Acheter en nue-propriété : la décote n’est pas un gain
On vous vend une décote de 40 % comme si c’était un gain. Ce n’en est pas un : c’est le prix de quinze ans sans loyer, et sur ce dossier les loyers abandonnés pèsent deux fois la décote obtenue. La vraie question n’est pas « combien je gagne à l’achat » mais « au-dessus de quel rendement locatif je perds ».
AVANT DE SIGNER LA RÉSERVATION
La bonne question n’est pas « combien je gagne à l’achat »
C’est « au-dessus de quel rendement locatif je perds ». Sur ce dossier, ce seuil vaut 6,40 % : au-dessus, un achat classique loué rapporte davantage, décote comprise.
- Pourquoi le barème fiscal ne fixe pas le prix
- Le calcul du seuil de bascule
- Ce que valent réellement les loyers abandonnés
- Ce qui se passe au terme, sans impôt
DÉCOTE AFFICHÉE
40 %
DURÉE SANS LOYER
15 ans
SEUIL DE BASCULE
6,40 %
LOYERS ABANDONNÉS
2 × la décote
IMPÔT AU TERME
0 €
ASSIETTE IFI
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Écrit par
Fondateur de Hagnéré Investissement
Guide général et national — aucune recommandation personnalisée
La réponse en trente secondes. Acheter en nue-propriété, c’est acquérir un bien dont quelqu’un d’autre — souvent un bailleur social — détient l’usufruit pour une durée fixée. Pendant ce temps : aucun loyer, aucune charge courante, aucune taxe foncière, aucun impôt sur la fortune immobilière. Au terme, l’usufruit s'éteint et la pleine propriété se reconstitue sans aucun impôt ni taxe.
Sur le dossier de ce guide, 212 850 € engagés donnent 330 000 € de pleine propriété quinze ans plus tard, soit un taux interne de 4,00 % avec 1 % de croissance annuelle des prix.
Le seul concurrent sérieux est l’achat direct en meublé amorti. Il l’emporte au-delà de 8,34 % de rendement brut, et perd en dessous. C’est ce seuil, et non la décote, qui doit décider.
Ce guide fait trois choses que les pages sur la nue-propriété ne font pas. Il chiffre ce que la décote coûte, et non ce qu’elle affiche. Il calcule le taux de rendement interne de l’opération plutôt que d’annoncer un pourcentage de remise. Et il désigne le seuil au-delà duquel un achat locatif ordinaire fait mieux — un seuil qui existe vraiment sur le marché français, et qui trace une frontière géographique nette.
Le fil rouge de ce guide. Nous suivrons Sylvie, 52 ans, qui dispose de 212 850 € et à qui l’on propose la nue-propriété d’un appartement valant 330 000 € en pleine propriété, avec une décote de 40 % sur quinze ans. Exemple construit à partir des textes cités et d’une décote de marché posée en hypothèse — ce n’est pas un dossier client, et aucun barème n’impose ce taux de décote.
Qu’est-ce qu’acheter en nue-propriété ?
La propriété se coupe en deux droits qui vivent séparément pendant un temps convenu, et cette séparation, purement juridique, produit des conséquences économiques et fiscales que le vocabulaire courant ne laisse pas deviner.
L'usufruitier a l’usage du bien et en perçoit les fruits : il l’occupe ou le loue et encaisse les loyers. Le nu-propriétaire détient le bien lui-même, sans pouvoir ni l’occuper ni le louer, jusqu'à l’extinction de l’usufruit.
Dans une opération d’investissement, le montage est presque toujours le même. Un promoteur vend l’usufruit temporaire — souvent quinze à dix-huit ans — à un bailleur social ou à un organisme agréé, et la nue-propriété à un particulier. Le bailleur social loue le logement pendant toute la période et en assume l’exploitation. Au terme, son droit s'éteint de plein droit, sans formalité et sans versement.
Deux conséquences fiscales découlent de cette extinction, et elles sont favorables.
La première : la réunion de l’usufruit à la nue-propriété ne donne ouverture à aucun impôt ni taxe lorsqu’elle a lieu par l’expiration du temps fixé ou par le décès de l’usufruitier1. Sylvie ne paiera rien pour récupérer la pleine propriété.
La seconde : pendant le démembrement, les actifs grevés d’usufruit sont compris dans le patrimoine de l'usufruitier pour leur valeur en pleine propriété, sauf dans trois cas limitativement énumérés qui ne recouvrent pas ce montage2. Le nu-propriétaire n’a donc rien à déclarer à l’impôt sur la fortune immobilière — et l’usufruitier, personne morale, n’y est pas assujetti.
Le barème fiscal ne fixe pas le prix
La confusion est constante. Elle conduit à croire qu’une décote est encadrée par un texte alors qu’elle se négocie librement, ce qui prive l’acheteur du seul repère gratuit dont il dispose pour juger de l’offre qu’on lui fait.
Le code général des impôts fixe un barème pour valoriser l’usufruit et la nue-propriété : il sert à liquider les droits d’enregistrement, pas à déterminer un prix de marché3.
Barème de l’article 669 du code général des impôts, usufruit viager
| Âge de l’usufruitier | Usufruit | Nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 21 ans | 90 % | 10 % |
| Moins de 41 ans | 70 % | 30 % |
| Moins de 61 ans | 50 % | 50 % |
| Moins de 71 ans | 40 % | 60 % |
| Moins de 81 ans | 30 % | 70 % |
| Plus de 91 ans | 10 % | 90 % |
Pour un usufruit à durée fixe — le cas des opérations d’investissement — le barème retient 23 % de la valeur du bien par période de dix ans commencée. Un usufruit de quinze ans vaut donc fiscalement 46 %, et la nue-propriété 54 %.
Comparez maintenant avec l’offre faite à Sylvie. Fiscalement, sa nue-propriété vaut 178 200 €. Commercialement, on la lui vend 198 000 €, soit 19 800 € au-dessus de sa valeur fiscale. Ce n’est ni illégal ni anormal — le prix se négocie librement — mais cela signifie que la décote de 40 % annoncée est moins favorable que celle que le fisc reconnaîtrait. Demandez ce calcul au notaire qui recevra l’acte : il le fait en trente secondes.
À retenir : la décote se négocie. Le barème vous donne un point de repère gratuit, immédiatement calculable, pour savoir si l’on vous propose quelque chose de généreux ou de serré, et il est le seul élément objectif dont vous disposiez face à une plaquette commerciale.
Qui paie quoi pendant le démembrement ?
Le code civil répartit. Le contrat déplace souvent cette répartition, et c’est pourquoi il faut lire les deux avant de se réjouir des charges que l’on croit éviter pendant quinze ans.
En droit, l’usufruitier n’est tenu qu’aux réparations d’entretien ; les grosses réparations demeurent à la charge du propriétaire, à moins qu’elles n’aient été occasionnées par le défaut de réparations d’entretien depuis l’ouverture de l’usufruit4.
Et la définition n’est pas laissée à l’appréciation : les grosses réparations sont celles des gros murs et des voûtes, le rétablissement des poutres et des couvertures entières, ainsi que celles des digues et des murs de soutènement et de clôture en entier. Toutes les autres réparations sont d’entretien4.
Ce que Sylvie évite pendant quinze ans se chiffre. La taxe foncière, estimée à 1 400 € par an, les charges de copropriété courantes à 1 800 € et l’assurance propriétaire non occupant à 150 € pèsent sur l’usufruitier, soit 50 250 € qu’elle ne décaisse pas.
Le point de vigilance. Les grosses réparations de l’article 606 restent, en droit civil, à la charge du nu-propriétaire. Dans les montages d’usufruit locatif social, le contrat les transfère généralement à l’usufruitier — mais c’est une clause, pas une règle. Lisez cette clause avant de signer, et faites-la relire par un notaire qui n’est pas celui du promoteur : sur un immeuble de quinze ans d'âge à la remise, une toiture à refaire ne relève pas de l’entretien, et le devis de l’artisan couvreur, et son coût n’a rien à voir avec les 50 250 € d'économies affichées.
La décote n’est pas un gain
Voici le calcul que les plaquettes commerciales ne font jamais. Il retourne la présentation.
Sylvie économise 132 000 € à l’achat : c’est la décote. Mais pendant quinze ans, elle ne perçoit aucun loyer sur un bien qui en produirait. À 5,5 % brut sur une valeur de 330 000 €, cela représente 18 150 € par an, soit 272 250 € de loyers abandonnés sur la période.
Le rapport est de 2,06 : les loyers auxquels elle renonce pèsent deux fois la décote qu’elle obtient. Formulé autrement, il faudrait une décote de 82,5 % pour compenser exactement quinze ans de loyers bruts.
Cette comparaison est volontairement brutale, et elle est incomplète — les loyers bruts ne sont pas des loyers nets, on le verra. Mais elle règle un point : la décote n’est pas un cadeau du vendeur, c’est la contrepartie d’un renoncement. Toute présentation qui la traite comme un gain immédiat vous fait compter une seule des deux colonnes.
Combien ça rapporte vraiment ?
La bonne mesure n’est pas la décote. C’est le taux de rendement interne, parce que l’opération n’a qu’un flux d’entrée et un flux de sortie, sans rien entre les deux — ce qui la rend d’ailleurs plus simple à évaluer que n’importe quel investissement locatif ordinaire.
Sylvie engage 212 850 € — 198 000 € de nue-propriété et 14 850 € de frais d’acquisition. Quinze ans plus tard, elle détient un bien en pleine propriété. Tout dépend donc de ce que ce bien vaudra.
Capital final et taux interne sur quinze ans, pour 212 850 € engagés
| Croissance annuelle des prix | Valeur du bien au terme | Taux de rendement interne |
|---|---|---|
| 0 % | 330 000 € | 2,97 % |
| 1 % | 383 120 € | 4,00 % |
| 2 % | 444 137 € | 5,03 % |
| 3 % | 514 129 € | 6,06 % |
Première lecture : même avec des prix parfaitement stables pendant quinze ans, l’opération rapporte 2,97 % par an. Ce plancher vient uniquement de la décote, et il est net de tout — pas d’impôt, pas de charges, pas de gestion, pas de vacance.
Deuxième lecture : chaque point de croissance annuelle ajoute environ un point de rendement. C’est mécanique et cela concentre tout le risque sur une seule variable, le prix au terme — variable sur laquelle personne n’a de visibilité à quinze ans.
La décote obtenue déplace ce résultat de façon sensible. À 1 % de croissance annuelle, une décote de 30 % ne donne que 2,93 % de rendement, quand une décote de 45 % en donne 4,60 %. Près de deux points de rendement annuel se jouent à la négociation, sur un produit détenu quinze ans : cela vaut la peine de ne pas accepter la première proposition.
Le seuil qui décide vraiment
Reste la seule comparaison qui compte. Et si Sylvie achetait plutôt un bien en pleine propriété avec le même capital, pour le louer ?
Avec 212 850 €, elle acquerrait un bien de 198 000 € frais inclus. À 5,5 % de rendement brut, il produirait 10 890 € de loyers, ramenés à 7 623 € après 30 % de charges courantes.
Le sort de la comparaison dépend alors entièrement d’une seule chose : la fiscalité de ces loyers.
En location nue au régime réel, avec 30 % de taux marginal et 17,2 % de prélèvements sociaux, il ne reste que 4 025 € par an. Le seuil de bascule ressort à 12,15 % de rendement brut : autant dire que la location nue ne rattrape jamais la nue-propriété sur un bien d’habitation ordinaire.
En meublé amorti, l’amortissement réduit fortement l’impôt sans l’annuler. Sur ce dossier il vaut 6 011 € par an — les 90 161 € réintégrés à la revente, étalés sur quinze ans — pour un résultat avant amortissement de 7 623 €. Il reste donc 1 612 € imposables chaque année, soumis à 30 % de taux marginal et à 18,6 % de prélèvements sociaux, la location meublée relevant des bénéfices industriels et commerciaux8. Le cash annuel ressort à 6 839 €, et non à 7 623 €. Le seuil tombe alors à 8,34 % de rendement brut — et celui-là existe.
Capital final à quinze ans, 1 % de croissance annuelle, contre 383 120 € en nue-propriété
| Rendement brut du bien loué | Cash annuel en meublé amorti | Capital final | Gagnant |
|---|---|---|---|
| 5,5 % | 6 839 € | 348 149 € | nue-propriété |
| 7,0 % | 7 908 € | 366 629 € | nue-propriété |
| 8,5 % | 8 977 € | 385 109 € | meublé amorti |
Ce seuil de 8,34 % trace une frontière que tout investisseur reconnaîtra. En dessous se trouvent Paris, Lyon, Bordeaux, la Côte d’Azur — les marchés tendus où le rendement brut dépasse rarement 4 %. Au-dessus se trouvent la plupart des villes moyennes, où 7 à 9 % de rendement brut se rencontrent couramment.
Autrement dit : la nue-propriété est un produit de marché cher. Elle a du sens là où la pierre ne rapporte pas de loyer, et perd son intérêt partout où elle en rapporte. Aucun gestionnaire, aucun agent immobilier ne rattrapera cet écart : il est structurel. Notre méthode de calcul du rendement permet de situer votre propre marché par rapport à ce seuil avant toute décision.
Une nuance en faveur de la nue-propriété doit être posée pour être complet. À la revente, le meublé amorti doit réintégrer ses amortissements au calcul de la plus-value — sur quinze ans, cela représente environ 90 161 € ajoutés à la base imposable7. La nue-propriété, elle, n’a rien à réintégrer. Le seuil réel se situe donc un peu au-dessus de 8,34 % ; l’ordre de grandeur, lui, ne bouge pas.
Que se passe-t-il au terme, et si l’on revend ?
Deux scénarios très différents. L’un des deux annule une bonne partie de l’avantage accumulé pendant quinze ans, et il est celui auquel on pense le moins au moment de signer.
Si Sylvie conserve le bien, l’usufruit s'éteint, elle récupère la pleine propriété sans verser un euro d’impôt ni de taxe, et elle peut alors louer, occuper ou transmettre. C’est le scénario pour lequel le produit est conçu.
Si elle revend aussitôt, elle bascule dans le régime des plus-values des particuliers, et le prix d’acquisition retenu est celui de la nue-propriété — 198 000 € — non celui de la pleine propriété. Sur une revente à 383 120 €, la plus-value brute atteint 185 120 €.
Quinze ans de détention donnent dix années au-delà de la cinquième, soit 60 % d’abattement à l’impôt sur le revenu et 16,50 % aux prélèvements sociaux5. L’impôt sur le revenu ressort à 14 069 €, les prélèvements sociaux à 26 587 €. S’y ajoute une ligne qu’on oublie systématiquement : la plus-value imposable atteint 74 048 €, au-delà du seuil de 50 000 € qui déclenche la taxe sur les plus-values immobilières élevées, soit 1 481 € de plus9. Le total ressort à 42 137 €, soit 22,8 % de la plus-value brute.
Le calcul est net d’ambiguïté : revendre au terme coûte l'équivalent de plus de trois années de rendement de l’opération. La nue-propriété est un produit de détention longue, et quiconque envisage une revente rapide au terme devrait refaire son calcul avec cette ligne.
Peut-on emprunter pour acheter en nue-propriété ?
Oui. Et c’est un des rares cas de la fiscalité immobilière où un contribuable déduit des charges alors qu’il ne perçoit strictement aucun revenu du bien concerné.
En principe, un nu-propriétaire ne peut rien déduire, puisqu’il ne tire du bien aucun revenu imposable. Le code prévoit toutefois une dérogation : les intérêts des emprunts contractés pour l’acquisition, la conservation, la construction, la réparation ou l’amélioration d’un logement dont l’usufruit est détenu temporairement par un organisme de logement social, une société d'économie mixte ou un organisme agréé, sont déductibles des revenus fonciers du nu-propriétaire6.
La portée pratique de cette règle est étroite et il faut le dire. Elle ne vaut que si l’usufruit est détenu par l’un de ces organismes — donc dans un montage d’usufruit locatif social, pas dans un démembrement familial. Et elle suppose que Sylvie perçoive d’autre part des revenus fonciers sur lesquels imputer ces intérêts : sans autre bien loué nu, la déduction ne trouve rien à réduire et ne produit qu’un déficit reportable.
Vérifiez donc deux choses avant de bâtir un financement sur cet argument : la qualité de l’usufruitier, et l’existence d’une base foncière à réduire. Notre méthode de stress test permet de vérifier que la mensualité tient sans le moindre loyer en face, ce qui est précisément la situation d’un nu-propriétaire pendant quinze ans.
Ce qui fait rater une opération en nue-propriété
Quatre situations reviennent. Chacune se chiffre.
La décote acceptée sans négocier. Entre 30 % et 45 % de décote, le rendement de l’opération passe de 2,93 % à 4,60 % par an, toutes choses égales. Ce sont près de deux points de rendement annuel qui se jouent en une conversation, sur un produit détenu quinze ans.
Le repère gratuit existe et il est dans le code : à quinze ans, le barème fiscal valorise la nue-propriété à 54 % de la pleine propriété. Une offre à 60 % vous fait payer 19 800 € de plus que ce que le fisc reconnaîtrait sur ce dossier.
La clause des grosses réparations non lue. Le code civil les laisse au nu-propriétaire. Si le contrat ne les transfère pas expressément à l’usufruitier, une toiture ou un ravalement structurel tombe sur Sylvie pendant qu’elle ne perçoit aucun loyer — l’exact contraire de ce que le produit promet, et un montant sans commune mesure avec les 50 250 € de charges courantes évitées.
La revente au terme non anticipée. Le produit se conçoit en détention longue. Une revente immédiate à l’extinction déclenche 42 137 € d’impôt de plus-value sur ce dossier, taxe sur les plus-values élevées comprise, soit plus de trois années du rendement de l’opération, parce que le prix d’acquisition retenu reste celui de la nue-propriété.
L’achat en marché tendu par défaut de comparaison. C’est l’erreur la plus structurelle. Un investisseur qui aurait accès à un marché à 8 % de rendement brut renonce, en achetant en nue-propriété, à un capital final supérieur de plusieurs dizaines de milliers d’euros — sur ce dossier, 385 109 € contre 383 120 €. Le produit n’est pas mauvais ; il est simplement mal placé pour ce profil.
Pour qui c’est fait, et pour qui ça ne l’est pas
Trois profils se dessinent nettement une fois les calculs posés, et la frontière entre eux ne passe ni par le patrimoine ni par l'âge mais par le rendement du marché auquel on a accès.
Premier profil, celui pour qui c’est fait : un contribuable fortement imposé, redevable de l’impôt sur la fortune immobilière, qui n’a pas besoin de revenus complémentaires avant quinze ans et qui n’a pas accès à un marché locatif à haut rendement. Pour lui, l’absence de fiscalité pendant la détention et l’absence d’impôt au terme font une combinaison difficile à répliquer autrement.
Deuxième profil, celui pour qui ça se discute : un investisseur qui prépare sa retraite à échéance à peu près égale à la durée du démembrement. Le produit lui livre un bien libre et sans dette au moment précis où ses revenus baissent. La question devient alors : le rendement de 2,97 % à 4,00 % vaut-il la rigidité de quinze ans sans aucune liquidité ?
Troisième profil, celui pour qui ça ne l’est pas : un investisseur qui cherche du revenu, qui a besoin d’un effet de levier bancaire adossé à des loyers, ou qui opère sur un marché à plus de 8,34 % de rendement brut. Il fera mieux en achetant en direct — nettement mieux au-delà de 9 %.
Reste une chose à dire, et elle ne sert pas notre intérêt commercial — en apparence seulement. La nue-propriété n’est pas un mauvais produit : c’est un produit dont la pertinence dépend d’un seuil calculable, et ce seuil exclut la majorité des marchés sur lesquels nous travaillons. Nous ne la commercialisons pas, et ce guide explique pourquoi elle peut malgré tout être le bon choix pour un profil que nous ne servons pas. Si vous êtes dans le premier profil, adressez-vous à un opérateur spécialisé plutôt qu'à nous.
Et si vous hésitez encore entre les deux logiques, deux lectures aident à trancher. Notre comparatif entre rendement, cash-flow et taux interne montre pourquoi ces trois indicateurs ne classent pas les opérations dans le même ordre, ce qui est exactement le problème ici. Et notre guide de la plus-value à la revente traite la question de l’horizon, qui est la vraie variable de ce choix. L’amortissement qui fait tout l'écart du tableau ci-dessus se calcule par composants, chacun avec sa propre durée : c’est le poste à faire chiffrer par un expert-comptable avant de comparer quoi que ce soit. Et notre guide des frais chiffre les charges que le nu-propriétaire évite.
La nue-propriété se juge contre l’alternative, pas contre rien
Durée du démembrement, décote réelle, rendement locatif accessible sur le même budget et horizon patrimonial : quatre éléments décident de la pertinence.
- Votre seuil de bascule, calculé
- Ce que le même budget rapporterait en direct
- L’effet du terme sur votre situation fiscale
Questions fréquentes
Onze réponses directes sur le principe du démembrement, la fiscalité au terme, l’IFI, le barème de l’article 669, la répartition des travaux et le rendement réel.
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Échanger sur votre projet01 · Principe et fiscalité
01Qu'est-ce qu'acheter en nue-propriété ?
C'est acquérir un bien dont un tiers — le plus souvent un bailleur social ou un organisme agréé — détient l'usufruit pour une durée fixée, généralement quinze à dix-huit ans. Pendant cette période, le nu-propriétaire ne perçoit aucun loyer, ne peut ni occuper ni louer le bien, mais ne supporte ni charges courantes, ni taxe foncière, ni impôt sur la fortune immobilière. Au terme, l'usufruit s'éteint de plein droit et la pleine propriété se reconstitue.02Faut-il payer un impôt quand l'usufruit s'éteint ?
Non. La réunion de l'usufruit à la nue-propriété ne donne ouverture à aucun impôt ni taxe lorsqu'elle a lieu par l'expiration du temps fixé pour l'usufruit ou par le décès de l'usufruitier. C'est l'un des deux avantages structurels du montage, avec l'exonération d'impôt sur la fortune immobilière pendant la durée du démembrement.03Le nu-propriétaire paie-t-il l'impôt sur la fortune immobilière ?
Non, dans ce montage. Les actifs grevés d'usufruit sont compris dans le patrimoine de l'usufruitier pour leur valeur en pleine propriété, sauf dans trois cas limitativement énumérés qui ne recouvrent pas l'achat d'une nue-propriété auprès d'un promoteur. Le nu-propriétaire n'a donc rien à déclarer, et l'usufruitier, personne morale, n'est pas assujetti à cet impôt.
02 · Prix, charges et décote
04Le barème de l'article 669 fixe-t-il le prix de la nue-propriété ?
Non. Il sert à liquider les droits d'enregistrement, pas à déterminer un prix de marché, qui se négocie librement. Mais il donne un repère gratuit : un usufruit à durée fixe vaut 23 % de la valeur du bien par période de dix ans commencée, soit 46 % pour quinze ans, et donc 54 % pour la nue-propriété. Sur un bien valant 330 000 €, une nue-propriété vendue 198 000 € se paie 19 800 € au-dessus de sa valeur fiscale.05Qui paie les travaux pendant le démembrement ?
En droit civil, l'usufruitier n'est tenu qu'aux réparations d'entretien ; les grosses réparations restent à la charge du propriétaire. Et la définition est précise : gros murs et voûtes, rétablissement des poutres et des couvertures entières, digues et murs de soutènement et de clôture en entier. Dans les montages d'usufruit locatif social, le contrat transfère généralement ces grosses réparations à l'usufruitier — mais c'est une clause, pas une règle, et elle se vérifie avant de signer.06La décote de 40 % est-elle un gain ?
Non, c'est le prix d'un renoncement. Sur un bien valant 330 000 € et rapportant 5,5 % brut, quinze ans de loyers abandonnés représentent 272 250 €, contre 132 000 € de décote obtenue : le rapport est de 2,06. Il faudrait une décote de 82,5 % pour compenser exactement quinze ans de loyers bruts. Ce calcul est volontairement brutal — les loyers bruts ne sont pas des loyers nets — mais il règle un point : la décote ne se compte pas comme un profit immédiat.
03 · Rendement et comparaison
07Combien rapporte réellement un achat en nue-propriété ?
Cela se mesure en taux de rendement interne, puisqu'il n'y a qu'un flux d'entrée et un flux de sortie. Sur 212 850 € engagés et une pleine propriété récupérée à quinze ans, le taux ressort à 2,97 % par an si les prix restent stables, 4,00 % avec 1 % de croissance annuelle, 5,03 % avec 2 %. Le plancher de 2,97 % vient uniquement de la décote et il est net de tout : pas d'impôt, pas de charges, pas de gestion, pas de vacance.08Vaut-il mieux acheter en nue-propriété ou en direct pour louer ?
Cela dépend du rendement brut auquel vous avez accès, et le seuil se calcule. Contre une location nue au régime réel, taxée à 47,2 %, le seuil de bascule ressort à 12,15 % de rendement brut — autant dire que la location nue ne rattrape jamais la nue-propriété. Contre un meublé amorti, qui ne paie presque pas d'impôt pendant la durée d'amortissement, le seuil tombe à 6,40 % de rendement brut, et celui-là existe : il sépare les marchés tendus des villes moyennes.
04 · Revente, emprunt et profil
09Que se passe-t-il si l'on revend juste après l'extinction de l'usufruit ?
On bascule dans le régime des plus-values des particuliers, et le prix d'acquisition retenu est celui de la nue-propriété, non celui de la pleine propriété. Sur une revente à 383 120 € après un achat à 198 000 €, la plus-value brute atteint 185 120 €. Quinze ans de détention donnent 60 % d'abattement à l'impôt sur le revenu et 16,50 % aux prélèvements sociaux, la plus-value imposable ressort à 74 048 €, au-dessus du seuil de 50 000 € qui déclenche la taxe sur les plus-values immobilières élevées : l'impôt total atteint 42 137 €, soit 22,8 % de la plus-value brute — plus de trois années du rendement de l'opération.10Peut-on emprunter et déduire les intérêts en nue-propriété ?
Oui, mais dans un cas précis. Les intérêts des emprunts contractés pour l'acquisition, la conservation, la construction, la réparation ou l'amélioration d'un logement dont l'usufruit est détenu temporairement par un organisme de logement social, une société d'économie mixte ou un organisme agréé sont déductibles des revenus fonciers du nu-propriétaire. Deux conditions donc : la qualité de l'usufruitier, et l'existence d'autres revenus fonciers sur lesquels imputer ces intérêts — sans quoi la déduction ne produit qu'un déficit reportable.11Pour qui la nue-propriété est-elle pertinente ?
Pour un contribuable fortement imposé, redevable de l'impôt sur la fortune immobilière, qui n'a pas besoin de revenus complémentaires avant quinze ans et qui n'a pas accès à un marché locatif à haut rendement. Elle se discute pour qui prépare une retraite à échéance comparable à la durée du démembrement. Elle ne convient pas à qui cherche du revenu, veut un levier bancaire adossé à des loyers, ou opère sur un marché au-delà de 6,40 % de rendement brut.
Une décote présentée comme un gain est un prix, pas un cadeau.
Hagnéré Investissement commercialise un accompagnement en investissement locatif et perçoit des honoraires si vous faites appel à nous. Ce guide conclut que la nue-propriété convient à un profil précis et pas au plus grand nombre, ce qui restreint volontairement notre marché.
Sources et date de contrôle
On vous vend une décote de 40 % comme si c’était un gain. Ce n’en est pas un : c’est le prix de quinze ans sans loyer, et sur ce dossier les loyers abandonnés pèsent deux fois la décote obtenue. La vraie question n’est pas « combien je gagne à l’achat » mais « au-dessus de quel rendement locatif je perds ».
- Source 01
Article 1133 du code général des impôts — réunion de l'usufruit à la nue-propriété — Légifrance. Sous réserve des dispositions de l'article 1020, la réunion de l'usufruit à la nue-propriété ne donne ouverture à aucun impôt ou taxe lorsque cette réunion a lieu par l'expiration du temps fixé pour l'usufruit ou par le décès de l'usufruitier Consulté le 2026-08-20.
- Source 02
Article 968 du code général des impôts — biens démembrés et impôt sur la fortune immobilière — Légifrance. Les actifs mentionnés à l'article 965 grevés d'un usufruit, d'un droit d'habitation ou d'un droit d'usage accordé à titre personnel sont compris dans le patrimoine de l'usufruitier ou du titulaire du droit pour leur valeur en pleine propriété. Par exception, ces actifs sont compris respectivement dans les patrimoines de l'usufruitier et du nu-propriétaire suivant les proportions fixées par l'article 669 dans trois cas seulement : lorsque la constitution de l'usufruit résulte de l'application des articles 757, 767, 1094 ou 1098 du code civil ; lorsque le démembrement résulte de la vente d'un bien dont le vendeur s'est réservé l'usufruit et que l'acquéreur n'est pas un héritier présomptif ; lorsque l'usufruit ou le droit d'usage ou d'habitation a été réservé par le donateur lors d'une donation à l'État, aux collectivités ou à certaines associations et fondations. Article créé par la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017 de finances pour 2018 Consulté le 2026-08-20.
- Source 03
Article 669 du code général des impôts — barème de l'usufruit et de la nue-propriété — Légifrance. Barème de l'usufruit viager par tranches de dix ans : 90 % en dessous de 21 ans, décroissant de dix points par décennie jusqu'à 10 % au-delà de 91 ans, la nue-propriété étant le complément. L'usufruit constitué pour une durée fixe est estimé à 23 % de la valeur de la propriété entière pour chaque période de dix ans de la durée de l'usufruit, sans fraction et sans égard à l'âge de l'usufruitier Consulté le 2026-08-20.
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Articles 605 et 606 du code civil — réparations d'entretien et grosses réparations — Légifrance. 605 : l'usufruitier n'est tenu qu'aux réparations d'entretien ; les grosses réparations demeurent à la charge du propriétaire, à moins qu'elles n'aient été occasionnées par le défaut de réparations d'entretien depuis l'ouverture de l'usufruit, auquel cas l'usufruitier en est aussi tenu. 606 : les grosses réparations sont celles des gros murs et des voûtes, le rétablissement des poutres et des couvertures entières, celui des digues et des murs de soutènement et de clôture aussi en entier ; toutes les autres réparations sont d'entretien Consulté le 2026-08-20.
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Plus-value immobilière des particuliers — abattements pour durée de détention et taux d'imposition — Service-Public.gouv.fr / article 150 VC du code général des impôts. Impôt sur le revenu au taux de 19 % : aucun abattement les cinq premières années, 6 % par année de détention de la sixième à la vingt-et-unième, 4 % la vingt-deuxième, exonération totale au-delà de vingt-deux ans. Prélèvements sociaux au taux de 17,2 % : aucun abattement les cinq premières années, 1,65 % par année de la sixième à la vingt-et-unième, 1,60 % la vingt-deuxième, 9 % par année de la vingt-troisième à la trentième, exonération totale au-delà de trente ans Consulté le 2026-08-20.
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Article 31, I, 1°, d du code général des impôts — intérêts d'emprunt déductibles par le nu-propriétaire — Légifrance / BOFiP. Les dépenses supportées par un nu-propriétaire d'un logement dont l'usufruit est détenu temporairement par un organisme d'habitations à loyer modéré mentionné à l'article L. 411-2 du code de la construction et de l'habitation, par une société d'économie mixte ou par un organisme agréé, y compris les intérêts des emprunts contractés pour l'acquisition, la conservation, la construction, la réparation ou l'amélioration de ce logement, sont déductibles de ses revenus fonciers. Par exception au principe selon lequel le nu-propriétaire ne peut déduire aucune charge faute de percevoir un revenu imposable du bien Adresse dépinglée le 3 septembre 2026 : elle pointait une version figée, ce qui rendait toute péremption invisible au contrôle. Le verbatim ci-dessus reste celui relevé à la date de consultation indiquée ; il n'a pas été relu à l'occasion de ce dépinglage. Consulté le 2026-08-20.
- Source 07
Article 150 VB du code général des impôts, III — réintégration des amortissements en location meublée non professionnelle — Légifrance. III : pour les cessions intervenant à compter du 15 février 2025, le prix d'acquisition est minoré des amortissements admis en déduction en application de l'article 39 C (loi de finances pour 2025 n° 2025-127 du 14 février 2025) Consulté le 2026-08-20.
- Source 08
Prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine et de placement — service-public.gouv.fr. Fiche vérifiée le 30 juin 2026. Location meublée, relevant des bénéfices industriels et commerciaux : 18,6 %, soit CSG 10,6 %, CRDS 0,5 % et prélèvement de solidarité 7,5 %. Revenus fonciers et plus-values immobilières : 17,2 %, avec une CSG à 9,2 %. Consulté le 2026-08-23.
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Article 1609 nonies G du code général des impôts — taxe sur les plus-values immobilières élevées — Légifrance. Taxe due sur les plus-values imposables supérieures à 50 000 €, selon un barème progressif de 2 à 6 % appliqué au montant total de la plus-value imposable et non à la seule fraction excédentaire. Due par les résidents comme par les non-résidents ; ne vise ni les terrains à bâtir ni les cessions exonérées. Consulté le 2026-08-24.
Avertissement
Information éditoriale — pas un conseil personnalisé.
<pTransparence. Hagnéré Investissement commercialise un accompagnement à l’investissement locatif et ne commercialise pas d’opérations en nue-propriété. Ce guide conclut que la nue-propriété est pertinente pour un profil que nous ne servons pas, et recommande dans ce cas de s’adresser à un opérateur spécialisé. Il conclut aussi que le produit perd son intérêt au-delà de 8,34 % de rendement brut, seuil que dépassent la plupart des marchés sur lesquels nous travaillons — cette conclusion sert donc notre activité, et nous le signalons plutôt que de le taire. Ce guide ne traite ni le risque de défaillance de l’usufruitier avant le terme, ni l'état dans lequel le bien est restitué : ces deux points relèvent de l’analyse d’une offre précise et de son contrat, et se vérifient avec un notaire avant de signer. La décote de 40 % est une hypothèse de marché, non un barème : aucun texte n’impose de taux de décote. Le seuil de 8,34 % dépend des hypothèses de charges, de fiscalité et de placement des loyers retenues, et se déplace avec elles. Aucun rendement n’est garanti, et la valeur du bien au terme est inconnue par construction.</p