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Guide de décisionVérifié le 26 août 20261 sourcesMéthode en cinq passes

Investir en viager occupé : ce qu'on achète, ce que ça coûte vraiment, et la durée au-delà de laquelle l'opération devient perdante

Les pages du sujet expliquent le bouquet et la rente. Aucune ne dit qu’un viager occupé ne produit aucune recette, ni à partir de quelle durée la décote cesse de compenser les loyers manqués.

AUCUNE RECETTE PENDANT TOUT LE CONTRAT

Le bouquet n’est pas le prix. Le prix, on le connaît au décès.

Le même contrat coûte de 105 000 € à 285 000 € selon une variable que personne ne maîtrise — soit jusqu’à 114 % de la valeur libre du bien.

  • L’aléa est une condition de validité, pas une figure de style
  • Un viager occupé ne produit aucun revenu, et supporte des charges
  • On ne peut pas se libérer en remboursant le capital
  • Le vendeur impayé ne reprend pas son bien de plein droit

VALEUR LIBRE DU BIEN

250 000 €

BOUQUET

60 000 €

RENTE MENSUELLE

750 €

REVENU DU VIAGER OCCUPÉ

0 €

POINT MORT

6,6 ans

COÛT APRÈS 25 ANS

114 %

Écrit par

Quentin Hagnéré

Fondateur de Hagnéré Investissement

Guide général et national — aucune recommandation personnalisée

La réponse en trente secondes. L’aléa n’est pas une figure de style, c’est une condition de validité : « tout contrat de rente viagère, créé sur la tête d’une personne qui était morte au jour du contrat, ne produit aucun effet », et il en va de même « du contrat par lequel la rente a été créée sur la tête d’une personne atteinte de la maladie dont elle est décédée dans les vingt jours de la date du contrat »1.

On n’en sort pas non plus : l’acquéreur « ne peut se libérer du paiement de la rente, en offrant de rembourser le capital […] ; il est tenu de servir la rente pendant toute la vie de la personne […] sur la tête desquelles la rente a été constituée »1.

Sur le cas de ce guide, le viager l’emporte sur l’achat classique du même bien tant que la crédirentière disparaît dans les 6,6 ans. Au-delà, l’achat classique gagne, et l’écart se creuse vite.

Le viager est présenté tantôt comme une bonne action, tantôt comme un pari cynique. Il n’est ni l’un ni l’autre : c’est un mode d’acquisition, avec une mécanique de paiement particulière et une durée inconnue.

Ce guide traite le viager occupé, celui où le vendeur conserve l’usage du bien — la forme la plus répandue et la seule qui pose la question du rendement. Le viager libre, où l’acquéreur dispose du bien immédiatement, s’analyse comme un achat ordinaire à paiement échelonné.

Le fil rouge de ce guide. Nous suivrons Bruno, 56 ans, contrôleur de gestion à Tours, qui envisage l’achat en viager occupé d’un bien dont la valeur libre s’établit à 250 000 €. Le bouquet demandé est de 60 000 €, la rente de 750 € par mois, et la crédirentière a 78 ans. Exemple construit à partir des textes cités dans ce guide — ce n’est pas un dossier client, et l’espérance de vie retenue est une hypothèse de travail, non un relevé de table.

Qu’achète-t-on dans un viager occupé ?

La propriété, tout de suite. L’usage, plus tard. C’est l’écart entre les deux qui fait le prix, et c’est aussi ce qui distingue le viager de toutes les autres façons d’acheter un logement.

L’acquéreur devient propriétaire à la signature. Il paie un bouquet, puis une rente jusqu’au décès du vendeur, appelé crédirentier. Pendant tout ce temps, le vendeur conserve un droit lui permettant de rester chez lui : selon la rédaction de l’acte, un usufruit — qui lui permettrait aussi de louer — ou un simple droit d’usage et d’habitation, qui ne le lui permet pas.

Cette distinction se lit à l’acte et elle n’est pas cosmétique. Un vendeur titulaire d’un usufruit peut quitter les lieux et mettre le bien en location à son profit ; le nu-propriétaire continue de payer la rente sans rien percevoir. Un droit d’usage et d’habitation, lui, s’éteint plus facilement quand le vendeur part en établissement, et l’acte prévoit souvent une réduction de rente à ce moment-là.

Notre guide sur l’achat en nue-propriété traite l’autre façon d’acheter un bien dont on ne dispose pas immédiatement, avec une différence majeure : la durée y est connue d’avance.

L’aléa est une condition de validité

Sans incertitude sur la durée, il n’y a pas de contrat du tout. Le code le dit deux fois, dans deux articles successifs, et les deux formulations méritent d’être lues plutôt que résumées.

D’abord l’évidence : « tout contrat de rente viagère, créé sur la tête d’une personne qui était morte au jour du contrat, ne produit aucun effet »1.

Ensuite la règle utile : « il en est de même du contrat par lequel la rente a été créée sur la tête d’une personne atteinte de la maladie dont elle est décédée dans les vingt jours de la date du contrat »1.

Vingt jours, et une double condition — la maladie devait exister au jour du contrat, et c’est d’elle que le vendeur doit être mort. Passé ce délai, la jurisprudence refuse d’annuler au seul motif que la maladie préexistait.

Le point de vigilance. Cette règle ne protège pas l’acquéreur, elle protège les héritiers du vendeur. Un acheteur dont la crédirentière décède le vingt-cinquième jour a payé un bouquet complet pour un bien qu’il obtient presque gratuitement ; celui dont elle décède le quinzième voit son contrat anéanti et récupère son bouquet, sans le bien. La frontière est brutale et elle ne se négocie pas.

Le bouquet n’est pas le prix

C’est l’erreur de lecture la plus répandue, et elle vient de la façon dont les annonces présentent l’opération : un bouquet en gros caractères, une rente en petits.

Le prix payé est la somme du bouquet et de toutes les rentes versées. Il n’est donc pas connu à la signature — il ne le sera qu’au décès du crédirentier.

Le même contrat coûte de 105 000 € à 285 000 € selon une variable que personne ne maîtrise

Le bouquet n’est pas le prix — tableau 1
5 ans45 000 €105 000 €42,0 %
8 ans72 000 €132 000 €52,8 %
11 ans99 000 €159 000 €63,6 %
15 ans135 000 €195 000 €78,0 %
20 ans180 000 €240 000 €96,0 %
25 ans225 000 €285 000 €114,0 %

La dernière ligne est celle qu’il faut regarder en face. À vingt-cinq ans de versement, Bruno aura payé 114 % de la valeur libre du bien — c’est-à-dire plus cher que s’il l’avait acheté normalement, sans en avoir eu l’usage pendant tout ce temps.

Le point mort face à la seule valeur libre s’établit à 21,1 ans. Pour une crédirentière de 78 ans, cela suppose qu’elle atteigne 99 ans — improbable, mais pas impossible, et c’est précisément la définition d’un aléa.

Un viager occupé rapporte-t-il quelque chose ?

Rien. Zéro euro, pendant toute la durée du contrat. Cette réponse tient en trois mots, et elle suffit à disqualifier le viager occupé comme placement de rendement — ce qui n’empêche pas qu’il soit, pour d’autres raisons, un bon achat.

L’acquéreur est propriétaire, mais le vendeur occupe. Le bien ne se loue pas, ne se prête pas, ne s’habite pas. Il produit une charge — la rente — et aucune recette.

Les charges ne s’arrêtent d’ailleurs pas à la rente. La répartition entre crédirentier et débirentier se règle à l’acte, et l’usage veut que l’acquéreur supporte les grosses réparations et souvent la taxe foncière. Un notaire attentif détaille cette répartition poste par poste ; un acte laconique sur ce point est un mauvais signe. Notre guide sur les exonérations et dégrèvements de taxe foncière montre le peu de marge dont dispose un propriétaire sur ce poste.

Un mot sur l’état du bien, puisqu’il conditionne l’ampleur de ces charges. Un acquéreur en viager achète un logement qu’il ne rénovera pas avant des années et dont il ne maîtrise pas l’entretien courant. Les diagnostics annexés à l’acte, établis par un diagnostiqueur, prennent donc ici une importance qu’ils n’ont pas dans une vente ordinaire : ils décrivent l’état d’un bien qu’on ne verra plus de l’intérieur pendant une décennie.

Il faut donc mesurer ce que cette absence de revenu représente. Si Bruno avait acheté le même bien libre à 250 000 € et l’avait loué au rendement de 8 % que nous exigeons sur nos opérations, il aurait perçu 20 000 € par an. Notre méthode de calcul du rendement locatif détaille comment ce chiffre s’établit.

Au bout de combien d’années le viager devient-il perdant ?

La comparaison ne vaut qu’à périmètre égal : le même bien, dans le même état, acquis de deux façons différentes.

D’un côté, le viager. Bruno évite de sortir 250 000 € : il ne débourse que le bouquet, puis la rente. C’est sa dépense évitée, et elle diminue chaque mois.

De l’autre, l’achat classique. Bruno sort 250 000 € et perçoit 20 000 € par an. Ce sont ses loyers manqués dans le scénario viager, et ils s’accumulent chaque mois.

Le viager gagne au début, l’achat classique gagne ensuite — le croisement est daté

Au bout de combien d’années le viager devient-il perdant ? — tableau 2
5 ans145 000 €100 000 €+ 45 000 €
8 ans118 000 €160 000 €− 42 000 €
11 ans91 000 €220 000 €− 129 000 €
15 ans55 000 €300 000 €− 245 000 €
20 ans10 000 €400 000 €− 390 000 €

Le croisement se produit à 6,6 ans. Le viager de Bruno n’est gagnant que si la crédirentière disparaît avant ses 85 ans — un pari qui n’a rien d’acquis à 78 ans, et que la table de mortalité ne soutient pas.

Ce résultat surprend, parce qu’il contredit l’image d’un viager qui deviendrait « rentable » avec le temps. C’est l’inverse : chaque mois qui passe ajoute une rente au coût et un loyer manqué au manque à gagner, si bien que les deux termes de la comparaison se dégradent ensemble. Le viager est une opération dont la valeur décroît avec la durée, alors que la plupart des investissements immobiliers font le contraire.

On objectera que le bien reste, et qu’il vaudra toujours 250 000 € au terme. C’est exact, et c’est déjà pris en compte : les deux scénarios aboutissent à la même propriété du même bien. La comparaison ne porte que sur le chemin — ce qu’on a dépensé pour y arriver, et ce qu’on a encaissé en route.

Une réserve, et elle est importante. Cette comparaison suppose que Bruno dispose des 250 000 €. S’il ne les a pas et ne peut pas emprunter, l’achat classique n’existe tout simplement pas pour lui, et la comparaison perd son objet. Nous y revenons.

Que se passe-t-il si l’acquéreur ne paie plus la rente ?

Moins de choses qu’on ne l’imagine, et c’est une singularité du viager qu’il faut connaître des deux côtés de la table — le vendeur pour se protéger, l’acquéreur pour mesurer ce qui l’attend s’il flanche.

Le code refuse au crédirentier de reprendre son bien pour le seul défaut de paiement des arrérages. Il ne peut ni exiger le remboursement du capital, ni rentrer dans le fonds qu’il a aliéné : son recours consiste à saisir et faire vendre les biens de son débiteur, puis à faire employer le produit de la vente au service de la rente1.

Autrement dit, un vendeur impayé se retrouve créancier ordinaire d’un débiteur défaillant — position peu enviable quand celui-ci n’a plus rien.

C’est pourquoi les actes stipulent presque toujours une clause résolutoire, et pourquoi le code prévoit une garantie complémentaire : « celui au profit duquel la rente viagère a été constituée moyennant un prix peut demander la résiliation du contrat, si le constituant ne lui donne pas les sûretés stipulées pour son exécution »1. Les sûretés promises à l’acte deviennent donc une condition de son maintien.

Pour Bruno, l’enjeu se chiffre simplement : deux années de rente représentent 18 000 €, et c’est le genre de retard qui déclenche une clause résolutoire bien rédigée — avec la perte du bien et, selon les stipulations, celle des sommes déjà versées.

On ne sort pas d’un viager

Le texte ferme la porte que tout acquéreur cherche au bout de quelques années : celle du rachat.

« Le constituant ne peut se libérer du paiement de la rente, en offrant de rembourser le capital, et en renonçant à la répétition des arrérages payés ; il est tenu de servir la rente pendant toute la vie de la personne ou des personnes sur la tête desquelles la rente a été constituée »1.

La rédaction est catégorique. Proposer un capital pour arrêter la rente ne libère de rien, et renoncer aux sommes déjà versées ne change rien non plus. L’engagement dure autant que la personne.

Deux voies subsistent, et aucune n’est simple. Un accord amiable avec le crédirentier, qui suppose son consentement et se paie. Ou la revente du bien grevé, qui trouve peu d’acquéreurs et se négocie mal, l’acheteur reprenant une charge dont il ignore la durée.

Il faut donc entrer dans un viager en sachant qu’on ne s’en dégage pas. Un investisseur qui change de stratégie tous les cinq ans n’a rien à faire ici — et un agent immobilier honnête le dira avant la visite plutôt qu’après.

La conséquence patrimoniale mérite d’être posée, parce qu’elle dépasse la seule question du rendement. La rente survit à celui qui la doit : elle passe aux héritiers de l’acquéreur, qui reçoivent un bien grevé d’une charge dont ils n’ont pas choisi la durée. Un expert-comptable ou un notaire consulté sur la structuration du patrimoine le signalera, et c’est une raison sérieuse d’en parler à ses proches avant de signer plutôt qu’après. Notre guide sur la SCI familiale traite des formes qui organisent ce genre de transmission.

Les quatre incidents qui reviennent, et leur montant

Trois viennent d’une lecture trop rapide de l’acte et un seul du calcul, ce qui situe bien où se joue la partie : dans les clauses plutôt que dans les chiffres.

Raisonner sur le bouquet. C’est l’incident fondateur : le bouquet de 60 000 € ne représente que 24 % de la valeur libre, et le coût réel va de 105 000 € à 285 000 € selon la durée. Un acquéreur qui compare le bouquet au prix du marché croit acheter à moins d’un quart de sa valeur.

Oublier que le bien ne rapporte rien. Zéro euro de recette pendant toute la durée, quand le même bien acheté libre produirait 20 000 € par an. Sur onze ans, l’écart atteint 220 000 € de loyers manqués, contre 91 000 € de dépense évitée : le solde est négatif de 129 000 €.

Négliger la répartition des charges à l’acte. Grosses réparations et taxe foncière pèsent le plus souvent sur l’acquéreur, qui n’a aucun revenu pour les absorber. Sur un bien de 250 000 €, une toiture à refaire s’ajoute à la rente sans que rien ne la compense.

Croire pouvoir racheter la rente. Le texte l’interdit expressément. Un acquéreur qui envisage de sortir au bout de quelques années découvre qu’il doit servir 9 000 € par an aussi longtemps que vivra la crédirentière, ou revendre un bien que peu d’acheteurs veulent.

Ce qu’il faut vérifier avant de signer

Cinq points, tous à l’acte, et tous vérifiables avant de s’engager.

  1. La nature du droit conservé par le vendeur. Usufruit ou droit d’usage et d’habitation : le premier lui permet de louer, le second non. La différence se lit en une ligne et change la nature de ce qu’on achète.
  2. Le sort de la rente si le vendeur quitte les lieux. Départ en établissement, remise du bien à disposition : l’acte prévoit-il une révision, et dans quelles proportions ?
  3. La répartition des charges et des travaux. Poste par poste, et non par renvoi général. C’est le point où un notaire gagne ses honoraires.
  4. L’indexation de la rente. Sur quel indice, à quelle date, avec quel plancher. Une rente indexée sur vingt ans n’a rien à voir avec une rente fixe.
  5. La clause résolutoire et les sûretés. Le code refusant au vendeur de reprendre son bien pour de simples arrérages impayés, c’est l’acte qui organise sa protection — et donc le risque de l’acquéreur.

À qui le viager convient-il ?

À un profil précis, et il n’est pas celui de l’investisseur locatif — ce qui ne veut pas dire que le viager soit un mauvais achat, mais qu’il se juge sur un autre critère.

  1. À celui qui ne peut pas emprunter. C’est le vrai avantage du viager, et notre comparaison ne le capture pas : il permet d’acquérir sans banque, avec un apport limité au bouquet. Pour un candidat que son âge ou son profil exclut du crédit, l’achat classique n’existe pas — la comparaison perd alors son objet.
  2. À celui qui prépare un usage futur. Une résidence pour plus tard, un bien de famille qu’on veut garder dans le patrimoine. L’absence de revenu ne coûte rien à qui n’en attendait pas.
  3. Pas à celui qui cherche du rendement. Le viager occupé ne produit aucune recette, et la décote ne couvre les loyers manqués que pendant six ans et sept mois sur le dossier décrit.

La conclusion qui ne nous arrange pas. Nous accompagnons des investisseurs, et le viager est un terrain où l’accompagnement se vend cher parce que la technique impressionne. Nous ne le proposons pas comme voie de rendement, et le calcul explique pourquoi : le viager de Bruno n’est gagnant que si la crédirentière disparaît avant ses 85 ans, et l’écart atteint 129 000 € en défaveur du viager au bout de onze ans. Nous ajoutons ce que notre propre comparaison ne dit pas : pour qui ne peut pas emprunter, le viager reste l’une des rares portes d’entrée vers la propriété, et cela se juge sur un autre critère que le rendement.

SIX ANS ET SEPT MOIS

Une opération dont la valeur décroît avec la durée.

Chaque mois ajoute une rente au coût et un loyer manqué au manque à gagner. C’est l’inverse de la plupart des investissements immobiliers.

  • La comparaison à périmètre égal : dépense évitée contre loyers manqués
  • L’hypothèse qui la fonde, et pour qui elle ne tient pas
  • Ce que la rente devient pour les héritiers de l’acquéreur
Questions fréquentes

Questions fréquentes

Huit réponses directes sur ce qu’on achète, l’absence de revenu, le coût réel, l’aléa des vingt jours, l’impayé de rente et l’impossibilité de sortir.

Un viager sur la table ?

Apportez l’acte, le bouquet, la rente et la valeur libre du bien. Le point mort se calcule en une division.

Faire le point sur votre dossier

01 · Le mécanisme

  • 01Qu'achète-t-on dans un viager occupé ?
    La propriété tout de suite, l'usage plus tard. L'acquéreur devient propriétaire à la signature, paie un bouquet puis une rente jusqu'au décès du crédirentier, mais celui-ci conserve un droit lui permettant de rester chez lui. Selon la rédaction de l'acte, ce droit est un usufruit — qui lui permettrait aussi de louer le bien à son profit — ou un simple droit d'usage et d'habitation, qui ne le lui permet pas. La distinction se lit en une ligne et change la nature de ce qu'on achète.
  • 02Un viager occupé rapporte-t-il un revenu ?
    Aucun, pendant toute la durée du contrat. L'acquéreur est propriétaire mais le vendeur occupe : le bien ne se loue pas, ne se prête pas, ne s'habite pas. Il produit une charge — la rente — et aucune recette. Les charges ne s'arrêtent d'ailleurs pas là : la répartition se règle à l'acte, et l'usage veut que l'acquéreur supporte les grosses réparations et souvent la taxe foncière, sans revenu pour les absorber.

02 · Le coût

  • 03Le bouquet représente-t-il le prix du bien ?
    Non, et c'est l'erreur de lecture la plus répandue. Le prix payé est la somme du bouquet et de toutes les rentes versées, donc il n'est connu qu'au décès du crédirentier. Sur le cas de ce guide, un bouquet de 60 000 € ne représente que 24 % de la valeur libre du bien, et le coût total va de 105 000 € après cinq ans à 285 000 € après vingt-cinq — soit 114 % de la valeur libre.
  • 04Au bout de combien d'années le viager devient-il perdant ?
    Six ans et sept mois sur le cas décrit. La comparaison se fait à périmètre égal, sur le même bien : d'un côté la dépense évitée, qui diminue à mesure que les rentes s'accumulent ; de l'autre les loyers manqués, qui s'accumulent. Le croisement intervient à 6,6 ans, ce qui signifie que le viager n'est gagnant que si la crédirentière de 78 ans disparaît avant ses 85 ans. Au bout de onze ans, l'écart atteint 129 000 € en défaveur du viager.

03 · Les risques

  • 05Le contrat peut-il être annulé si le vendeur meurt rapidement ?
    Oui, dans une fenêtre étroite. Un contrat créé sur la tête d'une personne « qui était morte au jour du contrat, ne produit aucun effet », et il en va de même de celui portant sur « une personne atteinte de la maladie dont elle est décédée dans les vingt jours de la date du contrat ». Deux conditions se cumulent : la maladie devait exister au jour du contrat, et c'est d'elle que le vendeur doit être mort. Passé ce délai, la jurisprudence refuse d'annuler au seul motif que la maladie préexistait.
  • 06Que se passe-t-il si l'acquéreur cesse de payer la rente ?
    Moins de choses qu'on ne l'imagine. Le code refuse au crédirentier de reprendre son bien pour le seul défaut de paiement des arrérages : il ne peut ni exiger le remboursement du capital, ni rentrer dans le fonds aliéné, et son recours consiste à saisir les biens de son débiteur. C'est pourquoi les actes stipulent presque toujours une clause résolutoire, et pourquoi le code ajoute que le vendeur « peut demander la résiliation du contrat, si le constituant ne lui donne pas les sûretés stipulées pour son exécution ».

04 · L’arbitrage

  • 07Peut-on racheter la rente pour sortir du viager ?
    Non, et le texte est catégorique : « le constituant ne peut se libérer du paiement de la rente, en offrant de rembourser le capital, et en renonçant à la répétition des arrérages payés ; il est tenu de servir la rente pendant toute la vie de la personne ou des personnes sur la tête desquelles la rente a été constituée ». Deux voies subsistent, aucune simple : un accord amiable avec le crédirentier, qui suppose son consentement et se paie, ou la revente d'un bien grevé, qui trouve peu d'acquéreurs.
  • 08À qui le viager convient-il ?
    À celui qui ne peut pas emprunter, d'abord : c'est le vrai avantage du mécanisme, et une comparaison de rendement ne le capture pas, puisqu'il permet d'acquérir sans banque avec un apport limité au bouquet. Ensuite à celui qui prépare un usage futur — une résidence pour plus tard, un bien de famille — car l'absence de revenu ne coûte rien à qui n'en attendait pas. Pas à celui qui cherche du rendement : le viager occupé ne produit aucune recette.

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Articles du code civil sur la rente viagère, cités verbatimAucune table de mortalité ni barème de décote publié iciEspérance de vie déclarée en hypothèse, avec six durées testées

Sources et date de contrôle

Les articles du code civil relatifs au contrat de rente viagère, relus au 26 août 2026 : l'aléa comme condition de validité, les sûretés exigibles, le sort du crédirentier impayé et l'impossibilité pour l'acquéreur de se libérer en remboursant le capital.

  • Source 01

    Chapitre II du titre XII du livre III du code civil — du contrat de rente viagère, articles 1968 à 1983 — Légifrance. Article 1974 : « Tout contrat de rente viagère, créé sur la tête d'une personne qui était morte au jour du contrat, ne produit aucun effet. » Article 1975 : « Il en est de même du contrat par lequel la rente a été créée sur la tête d'une personne atteinte de la maladie dont elle est décédée dans les vingt jours de la date du contrat. » Article 1977 : « Celui au profit duquel la rente viagère a été constituée moyennant un prix peut demander la résiliation du contrat, si le constituant ne lui donne pas les sûretés stipulées pour son exécution. » Article 1978 : le seul défaut de paiement des arrérages n'autorise pas le crédirentier à demander le remboursement du capital ni à rentrer dans le fonds aliéné ; son recours consiste à saisir et faire vendre les biens du débiteur, puis à faire employer le produit de la vente au service de la rente — cité en substance, la formulation exacte n'ayant pas pu être relevée mot pour mot. Article 1979 : « Le constituant ne peut se libérer du paiement de la rente, en offrant de rembourser le capital, et en renonçant à la répétition des arrérages payés ; il est tenu de servir la rente pendant toute la vie de la personne ou des personnes sur la tête desquelles la rente a été constituée. » Consulté le 2026-08-26. Consulté le 2026-08-26.

Avertissement

Information éditoriale — pas un conseil personnalisé.

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