éléments de chauffage y soit ajouté. Passé ces délais, contester à la sortie l'état décrit à l'entrée devient très difficile.12Dans quel délai faut-il agir après un litige d'état des lieux ?
Toutes les actions dérivant d'un contrat de bail se prescrivent par trois ans à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. Un bailleur qui attend quatre ans pour réclamer le solde de sa créance ne l'obtiendra pas, et un locataire qui découvre tardivement qu'une majoration de retard lui était due est logé à la même enseigne. L'action en révision du loyer par le bailleur obéit à un délai plus court, d'un an.
Un litige à 720 € se prévient pour 77 €.
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Sources et date de contrôle
Le litige porte sur 720 € de dépôt de garantie. L’acte qui l’aurait évité coûte 77,37 € à chacun, et son tarif est fixé par décret. Presque personne ne le sait, et c’est pour cela que ces dossiers finissent au tribunal pour des sommes qui ne le méritent pas.
- Source 01
Décret n° 2016-382 du 30 mars 2016 fixant les modalités d'établissement de l'état des lieux et de prise en compte de la vétusté des logements loués à usage de résidence principale — Légifrance. Article 1er : l'état des lieux décrit le logement et constate son état de conservation ; il comporte au minimum le type d'état des lieux (entrée ou sortie), sa date d'établissement, la localisation du logement, le nom ou la dénomination des parties et le domicile ou le siège social du bailleur, le cas échéant le nom des personnes mandatées, le cas échéant les relevés des compteurs individuels, le détail et la destination des clés ou de tout autre moyen d'accès, et pour chaque pièce et partie du logement la description précise de l'état des revêtements de sol, mur et plafond, des équipements et des éléments du logement. Article 2 : l'état des lieux d'entrée et de sortie est établi de sorte que le logement ne contienne que les meubles ou équipements mentionnés au contrat, que la forme du document permette la comparaison de l'état du logement constaté à l'entrée et à la sortie, et il peut être réalisé sur un document unique ou sur des documents distincts ayant une présentation similaire. Articles 3 et 4 : la vétusté s'entend de l'état d'usure ou de détérioration résultant du temps ou de l'usage normal des matériaux et éléments d'équipement dont est constitué le logement ; les parties au contrat de location peuvent convenir de l'application d'une grille de vétusté choisie parmi celles ayant fait l'objet d'un accord collectif de location conclu en application de l'article 41 ter de la loi du 23 décembre 1986 ou d'un accord collectif local pris en application de l'article 42 de la même loi, y compris lorsque le logement ne relève pas du secteur régi par l'accord Consulté le 2026-08-19.
- Source 02
Article 3-2 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 — état des lieux — Légifrance. Un état des lieux est établi selon des modalités définies par décret en Conseil d'État, dans les mêmes formes et en autant d'exemplaires que de parties lors de la remise et de la restitution des clés. Il est établi contradictoirement et amiablement par les parties ou par un tiers mandaté par elles. Si l'état des lieux ne peut être établi dans ces conditions, il est établi par un commissaire de justice, sur l'initiative de la partie la plus diligente, à frais partagés par moitié entre le bailleur et le locataire et à un coût fixé par décret en Conseil d'État ; les parties en sont avisées par le commissaire de justice au moins sept jours à l'avance, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. À défaut d'état des lieux ou de la remise d'un exemplaire à l'une des parties, la présomption établie par l'article 1731 du code civil ne peut être invoquée par celle des parties qui a fait obstacle à l'établissement de l'acte. Le locataire peut demander de compléter l'état des lieux d'entrée dans un délai de dix jours à compter de son établissement ; en cas de refus, il peut saisir la commission départementale de conciliation. Pendant le premier mois de la période de chauffe, il peut demander que l'état des lieux soit complété par l'état des éléments de chauffage ; le locataire peut également demander au bailleur ou à son représentant de compléter l'état des lieux dans un délai de dix jours à compter de son établissement, et en cas de refus il peut saisir la commission départementale de conciliation Consulté le 2026-08-19.
- Source 03
Article 1731 du code civil — présomption de bon état des lieux loués — Légifrance. S'il n'a pas été fait d'état des lieux, le preneur est présumé les avoir reçus en bon état de réparations locatives, et doit les rendre tels, sauf la preuve contraire Consulté le 2026-08-19.
- Source 04
Article A444-27 du code de commerce — tarif de l'état des lieux par commissaire de justice — Légifrance. Établissement d'un état des lieux à frais partagés entre le bailleur et le locataire, numéro 112 du tableau 3-1 : superficie inférieure ou égale à 50 m², 110,68 € hors taxes ; superficie supérieure à 50 m² et inférieure ou égale à 150 m², 128,95 € ; superficie supérieure à 150 m², 193,43 €. Version en vigueur depuis le 1er mars 2024 Consulté le 2026-08-19.
- Source 05
Article 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 — dépôt de garantie — Légifrance. Le dépôt de garantie ne peut être supérieur à un mois de loyer en principal, et ne peut être exigé lorsque le loyer est payable d'avance pour une période supérieure à deux mois, sauf demande du locataire de revenir à un paiement mensuel. Il est restitué dans un délai maximal de deux mois à compter de la remise des clés, ramené à un mois lorsque l'état des lieux de sortie est conforme à l'état des lieux d'entrée, déduction faite des sommes restant dues au bailleur et des sommes dont celui-ci pourrait être tenu pour le compte du locataire, sous réserve qu'elles soient dûment justifiées. Lorsque les locaux se situent dans un immeuble collectif, le bailleur procède à un arrêté des comptes provisoire et peut conserver une provision ne dépassant pas 20 % du dépôt de garantie jusqu'à l'arrêté annuel des comptes de l'immeuble, la régularisation définitive intervenant dans le mois qui suit l'approbation définitive des comptes. À défaut de restitution dans les délais prévus, le dépôt de garantie restant dû au locataire est majoré d'une somme égale à 10 % du loyer mensuel en principal pour chaque période mensuelle commencée en retard ; cette majoration n'est pas due lorsque l'origine du défaut de restitution résulte de l'absence de transmission par le locataire de l'adresse de son nouveau domicile. Le dépôt de garantie ne porte pas intérêt au bénéfice du locataire et ne peut faire l'objet d'aucune révision durant l'exécution du contrat Consulté le 2026-08-19.
- Source 06
Cour de cassation, 3e chambre civile, 31 mai 2018, pourvoi n° 17-18.069, publié au bulletin — Légifrance. Le dépôt de garantie est prévu pour garantir l'exécution de ses obligations locatives par le locataire ; lorsque les locaux loués se situent dans un immeuble collectif, la régularisation définitive des charges et la restitution du solde interviennent dans le mois qui suit l'approbation définitive des comptes. La majoration de retard prévue au dernier alinéa de l'article 22 vise la restitution du dépôt de garantie lui-même et non le solde issu de la régularisation des charges, qui obéit à un calendrier propre Consulté le 2026-08-19.
- Source 07
Article 25-6 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 — dépôt de garantie en location meublée — Légifrance. Par dérogation à l'article 22, le montant du dépôt de garantie exigible par le bailleur est limité à deux mois de loyer en principal pour les logements meublés loués à usage de résidence principale Consulté le 2026-08-19.
- Source 08
Article 7-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 — prescription des actions — Légifrance. Toutes actions dérivant d'un contrat de bail sont prescrites par trois ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d'exercer ce droit. Toutefois, l'action en révision du loyer par le bailleur est prescrite un an après la date convenue par les parties dans le contrat de location pour réviser ledit loyer Consulté le 2026-08-19.
Avertissement
Information éditoriale — pas un conseil personnalisé.
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