Bornage, mitoyenneté, vues et plantations : ce qu'une limite séparative jamais vérifiée coûte à un acquéreur
Le droit du voisinage passe pour une matière de querelles de clocher, et les montants en jeu semblent dérisoires : quelques centimètres, une haie, une fenêtre. Le calcul montre l'inverse.
LE MEILLEUR RAPPORT DU DOSSIER
Sept cent cinquante euros avant l'offre contre vingt-huit mille cinq cents après
Chaque euro dépensé en bornage couvre 38 € de risque — et il donne surtout une information qui se négocie avant la signature.
- Pourquoi le cadastre ne fixe aucune limite
- Le prix légal d'une mitoyenneté, en deux moitiés
- Les distances exactes : deux mètres, 1,90 mètre, 0,60 mètre
- L'empiétement qui se démolit quelle que soit sa taille
PRIX PAYÉ
189 000 €
BORNAGE, PART DE L'ACQUÉREUR
750 €
MITOYENNETÉ À ACQUÉRIR
5 105 €
VUE IRRÉGULIÈRE
11 600 €
EMPIÉTEMENT À DÉMOLIR
8 900 €
TOTAL DÉCOUVERT APRÈS L'ACTE
28 505 €
Écrit par
Fondateur de Hagnéré Investissement
Guide général et national — aucune recommandation personnalisée
La réponse en trente secondes. La limite se fixe à frais communs. « Tout propriétaire peut obliger son voisin au bornage de leurs propriétés contiguës. Le bornage se fait à frais communs »1. Personne ne peut s’y opposer, et la facture se partage.
Les distances sont chiffrées au décimètre. Deux mètres pour une plantation de plus de deux mètres de haut, un demi-mètre sinon3 ; dix-neuf décimètres pour une vue droite, six pour une vue oblique6.
Et l’empiétement se démolit. Sur le fondement de l’article 545, le propriétaire du fonds empiété est fondé à obtenir la démolition, la Cour de cassation censurant les juges qui la refusent au motif que l’empiétement ne mesure que vingt centimètres8.
Ce guide ne traite pas des nuisances entre occupants, que notre guide sur les troubles de voisinage couvre. Il traite de la limite elle-même — de ce qui se trouve dessus, de part et d’autre, et au-dessus.
Le fil rouge de ce guide. Nous suivrons Tanguy. Exemple construit, et non un dossier réel : une maison de ville avec jardin achetée 189 000 €, louée 830 € par mois, dont la limite séparative n’a jamais été bornée. Les honoraires, la valeur du mur, le prix du mètre carré de terrain et la décote retenue sont des hypothèses déclarées. Les distances, les durées et les règles sont celles du code.
La limite existe-t-elle vraiment ?
Sur le plan cadastral, oui. Sur le terrain, pas nécessairement — et la nuance vaut plusieurs milliers d’euros.
Le cadastre est un document fiscal : il sert à identifier les parcelles et à asseoir l’impôt, non à fixer une limite de propriété au centimètre, et ses tracés approximatifs, ses échelles variables et son absence de valeur probante entre voisins en font un point de départ commode mais une preuve nulle le jour où quelqu’un plante une clôture. La seule pièce qui fixe une limite est un procès-verbal de bornage, signé par les deux propriétaires ou établi par jugement.
Le droit d’y accéder est absolu : tout propriétaire peut obliger son voisin au bornage de leurs propriétés contiguës, et le bornage se fait à frais communs1. Un voisin ne peut donc pas s’y opposer, et il ne peut pas non plus en laisser la charge entière à celui qui le demande.
Une maison achetée sans procès-verbal de bornage est donc une maison dont la limite reste ouverte. Cela n’a aucune conséquence tant que rien ne se passe. Cela en a beaucoup dès qu’une clôture se construit, qu’une haie pousse ou qu’un acquéreur veut savoir ce qu’il achète.
Amiable ou judiciaire, et qui paie
L'écart entre les deux voies est de un à sept. Il tient uniquement au moment où l’on s’y prend.
Le bornage amiable se commande à un géomètre-expert, qui convoque les deux propriétaires, relève les indices de possession, propose une ligne et dresse un procès-verbal signé. Sur le dossier de Tanguy, l’intervention s'élève à 1 500 € ; partagée à frais communs, elle laisse 750 € à sa charge, soit moins d’un mois de loyer.
Le bornage judiciaire intervient lorsque le voisin refuse de signer. Le tribunal désigne un expert, chacun avance ses frais, et l’affaire dure. En retenant 2 800 € d’expertise et 2 200 € d’honoraires d’avocat, la facture atteint 5 000 € — 6,7 fois la part amiable, pour aboutir à la même ligne.
Un point mérite d'être noté, parce qu’il change la manière dont la demande se présente : le bornage n’est pas un contentieux mais un droit que le voisin ne peut pas refuser, de sorte que le lui dire calmement et par écrit, texte à l’appui, suffit dans la grande majorité des cas à obtenir une signature qu’aucun tribunal n’aurait obtenue plus vite. La judiciarisation coûte 4 250 € et ne fait gagner aucun centimètre.
À qui appartient le mur ?
Au voisin, à vous, ou aux deux — et la réponse par défaut n’est pas celle qu’on croit.
Le mur qui sépare deux bâtiments est présumé mitoyen, sauf preuve contraire2. La présomption se renverse par un titre, par des marques de non-mitoyenneté, ou par la configuration des lieux. Un mur de clôture entre deux jardins obéit à la même logique.
Trois conséquences en découlent, et elles sont symétriques. Le copropriétaire d’un mur mitoyen peut se dispenser de contribuer aux réparations et reconstructions en abandonnant le droit de mitoyenneté, pourvu que le mur ne soutienne pas son bâtiment2 : c’est une porte de sortie utile quand un mur ancien menace ruine. Chacun peut faire exhausser le mur, mais il paie seul la dépense de l’exhaussement et l’entretien de la partie ajoutée2. Et surtout, nul ne peut pratiquer d’enfoncement ni appuyer d’ouvrage contre le mur mitoyen sans le consentement de l’autre2.
Cette dernière règle arrête beaucoup de projets, et elle arrive presque toujours trop tard dans le calendrier : on dessine une extension, on chiffre un devis, on dépose un dossier d’urbanisme, et l’on découvre alors qu’adosser un abri, une véranda ou une surélévation à un mur qui ne vous appartient pas suppose soit l’accord écrit du voisin, soit l’acquisition de la mitoyenneté. Notre guide sur la transformation d’un local en logement montre que l’autorisation d’urbanisme et l’accord du voisin sont deux verrous distincts, et que le second ne se rattrape pas.
Le prix d’une mitoyenneté
Il est fixé par le code, et il se calcule en deux morceaux.
Le voisin peut acquérir la mitoyenneté en remboursant la moitié de la dépense qu’il a coûté et la moitié de la valeur du sol sur lequel le mur est bâti, estimées à la date de l’acquisition et compte tenu de l'état du mur2. Ce n’est pas une négociation : c’est un droit, dont le prix suit une règle.
Sur le mur de Tanguy — 18 mètres de long, 25 centimètres d'épaisseur, valeur estimée à 9 400 € —, le calcul donne 4 700 € pour la moitié du mur. L’emprise au sol représente 4,5 m² ; au prix de 180 € le mètre carré, le sol vaut 810 €, dont la moitié fait 405 €. Le prix de la mitoyenneté s'établit donc à 5 105 €, soit six mois de loyer.
Deux remarques d’ordre pratique. La première est que l’estimation se fait à la date de l’acquisition et selon l'état du mur : un mur dégradé se rachète moins cher qu’un mur neuf, ce qui invite à faire constater l'état avant d’ouvrir la discussion. La seconde est que ce coût doit figurer dans le plan de financement d’un projet d’extension, au même titre que le devis de l’artisan — c’est un poste que les acquéreurs découvrent presque toujours après avoir dessiné leur projet.
Les distances de plantation
Deux chiffres, et une exception qui les efface après trente ans.
Il n’est permis d’avoir des arbres, arbrisseaux et arbustes près de la limite qu'à la distance de deux mètres de la ligne séparative pour les plantations dont la hauteur dépasse deux mètres, et à la distance d’un demi-mètre pour les autres3. Une exception vise les espaliers plantés de chaque côté d’un mur séparatif, qui ne sont soumis à aucune distance mais ne peuvent dépasser la crête du mur.
Le voisin peut exiger que les plantations trop proches soient arrachées ou réduites à la hauteur déterminée, à moins qu’il n’y ait titre, destination du père de famille ou prescription trentenaire4. Et si les arbres meurent ou sont coupés, le voisin ne peut les remplacer qu’en observant les distances légales — la prescription protège l’arbre, pas l’emplacement.
Sur le terrain de Tanguy, une haie plantée à 1,10 mètre atteint 3,40 mètres de haut. Elle est irrégulière, et elle a dix-huit ans : la prescription n’est pas acquise. Si le voisin s’exécute, l’affaire ne coûte rien ; s’il refuse, un constat de commissaire de justice à 350 € et un avocat à 1 800 € portent la note à 2 150 €.
Que peut-on couper soi-même ?
Les racines, oui. Les branches, non. La distinction est nette et elle surprend.
Celui sur la propriété duquel avancent les branches des arbres du voisin peut contraindre celui-ci à les couper5. Le mot compte : contraindre, pas couper. Élaguer soi-même les branches qui débordent, même de son côté de la limite, expose à devoir réparer le dommage causé à l’arbre.
En revanche, si ce sont les racines, ronces ou brindilles qui avancent sur son héritage, il a le droit de les couper lui-même à la limite de la ligne séparative5. La coupe se fait à l’aplomb de la limite, ni au-delà ni en deçà.
Un détail agréable complète l’article : les fruits tombés naturellement de ces branches appartiennent à celui chez qui ils tombent5. Tombés naturellement — ce qui exclut de les faire tomber. Le code de 1804 avait pensé à cette précision.
Dix-neuf décimètres, six décimètres
Le texte parle encore en décimètres, et ces deux nombres décident du sort d’une fenêtre.
On ne peut avoir des vues droites ou fenêtres d’aspect, ni balcons ou autres semblables saillies sur l’héritage clos ou non clos de son voisin, s’il n’y a dix-neuf décimètres de distance6 — soit 1,90 mètre. Et on ne peut, sous la même réserve, avoir des vues par côté ou obliques sur le même héritage, s’il n’y a six décimètres de distance6 — soit 0,60 mètre.
La mesure elle-même est définie : la distance se prend depuis le parement extérieur du mur où l’ouverture se fait et, s’il y a balcons ou autres semblables saillies, depuis leur ligne extérieure jusqu'à la ligne de séparation des deux propriétés6. Un balcon se mesure donc depuis son nez, non depuis la façade — ce qui déplace la question de plusieurs décimètres.
S’ajoute une interdiction distincte, qui vise le mur mitoyen : l’un des voisins ne peut, sans le consentement de l’autre, y pratiquer aucune fenêtre ou ouverture, en quelque manière que ce soit, même à verre dormant6. Un mur mitoyen ne se perce pas, quelle que soit la qualité du vitrage.
Sur la maison de Tanguy, une fenêtre de chambre ouvre à 1,45 mètre de la limite. Elle est irrégulière. Sa condamnation coûterait 2 600 € de travaux, et transformerait une chambre en pièce aveugle — soit, en retenant une décote de 9 000 €, un coût total de 11 600 €, 6,1 % du prix payé.
Que faut-il pour que trente ans effacent une irrégularité ?
Une servitude continue et apparente, et trente années de possession. Ni plus, ni moins.
Le texte est bref : les servitudes continues et apparentes s’acquièrent par titre, ou par la possession de trente ans9. Une vue remplit les deux conditions — elle est continue, puisque son usage ne suppose aucune intervention, et apparente, puisqu’une fenêtre se voit. Une fenêtre irrégulière ouverte depuis plus de trente ans est donc devenue une servitude de vue, et elle ne peut plus être condamnée.
La règle ne vaut pas pour tout. Les servitudes continues non apparentes et les servitudes discontinues, apparentes ou non, ne s'établissent que par titre9 : un droit de passage, par exemple, ne s’acquiert pas par la seule habitude, si longue soit-elle.
Pour un acquéreur, cela transforme une question de droit en question de date, ce qui est une bonne nouvelle : une date se cherche, une qualification juridique se plaide. Savoir depuis quand une fenêtre existe vaut, sur ce dossier, 11 600 € — et cette date se cherche dans les permis, les photographies aériennes, les actes antérieurs, les témoignages du voisinage. Notre guide sur les vices cachés montre ce qu’il reste comme recours lorsque le vendeur connaissait l’irrégularité et n’en a rien dit.
Quatorze centimètres valent-ils une démolition ?
Oui. C’est la règle la plus dure du droit du voisinage, et elle ne connaît pas le principe de proportionnalité.
Le fondement tient en une phrase : nul ne peut être contraint de céder sa propriété, si ce n’est pour cause d’utilité publique, et moyennant une juste et préalable indemnité7. Un voisin qui accepterait une indemnité contre quelques centimètres céderait sa propriété : il n’y est pas tenu.
La Cour de cassation en tire la conséquence sans nuance. Dans un arrêt du 10 novembre 2016 publié au bulletin, elle juge que le propriétaire du fonds sur lequel la construction d’un autre empiète est fondé à en obtenir la démolition, et censure la cour d’appel qui l’avait refusée en retenant que l’empiétement ne mesurait que vingt centimètres, qu’il n’en résultait aucun désordre et que la démolition serait disproportionnée8.
Chiffrons ce que cela signifie. Le mur de clôture de Tanguy, construit par le précédent propriétaire, déborde de 14 centimètres sur 16 mètres de longueur, soit 2,24 m². À 180 € le mètre carré, ce terrain vaut 403 €. Sa démolition et sa reconstruction coûtent 8 900 € — vingt-deux fois la valeur de ce qu’il occupe, et onze mois de loyer.
Ce que la limite coûte quand on la découvre après
Additionnons les cinq postes sur le même dossier.
Les cinq frictions d’une limite, découvertes après l’acte
| Poste | Coût | Part du total |
|---|---|---|
| Bornage, part de l’acquéreur | 750 € | 2,6 % |
| Acquisition de la mitoyenneté | 5 105 € | 17,9 % |
| Action sur les plantations | 2 150 € | 7,5 % |
| Vue irrégulière | 11 600 € | 40,7 % |
| Empiétement à démolir | 8 900 € | 31,2 % |
| Total | 28 505 € | 100 % |
Vingt-huit mille cinq cent cinq euros, soit 15,1 % du prix payé et trente-quatre mois de loyer. Deux postes concentrent 71,9 % du total, et ce sont précisément les deux que le cadastre ne montre pas : la vue et l’empiétement.
La comparaison qui compte tient en une ligne. Le bornage amiable demandé avant l’offre coûte 750 € à l’acquéreur, soit 2,6 % du total des désordres : chaque euro dépensé en vérification couvre 38 € de risque. Et il ne couvre pas seulement le risque financier — il donne surtout une information qui se négocie, ce que notre guide sur les clauses suspensives permet de transformer en condition avant la signature.
Qui fait quoi
Quatre acteurs, et celui qui fixe la limite n’est ni le notaire ni le cadastre.
Le géomètre-expert est le seul professionnel habilité à fixer une limite de propriété. Il relève, propose une ligne, dresse le procès-verbal et pose les bornes. C’est aussi lui qui mesure un empiétement au centimètre, et son relevé fait foi là où une photographie ne prouve rien.
Le notaire vérifie les titres et l’existence d’un procès-verbal de bornage antérieur, qui s’impose alors aux parties. Il rédige également la condition suspensive lorsque l’acquéreur veut subordonner son achat au résultat d’un bornage — rédaction qui décide de ce qui se passe si la ligne tombe autrement qu’espéré.
Le commissaire de justice constate. Hauteur d’une haie, distance d’une fenêtre, débord d’un mur : un constat daté vaut infiniment plus qu’un échange de courriers, et il coûte quelques centaines d’euros là où une expertise judiciaire en coûte quelques milliers.
L'artisan, enfin, chiffre ce que coûte la mise en conformité — condamnation d’une ouverture, démolition d’un mur, réduction d’une haie. Ce devis sert deux fois : à négocier avec le voisin, et à négocier avec le vendeur si le désordre est découvert avant l’acte. Notre guide sur les frais de notaire dans l’ancien rappelle que ces postes s’ajoutent à un prix de revient que l’on croit connaître.
Ce qui coûte cher aux acquéreurs
Cinq erreurs, et la première consiste à faire confiance à un plan.
Prendre le cadastre pour une limite. C’est un document fiscal, dont les tracés sont approximatifs et qui ne fait pas foi entre voisins. Seul un procès-verbal de bornage fixe une ligne, et son absence laisse ouverts des postes qui atteignent 28 505 € sur ce dossier.
Dessiner une extension adossée à un mur qui n’est pas le sien. Nul ne peut appuyer un ouvrage contre un mur mitoyen sans le consentement de l’autre. Acquérir la mitoyenneté coûte 5 105 € sur ce mur, poste que l’on découvre après avoir payé l’architecte.
Élaguer soi-même les branches du voisin. Le texte permet de contraindre le voisin à couper, non de couper soi-même — seules les racines peuvent l'être. Une taille non autorisée transforme une position de demandeur en position de défendeur, et l’action qui aurait coûté 2 150 € change de camp.
Ignorer la date d’une fenêtre. Une vue irrégulière ouverte depuis plus de trente ans est devenue une servitude ; ouverte depuis moins, elle se condamne. La date vaut 11 600 € sur ce dossier, et elle se cherche avant l’offre, pas après la mise en demeure.
Croire qu’un petit empiétement se règle avec un chèque. Nul ne peut être contraint de céder sa propriété : le voisin peut refuser toute indemnité et exiger la démolition. Sur 2,24 m² valant 403 €, la remise en état coûte 8 900 €.
Que vérifier avant de signer ?
Sept vérifications, dont quatre se font pendant la visite.
Une remarque pour finir sur la nature de ce sujet. Le droit du voisinage passe pour une matière de querelles de clocher, et les montants en jeu semblent dérisoires : quelques centimètres, une haie, une fenêtre. Le calcul montre l’inverse. Deux mètres carrés valant 403 € coûtent 8 900 € à restituer, et cinq points de friction sur une seule limite représentent 15,1 % du prix d’une maison.
Ce qui reste, une fois cette disproportion comprise, tient en une dépense. Sept cent cinquante euros de bornage avant l’offre, contre vingt-huit mille cinq cents découverts après. C’est le meilleur rapport de tout le dossier d’acquisition, et c’est aussi celui que personne ne demande.
La vue et l'empiétement font 71,9 % de la facture
Ce sont précisément les deux que le plan ne montre pas, et les deux qui se mesurent en dix minutes pendant une visite.
- Votre procès-verbal de bornage demandé avant l'offre
- Vos distances mesurées pendant la visite
- Votre condition suspensive de bornage rédigée avec le notaire
Questions fréquentes
Douze réponses directes sur le bornage, la mitoyenneté et son prix, les distances de plantation, les vues et la démolition d'un empiétement.
Une limite à vérifier avant une offre ?
Apportez le titre de propriété, le plan cadastral et les photographies de la limite. L'échange ne remplace pas une consultation juridique.
Faire le point sur votre dossier01 · Le bornage
01Le cadastre fixe-t-il la limite de propriété ?
Non. Le cadastre est un document fiscal : il sert à identifier les parcelles et à asseoir l'impôt, non à fixer une limite au centimètre. Ses tracés sont approximatifs, ses échelles variables, et il ne fait pas foi entre voisins. La seule pièce qui fixe une limite est un procès-verbal de bornage, signé par les deux propriétaires ou établi par jugement. Une maison achetée sans procès-verbal de bornage est donc une maison dont la limite reste ouverte — ce qui n'a aucune conséquence tant que rien ne se passe, et beaucoup dès qu'une clôture se construit.02Un voisin peut-il refuser un bornage ?
Non. Le texte est catégorique : « Tout propriétaire peut obliger son voisin au bornage de leurs propriétés contiguës. Le bornage se fait à frais communs. » Le voisin ne peut ni s'y opposer, ni en laisser la charge entière à celui qui le demande. Le bornage n'est donc pas un contentieux mais un droit, et le rappeler par écrit, texte à l'appui, suffit le plus souvent à obtenir une signature.03Combien coûte un bornage ?
Environ 1 500 € pour une intervention de géomètre-expert sur un dossier simple, partagés à frais communs : 750 € pour chacun, soit moins d'un mois de loyer sur le bien décrit. Si le voisin refuse de signer, il faut passer par le bornage judiciaire — le tribunal désigne un expert, chacun avance ses frais, et en retenant 2 800 € d'expertise et 2 200 € d'honoraires d'avocat, la facture atteint 5 000 €, soit 6,7 fois la part amiable pour aboutir à la même ligne.
02 · Le mur
04À qui appartient le mur séparatif ?
Il est présumé mitoyen s'il sépare deux bâtiments, sauf preuve contraire — présomption qui se renverse par un titre, par des marques de non-mitoyenneté ou par la configuration des lieux. Trois conséquences en découlent : le copropriétaire peut se dispenser de contribuer aux réparations en abandonnant son droit de mitoyenneté, pourvu que le mur ne soutienne pas son bâtiment ; chacun peut faire exhausser le mur mais paie seul la dépense de l'exhaussement ; et nul ne peut pratiquer d'enfoncement ni appuyer d'ouvrage contre le mur mitoyen sans le consentement de l'autre.05Combien coûte l'acquisition d'une mitoyenneté ?
Le prix est fixé par le code et se calcule en deux morceaux : la moitié de la dépense qu'a coûté le mur, et la moitié de la valeur du sol sur lequel il est bâti, estimées à la date de l'acquisition et compte tenu de l'état du mur. Sur un mur de 18 mètres, 25 centimètres d'épaisseur, valeur estimée à 9 400 €, cela donne 4 700 € pour le mur et 405 € pour l'emprise au sol de 4,5 m² à 180 € le mètre carré, soit 5 105 € au total. Un mur dégradé se rachète moins cher qu'un mur neuf, ce qui invite à faire constater son état avant d'ouvrir la discussion.
03 · Plantations et vues
06Quelles distances respecter pour les plantations ?
Deux mètres de la ligne séparative pour les plantations dont la hauteur dépasse deux mètres, et un demi-mètre pour les autres. Les arbres et arbustes plantés en espaliers de chaque côté d'un mur séparatif échappent à toute distance, mais ne peuvent dépasser la crête du mur. Le voisin peut exiger que les plantations trop proches soient arrachées ou réduites à la hauteur légale, à moins qu'il n'y ait titre, destination du père de famille ou prescription trentenaire. Et si les arbres meurent ou sont coupés, ils ne peuvent être remplacés qu'en observant les distances légales : la prescription protège l'arbre, pas l'emplacement.07Peut-on couper soi-même les branches du voisin ?
Non pour les branches, oui pour les racines. Celui sur la propriété duquel avancent les branches des arbres du voisin peut contraindre celui-ci à les couper — contraindre, pas couper. Élaguer soi-même, même de son côté de la limite, expose à devoir réparer le dommage causé à l'arbre. En revanche, si ce sont les racines, ronces ou brindilles qui avancent, on a le droit de les couper soi-même à l'aplomb de la ligne séparative. Le texte ajoute que les fruits tombés naturellement de ces branches appartiennent à celui chez qui ils tombent — naturellement, ce qui exclut de les faire tomber.08À quelle distance peut-on ouvrir une fenêtre ?
Dix-neuf décimètres, soit 1,90 mètre, pour une vue droite — fenêtre d'aspect, balcon ou autre saillie donnant sur le fonds voisin. Six décimètres, soit 0,60 mètre, pour une vue oblique ou par côté. La mesure se prend depuis le parement extérieur du mur où l'ouverture se fait et, s'il y a balcons ou saillies, depuis leur ligne extérieure jusqu'à la ligne de séparation : un balcon se mesure donc depuis son nez, non depuis la façade. S'y ajoute une interdiction distincte : aucune ouverture ne peut être pratiquée dans un mur mitoyen sans le consentement de l'autre, même à verre dormant.09Une fenêtre ancienne peut-elle être régularisée par le temps ?
Oui, après trente ans. Les servitudes continues et apparentes s'acquièrent par titre ou par la possession de trente ans, et une vue remplit les deux conditions : elle est continue, puisque son usage ne suppose aucune intervention, et apparente, puisqu'une fenêtre se voit. Une ouverture irrégulière existant depuis plus de trente ans est donc devenue une servitude de vue et ne peut plus être condamnée. La règle ne vaut pas pour tout : les servitudes discontinues, comme un droit de passage, ne s'établissent que par titre. Pour un acquéreur, la date d'une fenêtre vaut 11 600 € sur le dossier décrit.
04 · Les risques
10Un empiétement de quelques centimètres se règle-t-il avec une indemnité ?
Non, et c'est la règle la plus dure du droit du voisinage. Le fondement tient en une phrase : nul ne peut être contraint de céder sa propriété, si ce n'est pour cause d'utilité publique et moyennant une juste et préalable indemnité. La Cour de cassation en tire la conséquence sans nuance et censure la cour d'appel qui avait refusé la démolition en retenant que l'empiétement ne mesurait que vingt centimètres, qu'il n'en résultait aucun désordre et que la démolition serait disproportionnée. Sur le dossier décrit, 2,24 m² de terrain valant 403 € coûtent 8 900 € à restituer — vingt-deux fois leur valeur.11Combien une limite non vérifiée peut-elle coûter ?
28 505 € sur le dossier décrit, soit 15,1 % du prix payé et trente-quatre mois de loyer : 750 € de bornage, 5 105 € de mitoyenneté à acquérir, 2 150 € d'action sur les plantations, 11 600 € pour une vue irrégulière et 8 900 € de démolition d'un empiétement. Deux postes concentrent 71,9 % du total — la vue et l'empiétement —, et ce sont précisément les deux que le cadastre ne montre pas.12Que vérifier avant de faire une offre ?
Sept points, dont quatre se contrôlent pendant la visite. Demander le procès-verbal de bornage, qui s'impose s'il existe. Mesurer les distances : plantations de plus de deux mètres à moins de deux mètres, fenêtres à moins de 1,90 mètre, balcons mesurés depuis leur nez. Regarder qui borde le mur, puisque tout projet d'adossement en dépend. Chercher la date des ouvertures dans les permis, les photographies aériennes et les actes antérieurs. Faire constater ce qui gêne par un commissaire de justice avant d'écrire au voisin. Chiffrer la mitoyenneté si le projet suppose d'adosser quoi que ce soit. Et insérer une condition suspensive de bornage lorsque la limite est incertaine.
Une limite à faire fixer. Pas un conflit à gagner.
Hagnéré Investissement commercialise un accompagnement en investissement locatif incluant l'audit technique des biens, et perçoit des honoraires si vous faites appel à nous. Ce guide donne la méthode complète, y compris pour un acquéreur qui conduit seul son opération.
Sources et date de contrôle
- Source 01
Article 646 du code civil — le bornage — Légifrance. « Tout propriétaire peut obliger son voisin au bornage de leurs propriétés contiguës. Le bornage se fait à frais communs. » Article en vigueur depuis le 21 mars 1804, créé par la loi du 31 janvier 1804. Consulté le 2026-08-25.
- Source 02
Articles 653 à 673 du code civil — du mur et du fossé mitoyens — Légifrance. Article 653 : le mur séparant deux bâtiments est présumé mitoyen, sauf preuve contraire. Article 656 : le copropriétaire d'un mur mitoyen peut « se dispenser de contribuer aux réparations et reconstructions en abandonnant le droit de mitoyenneté », pourvu que le mur ne soutienne pas son bâtiment. Article 658 : tout copropriétaire peut faire exhausser le mur mitoyen, mais il doit payer seul la dépense de l'exhaussement, les réparations d'entretien au-dessus de la hauteur d'origine, et l'indemnisation des charges qui en résultent. Article 661 : le voisin peut acquérir la mitoyenneté en remboursant « la moitié de la dépense qu'il a coûté » et « la moitié de la valeur du sol sur lequel le mur est bâti », estimées à la date de l'acquisition et compte tenu de l'état du mur. Article 662 : nul ne peut pratiquer d'enfoncement ni appuyer d'ouvrage contre le mur mitoyen sans le consentement de l'autre. Consulté le 2026-08-25.
- Source 03
Article 671 du code civil — les distances de plantation — Légifrance. Il n'est permis d'avoir des arbres, arbrisseaux et arbustes près de la limite de la propriété voisine qu'à la distance de deux mètres de la ligne séparative pour les plantations dont la hauteur dépasse deux mètres, et à la distance d'un demi-mètre pour les autres plantations. Les arbres, arbustes et arbrisseaux de toute espèce peuvent être plantés en espaliers de chaque côté d'un mur séparatif sans que l'on soit tenu d'observer aucune distance, mais ils ne pourront dépasser la crête du mur. Consulté le 2026-08-25.
- Source 04
Article 672 du code civil — l'arrachage ou la réduction — Légifrance. Le voisin peut exiger que les arbres, arbrisseaux et arbustes plantés à une distance moindre que la distance légale soient arrachés ou réduits à la hauteur déterminée à l'article précédent, à moins qu'il n'y ait titre, destination du père de famille ou prescription trentenaire. Si les arbres meurent, ou s'ils sont coupés ou arrachés, le voisin ne peut les remplacer qu'en observant les distances légales. Consulté le 2026-08-25.
- Source 05
Article 673 du code civil — les branches et les racines — Légifrance. Celui sur la propriété duquel avancent les branches des arbres, arbustes et arbrisseaux du voisin peut contraindre celui-ci à les couper. Les fruits tombés naturellement de ces branches lui appartiennent. Si ce sont les racines, ronces ou brindilles qui avancent sur son héritage, il a le droit de les couper lui-même à la limite de la ligne séparative. Consulté le 2026-08-25.
- Source 06
Articles 675 à 680 du code civil — des vues sur la propriété de son voisin — Légifrance. Article 675 : l'un des voisins ne peut, sans le consentement de l'autre, pratiquer dans le mur mitoyen aucune fenêtre ou ouverture, en quelque manière que ce soit, même à verre dormant. Article 678 : « On ne peut avoir des vues droites ou fenêtres d'aspect, ni balcons ou autres semblables saillies sur l'héritage clos ou non clos de son voisin, s'il n'y a dix-neuf décimètres de distance » — soit 1,90 mètre. Article 679 : « On ne peut, sous la même réserve, avoir des vues par côté ou obliques sur le même héritage, s'il n'y a six décimètres de distance » — soit 0,60 mètre. Article 680 : la distance se mesure depuis le parement extérieur du mur où l'ouverture se fait et, s'il y a balcons ou autres semblables saillies, depuis leur ligne extérieure jusqu'à la ligne de séparation des deux propriétés. Consulté le 2026-08-25.
- Source 07
Article 545 du code civil — nul ne peut être contraint de céder sa propriété — Légifrance. « Nul ne peut être contraint de céder sa propriété, si ce n'est pour cause d'utilité publique, et moyennant une juste et préalable indemnité. » Consulté le 2026-08-25.
- Source 08
Cour de cassation, 3e chambre civile, 10 novembre 2016, pourvoi n° 15-19.561 — Légifrance. Sur le fondement de l'article 545 du code civil, la Cour de cassation juge que le propriétaire d'un fonds sur lequel la construction d'un autre propriétaire empiète est fondé à en obtenir la démolition, et censure la cour d'appel qui avait refusé cette démolition en retenant que l'empiétement ne mesurait que vingt centimètres, qu'il n'en résultait aucun désordre et que la démolition serait disproportionnée. Arrêt publié au bulletin. Consulté le 2026-08-25.
- Source 09
Article 690 du code civil — l'acquisition des servitudes par trente ans — Légifrance. « Les servitudes continues et apparentes s'acquièrent par titre, ou par la possession de trente ans. » L'article 691 réserve aux seuls titres l'établissement des servitudes continues non apparentes et des servitudes discontinues, apparentes ou non. Consulté le 2026-08-25.
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