Dossier de surendettement du locataire : les saisies s’arrêtent seules, l’expulsion ne s’arrête pas
La décision de recevabilité « emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution » : les saisies s’arrêtent seules. Pour le logement, le texte dit seulement que la commission « peut saisir le juge » — et tant qu’elle ne l’a pas fait, rien ne suspend l’expulsion.
DEUX VERBES, DEUX RÉGIMES
Les saisies s’arrêtent seules. L’expulsion, non.
Là où l’article sur les saisies dit que la recevabilité « emporte » la suspension, celui qui concerne le logement dit que la commission « peut saisir le juge ». Une faculté, exercée par un tiers, devant un juge. Un bailleur qui range son dossier de lui-même s’offre jusqu’à deux ans d’occupation.
- Trois procédures suspendues automatiquement, deux qui ne bougent pas
- Le loyer courant reste dû : il n’entre pas dans la dette traitée
- L’effacement porte même sur les créances non déclarées
- Sept ans au plus pour les mesures, deux ans au plus pour la suspension
DETTE AU JOUR DE LA RECEVABILITÉ
8 400 €
SUSPENSION D’EXPULSION
2 ans
EXPOSITION MAXIMALE
16 560 €
DURÉE DES MESURES
7 ans
VALEUR RÉELLE DU PLAN
7 453 €
ÉROSION
947 €
Écrit par
Fondateur de Hagnéré Investissement
Guide général et national — aucune recommandation personnalisée
La réponse en trente secondes. La recevabilité arrête les saisies, pas l’expulsion. Elle « emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération »1, et cet effet est automatique. Pour les mesures d’expulsion du logement, en revanche, la commission « peut saisir le juge »2 : rien ne se produit sans cette démarche.
Deux ans, sept ans, et rien. Une suspension d’expulsion dure deux ans au plus3. Les mesures de traitement s’étalent sur sept ans au plus5. Et le rétablissement personnel efface « toutes les dettes »6 : la créance locative n’est pas au nombre des exceptions.
Un plan n’est pas une bonne nouvelle, c’est une moins mauvaise. Sur le dossier chiffré plus bas, 8 400 € étalés sur sept ans sans intérêts valent 7 453 € aujourd’hui. L’érosion, 947 €, n’apparaît sur aucun document.
Le sujet est traité partout comme une fatalité — « il n’y a rien à faire ». C’est faux à deux endroits précis, et ces deux endroits sont ceux où un bailleur perd de l’argent par inaction plutôt que par malchance.
Le fil rouge de ce guide. Nous suivrons Sabrina, 46 ans, aide-soignante à Poitiers, propriétaire d’un T2 loué 620 € hors charges, soit 690 € de quittance mensuelle. Son locataire a cessé de payer en mars 2025. En mars 2026, la dette atteint 8 400 €, un peu plus de douze quittances, et Sabrina détient un jugement prononçant la résiliation du bail. En avril 2026, la commission déclare recevable le dossier de surendettement du locataire. Exemple construit à partir des textes cités dans ce guide — ce n’est pas un dossier client.
Un dossier de surendettement arrête-t-il tout ?
Non. Il arrête beaucoup, et pas ce que vous croyez.
La confusion vient d’un mot. Une procédure d’exécution et une décision de justice ne sont pas la même chose : la seconde reconnaît un droit, la première le met en œuvre. Le dossier de surendettement gèle la mise en œuvre, il ne touche pas au droit reconnu. Votre jugement reste votre jugement. C’est son bras armé qui s’arrête.
L’effet central tient en une phrase du code de la consommation : « la recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu’alimentaires »1. Deux mots comptent. « Emporte » : c’est automatique, aucune décision supplémentaire n’est requise. Et « exécution » : ce sont les saisies, pas les décisions de justice qui les fondent.
Trois lignes s’arrêtent seules, deux ne s’arrêtent pas, et une continue de courir
| Ce qui est en cours | Effet de la recevabilité |
|---|---|
| Saisie-attribution sur le compte bancaire | suspendue et interdite, automatiquement |
| Saisie des rémunérations | suspendue et interdite, automatiquement |
| Cession de rémunération consentie par le locataire | suspendue et interdite, automatiquement |
| Créance alimentaire due par le locataire | aucun effet, elle reste exécutoire |
| Mesure d’expulsion du logement | aucun effet sans saisine du juge |
| Loyer courant à échoir | reste dû, il n’entre pas dans la dette traitée |
La dernière ligne mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle sépare deux masses que beaucoup de bailleurs confondent. La dette de 8 400 € est arrêtée au jour de la recevabilité : c’est elle qui entre dans la procédure. Les quittances de 690 € qui tombent ensuite, mois après mois, sont des créances nouvelles, extérieures au dossier. Un locataire en surendettement doit son loyer courant comme n’importe quel locataire.
Une précision de calendrier, enfin. Avant même la recevabilité, à la demande du débiteur, la commission peut saisir le juge pour suspendre les procédures d’exécution dès le dépôt du dossier8. Un bailleur qui voit ses saisies s’arrêter avant d’avoir reçu la moindre notification de recevabilité n’assiste donc pas à une irrégularité : il assiste à l’application de ce texte-là.
L’expulsion n’est pas suspendue par la recevabilité
C’est le point le plus mal compris du sujet. Il se lit dans le choix des verbes.
Là où l’article sur les saisies dit que la recevabilité « emporte » la suspension, celui qui concerne le logement dit que la commission « peut saisir le juge des contentieux de la protection », et c’est ce juge qui prononcera, s’il l’estime justifié, la suspension des mesures d’expulsion visant le logement du débiteur2. Une faculté, exercée par un tiers, devant un juge. Rien ne se produit tant que la commission ne l’a pas demandé et que le juge ne l’a pas accordé.
Beaucoup de commissions le demandent, et beaucoup de juges l’accordent. Mais ce n’est ni automatique ni immédiat, et un bailleur qui suspend de lui-même sa procédure à la lecture de la lettre de recevabilité s’inflige un délai que la loi ne lui imposait pas encore.
Le point de vigilance. Quand la suspension est prononcée, elle « est acquise pour une durée maximale de deux ans »3, et elle prend fin plus tôt si un plan est approuvé, si des mesures sont imposées, ou si un rétablissement personnel est prononcé. Deux ans à 690 € de quittance représentent 16 560 €, à ajouter aux 8 400 € déjà dus : 24 960 € au total. Ce montant est une exposition maximale, pas une perte annoncée : il suppose que le locataire ne verse plus rien pendant toute la suspension. S’il reprend le loyer courant, l’exposition tombe à zéro et la suspension ne coûte que du temps. C’est le chiffre à poser sur la table avant toute décision, en sachant lequel des deux scénarios on regarde.
Que devient la clause résolutoire déjà acquise ?
Elle ne disparaît pas. Elle se met en attente, et c’est la loi de 1989 qui l’organise.
Sabrina a obtenu son jugement avant la recevabilité. Beaucoup de bailleurs, dans cette situation, se demandent si l’arrivée du dossier de surendettement l’a rendu inutile — et la réponse est non, à condition de comprendre ce qui lui arrive. Le jugement conserve toute son autorité ; ce sont les délais accordés au locataire qui viennent en retarder l’effet, exactement comme des délais de grâce ordinaires le feraient.
L’article 24 prévoit expressément le cas du locataire dont « la commission de surendettement des particuliers a rendu une décision de recevabilité de la demande »4 : le juge accorde alors des délais de paiement jusqu’à l’approbation du plan ou jusqu’à la clôture de la procédure. Et lorsqu’un « plan conventionnel de redressement prévu à l’article L. 732-1 dudit code a été approuvé »4, le juge applique les délais et les modalités de paiement que ce plan contient, au lieu d’en fixer d’autres.
La conséquence est nette. Pendant ces délais, la clause de résiliation de plein droit est suspendue : le bail continue. Elle ne reprend effet que si le locataire manque aux échéances qui lui ont été accordées. Une clause du bail qui prétendrait organiser autrement cette résiliation serait d’ailleurs réputée non écrite, comme le détaille notre guide sur les clauses réputées non écrites. Autrement dit, un jugement de résiliation obtenu avant la recevabilité ne devient pas caduc — il devient conditionnel, et sa condition est le respect du plan.
Notre guide sur les loyers impayés chiffre la procédure ordinaire à quinze mois du premier incident à la reprise du logement. La recevabilité ne se substitue pas à ce calendrier : elle s’y insère, et elle l’allonge d’une durée que personne ne connaît au moment où la lettre arrive.
Que récupère un bailleur, dans chaque cas ?
Deux chemins seulement. L’écart entre eux est total, et rien ne permet de savoir lequel sera pris au moment où la lettre de recevabilité arrive dans votre boîte — c’est la commission qui instruira, sur des éléments de la vie du locataire dont vous n’aurez jamais connaissance, et sa décision tombera plusieurs mois plus tard sans que votre avis y ait pesé autrement que par le montant de votre créance.
Le premier passe par des mesures de traitement — plan conventionnel ou mesures imposées — qui rééchelonnent la dette. Leur durée totale « ne peut excéder sept ans »5, sauf lorsqu’elles portent sur le remboursement d’un prêt immobilier permettant d’éviter la vente de la résidence principale du débiteur. Le second passe par le rétablissement personnel, qui « emporte effacement de toutes les dettes, professionnelles et non professionnelles, du débiteur, arrêtées à la date de la décision »6.
Huit mille quatre cents euros d’un côté, zéro de l’autre, et la même dette au départ
| Plan ou mesures imposées | Rétablissement personnel | |
|---|---|---|
| Sort de la dette de 8 400 € | rééchelonnée sur sept ans au plus | effacée |
| Ce que Sabrina encaisse chaque mois | 100 € | 0 € |
| Total encaissé | 8 400 € | 0 € |
| Valeur de ce flux aujourd’hui | 7 453 € | 0 € |
| Ce qui reste dû après | rien | rien |
Un mot sur ce qui vient après. Le plan s’éteint à son terme ou à son premier manquement, et la dette qu’il n’a pas soldée ne renaît pas : ce qui a été rééchelonné et payé est payé, ce qui a été effacé est éteint. Le départ du locataire en cours de plan, en revanche, ne fait pas disparaître sa dette : elle survit au bail, et le plan continue de la régir. Un bailleur qui récupère son logement au bout de trois ans continue donc de percevoir ses 100 € mensuels pendant les quatre années restantes.
Les 100 € mensuels de la deuxième ligne ne sont pas un plancher légal : ils sont ce que 8 400 € divisés par quatre-vingt-quatre mois produisent. Sur une dette plus lourde ou une capacité de remboursement plus faible, la commission ne rallonge pas la durée au-delà de sept ans — elle réduit la part remboursée, ou elle bascule vers l’effacement.
Et l’effacement est plus large qu’on ne l’imagine. Le texte vise « toutes les dettes », et la liste des exceptions est courte : dettes alimentaires, réparations pécuniaires prononcées au pénal, dettes issues d’une fraude aux organismes de protection sociale, certaines majorations fiscales, amendes pénales7. Une créance locative n’y figure pas.
Sept ans sans intérêts coûtent 947 € qui n’apparaissent nulle part
Un plan qui rembourse l’intégralité de la dette semble une victoire. Regardez-le de plus près.
Une créance de 8 400 € payée demain vaut 8 400 €. La même, payée en sept ans par fractions égales et sans le moindre intérêt de retard, vaut nécessairement moins : l’argent qui arrive tard a moins de valeur que celui qui arrive tôt, et cette différence porte un nom en finance comme en comptabilité. Elle s’appelle l’actualisation, elle se calcule en une formule, et elle ne figure sur aucun des documents que la commission adresse aux créanciers.
Sabrina encaissera 100 € par mois pendant quatre-vingt-quatre mois, soit 8 400 € — le montant exact de sa créance. Mais le premier euro arrivera dans un mois et le dernier dans sept ans, et aucun intérêt ne viendra compenser cette attente. Actualisé à 3,45 %, ce flux vaut 7 453 € aujourd’hui. L’écart, 947 €, représente 11,27 % de la créance.
Ce montant ne figure nulle part. Il n’apparaît ni sur le plan, ni sur le décompte du commissaire de justice, ni sur aucun document que Sabrina recevra. Il se calcule, ou il se subit.
Le calcul lui-même tient en une ligne de tableur, et il se refait sur n’importe quel dossier : la mensualité, le nombre d’échéances, un taux d’actualisation qui est celui auquel vous vous financez. Nous retenons 3,45 %, le taux des crédits relevés en août 2026 ; avec un taux plus élevé, l’érosion se creuse, avec un taux plus faible elle se réduit, mais elle ne s’annule jamais. Sept ans sont sept ans.
Et disons ce qui ne nous arrange pas : sur un dossier de cette taille, ce calcul ne doit conduire à rien de particulier. Il n’existe aucune manœuvre pour l’éviter, aucun conseil à vendre et aucune procédure à engager. Il sert seulement à ce que le bailleur cesse de considérer un plan comme un recouvrement intégral, et qu’il arbitre en connaissance de cause s’il vaut mieux garder ce locataire ou reprendre le logement. Notre comparatif des assurances du bailleur pose la question en amont : une garantie loyers impayés indemnise là où le plan étale.
Deux ans, sept ans, et ce qui court entre les deux
Trois durées gouvernent ce dossier. Elles ne mesurent pas la même chose, et les confondre conduit à des décisions absurdes : un bailleur qui croit que la suspension d’expulsion dure sept ans renonce à un logement qu’il aurait pu récupérer cinq ans plus tôt, et celui qui croit que le plan dure deux ans s’étonne de recevoir encore des versements en année six.
La plus courte protège le locataire, la plus longue engage le bailleur
| Ce qui est mesuré | Plafond | Ce qui y met fin plus tôt |
|---|---|---|
| Suspension des mesures d’expulsion | 2 ans | plan approuvé, mesures imposées, rétablissement prononcé |
| Durée totale des mesures de traitement | 7 ans | remboursement anticipé |
| Suspension demandée avant la recevabilité | jusqu’à la décision de recevabilité | la décision elle-même |
La troisième ligne est celle qu’on oublie, et elle explique des choses. Un bailleur dont la saisie s’interrompt sans explication n’a pas forcément subi une erreur de son commissaire de justice : le dossier de son locataire a pu être déposé sans qu’il en soit informé, et la suspension obtenue avant même la décision de recevabilité8.
Que doit faire le bailleur dès la lettre de la commission ?
Quatre gestes. Le premier est une obligation légale que presque personne ne connaît, et les trois autres se font dans les jours qui suivent la lettre, pas dans les mois — parce que l’état du passif se construit vite et qu’une créance mal chiffrée à ce moment-là le restera pendant toute la durée des mesures.
Prévenir celui qui recouvre pour vous. Le code impose aux créanciers d’informer « les personnes qu’ils ont chargées d’actions de recouvrement de la recevabilité de la demande et de ses conséquences »9. Si vous avez mandaté un commissaire de justice, un gestionnaire locatif ou un agent immobilier, la lettre part le jour même. Un acte de saisie délivré après la recevabilité encourt l’annulation, et les frais engagés le seront en pure perte.
Vérifier le montant retenu contre vous. La commission dresse un état du passif à partir des déclarations. Contrôlez que votre créance y figure pour son montant exact, arrêté au jour de la recevabilité, charges comprises et frais de procédure compris. Une créance sous-évaluée dans l’état du passif est une créance sous-remboursée dans le plan.
Distinguer les deux masses dans votre comptabilité. La dette gelée d’un côté, le loyer courant de l’autre. Cette séparation vaut pour vos relances comme pour votre expert-comptable, qui n’aura pas le même traitement pour une créance rééchelonnée et pour une créance effacée.
Décider de la suite du bail sans attendre. Si le locataire reprend le loyer courant, la question est celle du maintien dans les lieux. S’il ne le reprend pas, la dette recommence à se former pendant que l’ancienne est gelée, et l’exposition redevient celle des 690 € par mois. Le non-renouvellement au terme, que traite notre guide sur le congé pour motif légitime et sérieux, est une voie parallèle qui ne dépend pas de la procédure de surendettement.
Quatre dossiers qui dérapent, et ce que chacun coûte
Le commissaire de justice non prévenu. Il poursuit une saisie que la loi a interdite, l’acte encourt l’annulation, et ses frais restent à votre charge. Les 8 400 € demeurent dus, mais vous les aurez poursuivis à vos frais pendant plusieurs semaines. Un courriel le jour de la réception de la lettre suffit à l’éviter.
L’expulsion abandonnée d’elle-même. Un bailleur qui range son dossier en lisant « recevabilité » s’accorde une suspension que personne ne lui a imposée. Si la commission ne saisit jamais le juge, il aura offert deux ans d’occupation gratuite : 16 560 € au tarif de la quittance.
La créance oubliée dans l’état du passif. C’est l’erreur la plus définitive, et elle surprend : l’effacement porte sur toutes les dettes arrêtées à la date de la décision, déclarées ou non6. Ne pas déclarer ne protège rien. Cela vous prive seulement d’être informé et de contester : 8 400 € s’éteignent sans que vous ayez eu voix au chapitre.
Le plan accepté sans le lire. Sept ans à 100 € par mois ne valent pas 8 400 €, ils valent 7 453 €. La différence de 947 € ne se récupère nulle part, et elle doit entrer dans l’arbitrage entre garder le locataire et reprendre le logement — pas dans un regret rétrospectif.
Dans quel ordre agir ?
- Datez la recevabilité. C’est la date qui arrête la dette traitée et qui sépare les deux masses. Tout ce qui échoit après lui échappe.
- Prévenez le jour même celui qui recouvre pour vous. C’est une obligation légale, et c’est ce qui évite un acte nul et des frais perdus.
- Vérifiez votre créance dans l’état du passif, montant exact, charges et frais compris, arrêtés au bon jour.
- N’arrêtez pas votre procédure d’expulsion de vous-même. Seule une décision du juge, saisi par la commission, la suspend — et pour deux ans au plus.
- Exigez le loyer courant. Il n’entre pas dans le dossier, il reste dû, et son non-paiement rouvre une dette nouvelle.
- Chiffrez la valeur réelle du plan avant de l’accueillir comme une bonne nouvelle. Sept ans sans intérêts érodent la créance de plus de onze pour cent.
- Décidez du bail. Garder un locataire qui reprend ses paiements sous plan est souvent le meilleur résultat disponible ; le comprendre évite de dépenser en procédure ce que le plan rapportera.
Un mot pour finir sur ce que ce guide ne promet pas. Il n’existe aucune technique pour échapper à un effacement, et aucune procédure pour aller plus vite qu’un plan. Ce que ces textes permettent, en revanche, est de ne pas ajouter des pertes évitables à une perte subie : des frais de saisie engagés après la recevabilité, deux ans d’occupation offerts par prudence excessive, une créance mal chiffrée dans l’état du passif. Le reste appartient au dossier de votre locataire, et il ne vous appartient pas.
Un plan qui rembourse tout ne rembourse pas tout.
Cent euros par mois pendant quatre-vingt-quatre mois font bien 8 400 €. Mais le premier euro arrive dans un mois et le dernier dans sept ans, sans qu’aucun intérêt ne compense l’attente. L’érosion atteint 947 €, soit 11,27 % de la créance, et elle ne figure sur aucun document.
- Ce que le bailleur récupère selon l’issue du dossier
- Pourquoi déclarer sa créance ne sert pas à ce qu’on croit
- Ce que devient la dette au départ du locataire
Questions fréquentes
Huit réponses directes sur la déclaration de créance, le loyer courant, la contestation, la caution, le non-respect du plan, le dépôt répété, les frais de procédure et l’assurance loyers impayés.
Une lettre de la commission de surendettement ?
Apportez la lettre de recevabilité, le décompte de la dette et le jugement s’il existe. Les deux masses se séparent et la décision sur le bail se prend en un quart d’heure.
Faire le point sur un projet01 · La créance
01Faut-il déclarer sa créance à la commission de surendettement ?
Oui, et pas pour la raison qu’on croit. Ne pas déclarer ne protège rien : l’effacement porte sur toutes les dettes du débiteur arrêtées à la date de la décision, qu’elles aient été déclarées ou non. Déclarer sert à autre chose, et c’est essentiel : figurer dans l’état du passif pour le bon montant, être informé des mesures envisagées, et pouvoir les contester dans le délai imparti. Un bailleur absent du dossier subit une décision qu’il n’a pas vue venir.02Le locataire doit-il continuer à payer son loyer courant ?
Oui, intégralement. La procédure gèle la dette arrêtée au jour de la recevabilité, elle ne dispense de rien pour l’avenir. Les quittances qui échoient ensuite sont des créances nouvelles, extérieures au dossier, et leur non-paiement fait repartir un cycle d’impayé ordinaire. Sur le cas chiffré dans ce guide, cela représente 690 € par mois. Séparez les deux masses dans vos relances comme dans votre comptabilité, dès la lettre de recevabilité.
02 · La procédure
03Peut-on contester la décision de recevabilité ?
Elle est susceptible de recours devant le juge des contentieux de la protection, dans un délai que la notification indique. En pratique, la contestation porte rarement sur la recevabilité elle-même — elle est appréciée sur la situation d’ensemble du débiteur — et bien plus souvent sur le montant retenu dans l’état du passif. C’est là que se joue l’essentiel pour un créancier : une créance sous-évaluée est une créance sous-remboursée pendant sept ans.04La caution est-elle libérée par l’effacement ?
C’est une question à poser à un professionnel avant d’y renoncer, car l’effacement est prononcé au bénéfice du débiteur et le texte réserve expressément les sommes payées par la caution ou le coobligé personnes physiques. Beaucoup de bailleurs abandonnent la piste du garant en apprenant l’effacement, sans l’avoir fait vérifier. Si un acte de cautionnement existe, sortez-le du dossier et faites-le examiner avant toute décision.
03 · La suite
05Que se passe-t-il si le locataire ne respecte pas le plan ?
Les délais accordés tombent, et les effets de la clause de résiliation de plein droit reprennent. C’est la contrepartie du mécanisme : la suspension n’est acquise que tant que le locataire tient les échéances qui lui ont été fixées. Un bailleur détenteur d’un jugement de résiliation obtenu avant la recevabilité ne l’a donc pas perdu ; il le retrouve intact le jour où le plan n’est plus respecté. Suivez les échéances mois par mois, et datez le premier manquement.06Un dossier de surendettement peut-il être déposé plusieurs fois ?
Rien ne l’interdit, et cela se voit. Un débiteur dont le plan échoue peut redéposer, et une nouvelle décision de recevabilité produira de nouveau ses effets automatiques sur les saisies. Pour un bailleur, cela signifie qu’un dossier clos n’est pas nécessairement une page tournée, et que le calendrier de récupération du logement peut se rallonger une seconde fois. C’est un argument de plus pour ne pas suspendre de soi-même une procédure d’expulsion.
04 · Les tiers
07Les frais de procédure déjà engagés entrent-ils dans la dette ?
Ils entrent dans votre créance à déclarer, au même titre que les loyers et les charges, dès lors qu’ils sont nés avant la date de recevabilité et qu’ils vous sont dus. Commandement de payer, assignation, signification du jugement : chiffrez-les précisément et joignez les justificatifs. Ce qui est engagé après la recevabilité, en revanche, pose une autre question — un acte de saisie délivré après cette date est nul, et son coût reste à votre charge.08Faut-il prévenir son assureur de garantie loyers impayés ?
Immédiatement, et avant toute autre démarche. Un contrat de garantie loyers impayés comporte des obligations de déclaration dans des délais courts, et la survenance d’un dossier de surendettement est exactement le type d’événement qui doit remonter. C’est aussi le moment où la garantie prend tout son sens : là où le plan étale une créance sur sept ans et où l’effacement la supprime, l’assurance indemnise dans les conditions du contrat.
Rien ne permet de récupérer ce qui est effacé. Tout permet d’éviter d’y ajouter.
Hagnéré Investissement accompagne des investisseurs et perçoit des honoraires publics. Nous ne sommes ni avocats ni commissaires de justice : la conduite d’une procédure relève de ces professions, et ce guide se lit avec les textes cités.
Sources et date de contrôle
Neuf sources publiques, chacune ouverte à sa page et datée du 27 août 2026.
- Source 01
Article L. 722-2 du code de la consommation — effets de la décision de recevabilité — Légifrance. « La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu’alimentaires. » Version en vigueur depuis le 1er juillet 2016.
- Source 02
Article L. 722-6 du code de la consommation — suspension des mesures d’expulsion — Légifrance. « Dès que la décision de recevabilité de la demande de traitement de la situation de surendettement est intervenue, la commission peut saisir le juge » des contentieux de la protection aux fins de suspension des mesures d’expulsion du logement du débiteur. La suspension n’est donc pas automatique : elle suppose une saisine et une décision. Version en vigueur depuis le 1er janvier 2020, ordonnance n° 2019-964 du 18 septembre 2019.
- Source 03
Article L. 722-9 du code de la consommation — durée de la suspension des mesures d’expulsion — Légifrance. La suspension est acquise pour une durée maximale de deux ans et prend fin, selon les cas, à l’approbation du plan conventionnel de redressement de l’article L. 732-1, à la décision imposant les mesures des articles L. 733-1, L. 733-4, L. 733-7 et L. 741-1, ou au jugement prononçant un rétablissement personnel. Version en vigueur depuis le 1er janvier 2018, loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016.
- Source 04
Article 24 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 — clause de résiliation de plein droit et surendettement — Légifrance. Le texte vise expressément le locataire pour lequel « la commission de surendettement des particuliers a rendu une décision de recevabilité de la demande » : le juge accorde alors des délais de paiement jusqu’à l’approbation du plan ou la clôture de la procédure. Lorsque le « plan conventionnel de redressement prévu à l’article L. 732-1 dudit code a été approuvé », le juge applique les délais et modalités de paiement qu’il contient. Pendant ces délais, les effets de la clause de résiliation de plein droit sont suspendus. Version en vigueur depuis le 29 juillet 2023.
- Source 05
Article L. 733-3 du code de la consommation — durée totale des mesures de traitement — Légifrance. La durée totale des mesures mentionnées à l’article L. 733-1 « ne peut excéder sept ans », sauf lorsqu’elles concernent le remboursement de prêts contractés pour l’achat d’un bien immobilier constituant la résidence principale du débiteur et qu’elles permettent d’en éviter la vente, ou lorsqu’elles permettent le remboursement de la totalité des dettes tout en évitant cette vente. Version en vigueur depuis le 1er juillet 2016.
- Source 06
Article L. 741-2 du code de la consommation — effacement des dettes — Légifrance. Le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire « emporte effacement de toutes les dettes, professionnelles et non professionnelles, du débiteur, arrêtées à la date de la décision de la commission », à l’exception de celles mentionnées aux articles L. 711-4 et L. 711-5 et de celles dont le montant a été payé au lieu et place du débiteur par la caution ou le coobligé, personnes physiques. Version en vigueur depuis le 19 juin 2020.
- Source 07
Article L. 711-4 du code de la consommation — dettes qui ne peuvent être effacées — Légifrance. Liste limitative des dettes qui ne peuvent être effacées, rééchelonnées ou faire l’objet de remises sauf accord du créancier : dettes alimentaires, réparations pécuniaires allouées aux victimes dans le cadre d’une condamnation pénale, dettes issues de manœuvres frauduleuses envers les organismes de protection sociale ou les collectivités territoriales, certaines majorations et pénalités fiscales, amendes prononcées en matière pénale. Les dettes locatives n’y figurent pas. Version en vigueur depuis le 27 juin 2026.
- Source 08
Article L. 721-4 du code de la consommation — suspension avant la décision de recevabilité — Légifrance. « A la demande du débiteur, la commission peut saisir » le juge des contentieux de la protection aux fins de suspension des procédures d’exécution diligentées contre les biens du débiteur et des cessions de rémunération portant sur des dettes autres qu’alimentaires, du dépôt du dossier jusqu’à la décision de recevabilité. En cas d’urgence, la saisine peut émaner du président de la commission, de son délégué ou du représentant local de la Banque de France. Version en vigueur depuis le 1er janvier 2020, ordonnance n° 2019-964 du 18 septembre 2019.
- Source 09
Article L. 722-15 du code de la consommation — information des personnes chargées du recouvrement — Légifrance. « Les créanciers informent les personnes qu’ils ont chargées d’actions de recouvrement de la recevabilité de la demande et de ses conséquences prévues aux articles L. 722-2 et L. 722-3. » L’obligation pèse donc sur le créancier lui-même, et non sur la commission.
Avertissement
Information éditoriale — pas un conseil personnalisé.
Hagnéré Investissement commercialise un accompagnement à l’investissement locatif et perçoit des honoraires si vous faites appel à nous. Ce guide s’utilise sans nous : les textes cités sont publics et le calcul d’actualisation tient sur une ligne de tableur. Nous ne sommes ni avocats ni commissaires de justice, et la conduite d’une procédure relève de ces professions. Le taux d’actualisation retenu est celui des crédits relevés en août 2026. Aucune issue de procédure n’est garantie.