DPE opposable depuis 2021 : ce que le diagnostiqueur paie vraiment, et ce qu’il ne paiera jamais
Le diagnostic engage depuis le 1er juillet 2021, mais pas en entier, et l’indemnisation n’est jamais le coût des travaux : sur le dossier chiffré ici, 24 475 € subis se soldent par 10 700 € récupérés — et le choix de la base pèse 4 730 € à lui seul.
UNE EXCLUSION RETIRÉE, PAS UNE RÈGLE AJOUTÉE
Le diagnostic engage depuis 2021, mais les recommandations, jamais.
L’article 179 de la loi du 23 novembre 2018 a supprimé la clause qui interdisait de se prévaloir du diagnostic contre le vendeur ou le bailleur, et un décret a fixé la date au 1er juillet 2021. L’exclusion qui subsiste ne vise que les recommandations de travaux, et elle est rédigée étroitement.
- Consommation, émissions et étiquette : invocables
- Recommandations de travaux : valeur informative, expressément exclues
- Plus aucun diagnostic antérieur à juillet 2021 n’est valable
- La décision de 2024 que tout le monde cite juge une vente de 2015
OPPOSABLE DEPUIS LE
1er juillet 2021
COÛT SUBI
24 475 €
RÉCUPÉRÉ À 50 %
10 700 €
RESTE À CHARGE
13 775 €
EFFET DU CHOIX DE BASE
4 730 €
DÉLAI POUR AGIR
5 ans
Écrit par
Fondateur de Hagnéré Investissement
Guide général et national — aucune recommandation personnalisée
La réponse en trente secondes. Depuis le 1er juillet 2021, le diagnostic engage celui qui le remet. L’article 179 de la loi du 23 novembre 2018 a supprimé la clause qui interdisait à l’acquéreur et au locataire de s’en prévaloir1, et un décret a fixé la date2. Rien n’a été ajouté : une exclusion a été retirée.
Mais le document n’engage pas en entier. Les recommandations de travaux qui l’accompagnent gardent « une valeur informative » et ne peuvent pas être invoquées contre le bailleur4. L’étiquette, la consommation et les émissions, elles, engagent.
L’indemnisation n’est jamais le coût des travaux. Le juge répare une perte de chance de négocier un prix plus bas, et il en fixe la fraction. Sur le seul dossier chiffré publié, un acquéreur a obtenu 20 268,34 € pour un bien payé 155 000 €, après un coefficient de 50 %5.
La plupart des pages qui traitent le sujet citent cette décision comme si elle disait le droit d’aujourd’hui. Elle juge une vente de 2015. Ce qu’elle dit de la valeur du diagnostic décrit un texte abrogé ; ce qu’elle dit du calcul de l’indemnité, en revanche, tient toujours. Distinguer les deux change le montant que vous pouvez espérer.
Le fil rouge de ce guide. Nous suivrons Grégory, 38 ans, technicien de maintenance à Chalon-sur-Saône. Il a acheté un T3 de 64 m² le 14 mars 2024 pour 118 000 €, sur la foi d’un diagnostic du 6 février 2024 annonçant la classe E, et il le loue 615 € par mois. Le 12 mars 2026, un second diagnostiqueur le classe G. Exemple construit à partir des textes et de la décision cités dans ce guide — ce n’est pas un dossier client.
Depuis quand le DPE est-il opposable, et à qui ?
La date est le 1er juillet 2021. Le mécanisme, lui, mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il commande tout ce qui suit — la nature de la faute, l’identité du débiteur, et surtout la portée des décisions rendues avant cette date, que les pages spécialisées continuent de citer comme si elles disaient encore le droit applicable aux ventes d’aujourd’hui.
Avant cette date, le code disait expressément que l’acquéreur et le locataire ne pouvaient pas se prévaloir du diagnostic à l’encontre du propriétaire. L’article 179 de la loi du 23 novembre 2018 a réécrit les deux articles qui portaient cette phrase, ainsi que l’article 3-3 de la loi de 19891. Son entrée en vigueur, d’abord fixée au 1er janvier 2021, a été reportée : « l’article 179 de la loi du 23 novembre 2018 susvisée entre en vigueur le 1er juillet 2021 »2.
Le législateur n’a donc pas créé une responsabilité nouvelle. Il a retiré une immunité. Le diagnostic est retombé dans le droit commun, où une information fausse qui cause un dommage engage celui qui l’a donnée, sans qu’il soit besoin d’un texte spécial pour l’écrire, sans que la victime ait à démontrer autre chose que la faute, le préjudice et le lien qui va de l’une à l’autre — trois conditions que trois siècles de jurisprudence ont façonnées et que le juge applique tous les jours à des situations bien plus obscures que celle-ci. C’est une nuance de technique juridique, et elle a une conséquence pratique immédiate : les décisions rendues sur des ventes antérieures ne transposent pas mécaniquement.
Une seconde date compte, et elle est passée. Les diagnostics réalisés entre le 1er janvier 2018 et le 30 juin 2021 ont cessé d’être valables le 31 décembre 2024, ceux de 2013 à 2017 le 31 décembre 202211. Autrement dit, plus aucun diagnostic en circulation aujourd’hui n’a été établi sous l’ancien régime. Tous engagent.
Les recommandations de travaux ne sont toujours pas opposables
Le diagnostic n’est pas un bloc. Il faut le lire ligne à ligne pour savoir ce qui engage.
L’article L. 126-26 énumère son contenu : « la quantité d’énergie effectivement consommée ou estimée, exprimée en énergie primaire et finale, ainsi que les émissions de gaz à effet de serre induites », une classification par rapport à des valeurs de référence, « une information sur les conditions d’aération ou de ventilation », puis des recommandations d’amélioration « et du montant des dépenses théoriques de l’ensemble des usages énumérés dans le diagnostic »3.
L’exclusion, elle, est rédigée étroitement. Le locataire « ne peut se prévaloir à l’encontre du bailleur des recommandations accompagnant le diagnostic de performance énergétique, qui n’ont qu’une valeur informative »4. Le texte vise les recommandations, et elles seules. Ce choix de rédaction n’a rien d’un hasard de plume : le législateur voulait qu’un professionnel puisse suggérer des travaux sans s’engager sur leur résultat, faute de quoi plus personne n’aurait rien recommandé du tout, et le document serait devenu ce qu’il était en 2010, un tableau de chiffres sans conseil au bout.
Trois lignes engagent, une seule ne le fait pas, et la cinquième n’a jamais été tranchée
| Ce que porte le document | Ce qu’on peut en faire |
|---|---|
| La consommation d’énergie, primaire et finale | invocable contre le vendeur et le bailleur |
| Les émissions de gaz à effet de serre | invocable |
| L’étiquette, de A à G | invocable — c’est elle qui décide du droit de louer |
| Les recommandations de travaux | valeur informative, expressément exclue |
| Le montant des dépenses théoriques d’énergie | hors de l’exclusion, à la lettre du texte |
La dernière ligne appelle une réserve honnête. L’exclusion légale ne mentionne que les recommandations ; l’estimation annuelle des dépenses d’énergie n’y figure pas, ce qui la range du côté de ce qui engage. Aucune décision publiée ne l’a jugé à ce jour. N’échafaudez pas une stratégie sur ce point, mais sachez qu’il existe et posez-le au notaire si l’écart entre l’estimation et vos factures est considérable.
La quatrième ligne, elle, se comprend très bien. Un diagnostiqueur qui écrit « isoler les combles, gain estimé deux classes » ne s’engage sur rien : c’est un conseil, pas un constat. Notre guide sur l’audit énergétique obligatoire à la vente décrit le document qui, lui, chiffre un programme de travaux.
Pourquoi la décision de 2024 ne dit pas ce qu’on lui fait dire ?
Elle est partout. Elle est mal citée presque partout, et l’erreur ne tient pas à un détail de rédaction : elle tient à la date des faits, qu’aucune des pages qui la reprennent ne mentionne, alors qu’elle décide de tout ce qu’on peut en tirer aujourd’hui.
Les faits d’abord. Un diagnostiqueur porte sur son document une épaisseur d’isolation des combles qui n’existe pas, puis transmet une version rectifiée au notaire, après la promesse et avant l’acte. La promesse a été signée le 15 mai 2015, l’acte le 24 juillet 2015, pour un prix de 155 000 €. La Cour de cassation rejette le pourvoi5.
Le motif que tout le monde reprend est celui-ci : le diagnostic a, à la différence des autres pièces du dossier de diagnostic technique, « une valeur informative ». C’était vrai pour une vente de 2015. Ça ne l’est plus depuis le 1er juillet 2021, et une page qui recopie cette phrase en 2026 vous décrit un droit qui n’existe plus.
Ce qui survit est le reste de la décision, et c’est la partie utile. Elle vaut d’être lue lentement. Le manquement du diagnostiqueur « avait fait perdre aux acquéreurs une chance de négocier une réduction du prix de vente », perte que les juges du fond ont « souverainement évaluée à la proportion qu’elle a retenue ». Cette proportion était de 50 %, et l’indemnité de 20 268,34 €.
Deux calculs se déduisent de ces deux nombres, et ils valent d’être posés. L’indemnité représente 13,08 % du prix de vente. Le préjudice retenu avant application du coefficient valait donc 40 536,68 €, soit 26,15 % du prix. Retenez le second : c’est l’ordre de grandeur d’un préjudice, pas d’un chèque.
Le point de vigilance. La perte de chance survit au changement de régime parce qu’elle ne dépend pas de la valeur du document, mais du lien entre la faute et la décision d’acheter. L’opposabilité facilite la démonstration de la faute. Elle ne transforme pas une perte de chance en réparation intégrale.
Le diagnostiqueur ou le vendeur : contre qui se retourne-t-on ?
Les deux. Mais les deux voies n’ont ni le même fondement, ni les mêmes chances, ni la même garantie derrière elles.
Le diagnostiqueur est assuré et solvable, le vendeur est rarement en faute personnelle
| Contre le diagnostiqueur | Contre le vendeur | |
|---|---|---|
| Fondement | faute dans l’établissement du document | information erronée devenue invocable depuis 2021 |
| Obstacle principal | prouver que l’erreur a pesé sur votre décision | établir un manquement qui lui soit personnel |
| Garantie financière | assurance obligatoire, 300 000 € par sinistre | le patrimoine du vendeur, sans plancher |
| Ce qu’on obtient | une fraction de la réduction de prix perdue | la même fraction, quand le manquement est établi |
Le diagnostiqueur est le débiteur naturel, pour une raison prosaïque : il est assuré. La loi lui impose une certification de compétences, une indépendance à l’égard du propriétaire et des entreprises de travaux, et une assurance couvrant les conséquences de sa responsabilité7. Le plancher de cette assurance est fixé à « 300 000 euros par sinistre et 500 000 euros par année d’assurance »8. Un vendeur particulier n’offre rien de tel : il peut avoir quitté la région, réinvesti le prix dans une autre acquisition, ou ne rien posséder d’autre que le bien qu’il vous a cédé — auquel cas une condamnation obtenue au terme de deux ans de procédure vaut exactement le papier sur lequel elle est imprimée.
Face à lui, le vendeur relève d’une mécanique à deux portes, et c’est là que la plupart des articles se trompent. La première porte est celle des vices cachés, et elle est fermée : l’absence de certains documents du dossier de diagnostic technique prive le vendeur de la clause qui l’exonère de cette garantie, mais la liste de ces documents ne comprend pas le diagnostic de performance énergétique6. Dans la décision de 2024, les vendeurs ont été mis hors de cause pour ce motif exactement. La seconde porte est celle de l’information erronée, et c’est elle que le texte de 2018 a ouverte : depuis 2021, l’acquéreur peut se prévaloir des données du document contre son vendeur, sur un fondement qui n’est pas la garantie des vices cachés et que la clause d’exclusion ne couvre donc pas. Encore faut-il démontrer un manquement propre au vendeur — ce qui est rare quand il s’est borné à remettre le document d’un professionnel certifié. Notre guide sur la clause d’exclusion des vices cachés détaille cette liste, et celui sur le dossier de diagnostic technique en donne la composition.
Conclusion pratique : visez d’abord le diagnostiqueur, et vérifiez sa certification avant même de rédiger la première lettre. La loi du 30 juin 2025 a inscrit dans le code la mise à disposition du public d’un annuaire des professionnels en règle, dont les modalités relèvent d’un arrêté7 ; l’administration publiait déjà une liste des diagnostiqueurs certifiés, et c’est elle qu’il faut interroger en attendant.
Ce que Grégory récupère, et ce qui lui reste
Posons d’abord la facture, avant tout recours.
Le logement est classé G. Depuis le 1er janvier 2025, un logement de cette classe ne peut plus être proposé à la location ; la classe F suivra au 1er janvier 2028 et la classe E au 1er janvier 20349. Grégory a donc deux dépenses : 21 400 € de travaux pour atteindre la classe D, et cinq mois sans locataire, soit 3 075 € de loyer. Coût total subi : 24 475 €, c’est-à-dire 20,74 % du prix qu’il a payé.
Vient ensuite la question qui décide de tout. Sur quelle base calculer la perte de chance, et à quel taux ? Le juge dispose des deux leviers, et l’écart entre l’hypothèse basse et l’hypothèse haute dépasse, sur ce dossier, le montant d’une année entière de loyers.
Base retenue : le devis de travaux de 21 400 €. Chaque ligne s’additionne à 24 475 €
| Taux de perte de chance | Indemnité | Reste à charge | Part du coût subi couverte |
|---|---|---|---|
| 30 % | 6 420 € | 18 055 € | 26,23 % |
| 50 % | 10 700 € | 13 775 € | 43,72 % |
| 70 % | 14 980 € | 9 495 € | 61,21 % |
Même au taux le plus favorable des trois, Grégory garde 9 495 € sur les bras. Une action gagnée laisse un trou. C’est la première leçon du tableau, et elle est désagréable à entendre pour qui vient d’apprendre que son logement vaut deux classes de moins que ce qu’on lui avait vendu.
La seconde leçon est moins visible et pèse davantage. Changeons de base sans toucher au taux. Si l’on transpose à son dossier la proportion de la décision de 2024 — 26,15 % du prix —, la base devient 30 860 € au lieu de 21 400 €, et l’indemnité à 50 % passe de 10 700 € à 15 430 €. Un écart de 4 730 € produit par le seul choix de la base, à coefficient identique.
Voilà pourquoi la discussion utile porte sur ce que vous auriez négocié, pas sur ce que coûtent les travaux. Les deux montants n’ont aucune raison de coïncider : le premier dépend du marché du moment et de votre position de négociation, le second d’un devis d’artisan.
Et disons ce qui ne nous arrange pas. Sur un dossier de cette taille, l’action se justifie difficilement seule : entre les frais d’expertise, le temps et l’aléa du coefficient, un gain espéré de 10 700 € ne finance pas toujours une procédure. Nous conseillons plus souvent d’engager la discussion par lettre avec l’assureur du diagnostiqueur, qui transige, que de saisir un tribunal. Cela ne fait vendre aucun accompagnement.
Comment prouve-t-on qu’un diagnostic est faux ?
Par un second diagnostic. Et par lui seul, si vous vous y prenez mal.
Le piège est de commander ce second document après les travaux. Le logement a changé, la comparaison n’est plus possible, et il ne reste qu’un devis d’artisan pour établir ce qui existait. Faites établir le second diagnostic avant de toucher à quoi que ce soit, par un professionnel dont la certification est vérifiable, et demandez-lui d’indiquer les données d’entrée qu’il a relevées.
Trois éléments emportent la conviction bien mieux qu’un simple écart d’étiquette. Le premier est une divergence sur une donnée physique constatable : une épaisseur d’isolant, une nature de menuiserie, un type de générateur. C’est exactement le grief retenu dans la décision de 2024. Le deuxième est une photographie ou un constat de commissaire de justice sur cette donnée. Le troisième est la conservation du document initial et de son annexe de calcul, que le diagnostiqueur transmet à l’observatoire public.
Un écart d’étiquette sans cause identifiée, en revanche, ne suffit pas. Deux professionnels peuvent aboutir à deux résultats différents sur le même logement quand les données d’entrée manquent, et la méthode elle-même a bougé : le facteur de conversion de l’électricité est passé de 2,3 à 1,9 pour les diagnostics émis depuis le 1er janvier 202612. Notre guide sur la passoire thermique en location détaille ce que ces réformes déplacent.
Cinq ans pour agir, dix ans de validité
Deux durées se croisent. On les confond souvent, et la confusion coûte cher, parce que l’une se lit sur le document lui-même tandis que l’autre ne figure nulle part et court sans que personne vous prévienne.
La première est celle du document : dix ans11. Celui de Grégory, établi le 6 février 2024, court jusqu’au 6 février 2034. Un diagnostic valide n’est pas pour autant un diagnostic exact, et sa validité n’a aucun effet sur les recours.
La seconde est celle de l’action : cinq ans « à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer »10. Le point de départ n’est donc pas la vente, mais la découverte. Grégory a signé l’acte le 14 mars 2024 et découvert l’erreur le 12 mars 2026, 728 jours plus tard : son délai court jusqu’au 12 mars 2031.
Cette règle protège l’acquéreur, et elle a un revers. Le jour où vous « auriez dû connaître » les faits compte aussi. Des factures d’énergie trois fois supérieures à l’estimation pendant deux hivers consécutifs sont un signal que le juge peut considérer comme suffisant. Ne laissez pas dormir un doute.
Quatre dossiers qui dérapent, et ce que chacun coûte
Le second diagnostic commandé après les travaux. C’est l’erreur la plus fréquente et la plus définitive. Sans état comparable du logement, la faute devient invérifiable et les 24 475 € restent intégralement à votre charge.
La base choisie au hasard. Réclamer le devis de travaux plutôt que la réduction de prix perdue, ou l’inverse, change le résultat de 4 730 € sur le dossier de Grégory, à taux de perte de chance identique. Décidez de la base avant d’écrire la première lettre, et argumentez-la.
Le diagnostiqueur sans certification. Le plancher d’assurance de 300 000 € ne joue que si le professionnel est en règle8. Face à un opérateur non certifié, vous détenez une créance sur une personne qui n’a pas d’assureur : la demande la plus élevée de Grégory, 15 430 €, ne pèse que 5,14 % du plancher légal — encore faut-il qu’il existe.
Le doute laissé dormir. La prescription part de la connaissance, pas de la vente, mais elle part aussi du jour où vous auriez dû savoir. Trois hivers de factures anormales, et un juge peut placer ce point de départ deux ans avant votre second diagnostic. L’action tombe alors en entier, et ce sont 15 430 € qui disparaissent d’un trait de plume. Datez vos doutes par écrit : un courriel à l’agence, une réclamation au fournisseur d’énergie, une demande de devis. Ces traces servent à établir quand vous avez su, et elles servent tout autant à établir quand vous ne pouviez pas savoir.
Que faire le jour où vous découvrez l’erreur ?
- Ne touchez à rien. Aucun travaux, aucune dépose, aucune reprise de menuiserie avant le second diagnostic. L’état du logement est votre seule preuve.
- Commandez un second diagnostic chez un professionnel dont vous avez vérifié la certification. Demandez-lui la liste des données d’entrée relevées, et faites-la figurer au rapport.
- Isolez la donnée physique qui diverge, pas l’étiquette. Une épaisseur d’isolant, un vitrage, un générateur. Photographiez-la, et faites-la constater par un commissaire de justice si l’écart est important.
- Choisissez votre base et écrivez pourquoi. La réduction de prix que vous auriez obtenue, ou le devis de mise à niveau. Sur le cas de Grégory, l’écart entre les deux atteint 4 730 €.
- Écrivez à l’assureur du diagnostiqueur avant d’écrire à un tribunal. Joignez les deux diagnostics, le constat, le devis et votre calcul. Beaucoup de dossiers se règlent à ce stade.
- Vérifiez votre date butoir. Cinq ans depuis la découverte, et interrogez-vous honnêtement sur la date à laquelle vous auriez dû savoir.
- Engagez les travaux en parallèle, pas après. Un logement classé G ne se loue pas, et chaque mois d’attente coûte un loyer. Notre guide sur les aides à la rénovation en locatif donne les financements mobilisables.
Une dernière chose, sur la sortie. La classe énergétique ne pèse pas seulement sur le droit de louer : elle pèse sur le prix de revente, et un logement resté en G se vend avec une décote que le marché fixe seul. Les 21 400 € de travaux de Grégory ne sont donc pas une pure perte : ils lui rendent le droit de louer, et ils le sortent d’une classe qui sera de toute façon invendable sans négociation. Passé en D, il repasse au-dessus du dernier seuil annoncé : la classe E sera écartée de la location au 1er janvier 2034, la classe D reste autorisée9.
Un mot pour finir sur ce que ce guide ne promet pas. L’opposabilité a changé la nature du document, pas la mécanique de la réparation. Un acquéreur bien conseillé récupère une part de son préjudice, rarement la totalité, et le prix de cette part est un dossier monté sérieusement dès le premier jour. Le meilleur recours reste celui qu’on n’a pas à exercer : lire les données d’entrée du diagnostic avant de faire une offre, pas deux ans après.
Une action gagnée laisse un trou, et le trou se calcule.
Le juge ne rembourse pas les travaux : il répare une perte de chance de négocier un prix plus bas, dont il fixe souverainement la fraction. Sur trois taux courants, le reste à charge de Grégory va de 18 055 € à 9 495 €. Et le choix de la base pèse 4 730 € à coefficient identique.
- Les trois hypothèses de taux, chiffrées et additives
- Pourquoi la base de calcul compte plus que le taux
- Ce que garantit l’assurance obligatoire du diagnostiqueur
Questions fréquentes
Huit réponses directes sur la validité du document, les recours du locataire et de l’acquéreur, la responsabilité du vendeur de bonne foi, la portée d’une réforme de méthode et le sort d’un bail en cours.
Un diagnostic qui ne colle pas à vos factures ?
Apportez les deux diagnostics, vos relevés de consommation et l’acte. La faute, la base de calcul et le délai se déterminent en un quart d’heure.
Faire le point sur un projet01 · Le document
01Un diagnostic encore valide peut-il être faux ?
Oui, et les deux notions n’ont rien à voir. La validité est une durée administrative de dix ans ; l’exactitude est une question de fait. Un document établi le 6 février 2024 court jusqu’au 6 février 2034 même s’il porte une épaisseur d’isolant qui n’existe pas. Sa validité n’empêche ni de le contester, ni d’en faire établir un second, ni d’engager la responsabilité de son auteur. Elle vous oblige seulement à en fournir un au moment de vendre ou de louer.02Le locataire peut-il se retourner contre son bailleur à cause du diagnostic ?
Depuis le 1er juillet 2021, oui, sur les données du document — consommation, émissions, étiquette. La loi lui ferme en revanche une porte précise : il ne peut pas se prévaloir contre le bailleur des recommandations de travaux qui accompagnent le diagnostic, lesquelles n’ont qu’une valeur informative. Un locataire qui reproche au propriétaire de ne pas avoir suivi le conseil d’isoler les combles n’a donc aucun fondement ; celui qui démontre que l’étiquette annoncée est fausse en a un.
02 · Les recours
03Peut-on faire annuler la vente à cause d’un diagnostic erroné ?
C’est rare et ce n’est pas la voie ordinaire. La jurisprudence répare une perte de chance de négocier un prix plus bas, pas la privation du consentement : le juge considère le plus souvent que l’acquéreur aurait acheté quand même, à un autre prix. L’annulation suppose de démontrer que la classe énergétique était déterminante au point que vous n’auriez pas signé. Réservez cet argument aux écarts extrêmes, et construisez d’abord la demande indemnitaire.04Le vendeur de bonne foi est-il responsable ?
Depuis 2021, l’information du diagnostic peut lui être opposée, mais deux obstacles limitent la portée pratique. D’une part, la clause qui exonère le vendeur de la garantie des vices cachés reste efficace pour le diagnostic énergétique : il ne figure pas dans la liste des documents dont l’absence fait tomber cette clause. D’autre part, un vendeur qui a remis un document régulier, établi par un professionnel certifié, n’a commis aucune faute personnelle. C’est le diagnostiqueur qu’il faut viser.
03 · Les preuves
05Que vaut un diagnostic réalisé avant le 1er juillet 2021 ?
Plus rien, et c’est une bonne nouvelle. Les documents établis entre 2013 et 2017 ont cessé d’être valables le 31 décembre 2022, ceux établis entre le 1er janvier 2018 et le 30 juin 2021 le 31 décembre 2024. Aucun diagnostic en circulation aujourd’hui n’a donc été réalisé sous l’ancien régime de non-opposabilité. Si l’on vous en présente un daté d’avant juillet 2021, il est périmé et doit être refait avant la signature.06Le diagnostiqueur qui rectifie son document avant l’acte est-il hors de cause ?
Non, et la décision du 17 octobre 2024 le montre précisément. Le professionnel avait remis un document erroné avant la promesse de vente, puis transmis une version corrigée au notaire entre la promesse et l’acte authentique. Sa responsabilité a tout de même été retenue, parce que l’erreur avait déjà produit son effet : le prix s’était négocié sur la première version. La rectification tardive n’efface pas la chance perdue de discuter le prix au bon moment.
04 · La location
07Un changement de méthode de calcul prouve-t-il que le premier diagnostic était faux ?
Non, et c’est un piège fréquent. La méthode a été modifiée plusieurs fois, la dernière fois par un arrêté du 13 août 2025 ramenant le facteur de conversion de l’électricité de 2,3 à 1,9 pour les diagnostics émis depuis le 1er janvier 2026. Un logement qui change de classe à cette occasion n’a pas été mal diagnostiqué : il a été mesuré avec une autre règle. Pour établir une faute, il faut une divergence sur une donnée physique — isolant, menuiserie, générateur — et non sur un coefficient réglementaire.08Que faire si le logement est déjà loué quand l’erreur apparaît ?
Le bail en cours n’est pas remis en cause par la découverte : l’exigence de performance minimale s’applique aux mises en location et aux renouvellements, pas rétroactivement au contrat signé. Vous gardez donc votre locataire et votre loyer. Deux choses changent quand même : vous ne pourrez pas relouer en l’état au départ du locataire, et celui-ci dispose des recours ouverts par la non-décence si la classe le justifie. Engagez les travaux pendant l’occupation plutôt qu’après.
Le meilleur recours est celui qu’on n’a pas à exercer.
Hagnéré Investissement accompagne des investisseurs et perçoit des honoraires publics. Nous ne réalisons pas de diagnostics, et ce guide se lit avec les textes cités et la décision consultable en ligne.
Sources et date de contrôle
Douze sources publiques, chacune ouverte à sa page et datée du 27 août 2026.
- Source 01
Article 179 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l’aménagement et du numérique — Légifrance. I et II — modification des articles L. 134-3-1 et L. 271-4 du code de la construction et de l’habitation et de l’article 3-3 de la loi n° 89-462, supprimant la clause de non-opposabilité du diagnostic. III : « Le présent article entre en vigueur au plus tard le 1er juillet 2021, à une date fixée par décret. » Version en vigueur depuis le 25 août 2021, modifiée par la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021.
- Source 02
Décret n° 2020-1609 du 17 décembre 2020 relatif au diagnostic de performance énergétique et à l’affichage des informations relatives à la consommation d’énergie des logements dans les annonces et les baux immobiliers — Légifrance. Article 5 : « L’article 179 de la loi du 23 novembre 2018 susvisée entre en vigueur le 1er juillet 2021. »
- Source 03
Article L. 126-26 du code de la construction et de l’habitation — contenu du diagnostic de performance énergétique — Légifrance. « la quantité d’énergie effectivement consommée ou estimée, exprimée en énergie primaire et finale, ainsi que les émissions de gaz à effet de serre induites » ; « une information sur les conditions d’aération ou de ventilation » ; « il est accompagné de recommandations destinées à améliorer ces performances et du montant des dépenses théoriques de l’ensemble des usages énumérés dans le diagnostic ». Version en vigueur depuis le 25 août 2021.
- Source 04
Article L. 126-29 du code de la construction et de l’habitation — diagnostic joint au contrat de location — Légifrance. « Le locataire ne peut se prévaloir à l’encontre du bailleur des recommandations accompagnant le diagnostic de performance énergétique, qui n’ont qu’une valeur informative. » Version en vigueur depuis le 25 août 2021, modifiée par la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021, articles 158 et 175.
- Source 05
Cour de cassation, 3e chambre civile, 17 octobre 2024, pourvoi n° 22-22.882, inédit — Légifrance. Rejet du pourvoi. Promesse de vente du 15 mai 2015, acte authentique du 24 juillet 2015, prix de 155 000 €. Le manquement du diagnostiqueur « avait fait perdre aux acquéreurs une chance de négocier une réduction du prix de vente », perte « souverainement évaluée à la proportion qu’elle a retenue », fixée à 50 %, soit une indemnité de 20 268,34 €. Vendeurs mis hors de cause par la clause de non-garantie des vices cachés.
- Source 06
Article L. 271-4 du code de la construction et de l’habitation — dossier de diagnostic technique et garantie des vices cachés — Légifrance. I, 6° — le diagnostic de performance énergétique figure au dossier ; II — la perte du bénéfice de la clause d’exonération de la garantie des vices cachés ne vise que les documents des 1°, 2°, 3°, 4°, 7° et 8°. Version en vigueur depuis le 11 avril 2024, modifiée par la loi n° 2024-322 du 9 avril 2024.
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Article L. 271-6 du code de la construction et de l’habitation — compétence, indépendance et assurance du diagnostiqueur — Légifrance. Certification des compétences, absence de lien de nature à porter atteinte à l’impartialité et à l’indépendance, assurance couvrant les conséquences de la responsabilité professionnelle, et annuaire public des professionnels en règle. Version en vigueur depuis le 2 juillet 2025, modifiée par la loi n° 2025-594 du 30 juin 2025.
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Article R. 271-2 du code de la construction et de l’habitation — montant minimal de la garantie d’assurance — Légifrance. « Les personnes mentionnées à l’article L. 271-6 souscrivent une assurance dont le montant de la garantie ne peut être inférieur à 300 000 euros par sinistre et 500 000 euros par année d’assurance. » Version en vigueur depuis le 22 décembre 2008.
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Article 6 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 — logement décent et niveau de performance minimal — Légifrance. Niveau de performance minimal exigé du logement mis en location : classes A à F à compter du 1er janvier 2025, A à E à compter du 1er janvier 2028, A à D à compter du 1er janvier 2034. Version en vigueur depuis le 1er janvier 2025.
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Article 2224 du code civil — prescription des actions personnelles ou mobilières — Légifrance. « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer. »
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Article D. 126-19 du code de la construction et de l’habitation — durée de validité du diagnostic — Légifrance. Durée de validité fixée à dix ans. Régime transitoire : les diagnostics réalisés entre le 1er janvier 2013 et le 31 décembre 2017 sont valables jusqu’au 31 décembre 2022, ceux réalisés entre le 1er janvier 2018 et le 30 juin 2021 jusqu’au 31 décembre 2024.
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Arrêté du 13 août 2025 modifiant le facteur de conversion de l’énergie finale en énergie primaire de l’électricité relatif au diagnostic de performance énergétique — Légifrance. Facteur de conversion de l’électricité ramené de 2,3 à 1,9, applicable aux diagnostics émis à compter du 1er janvier 2026.
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