Taxe d'enlèvement des ordures ménagères : ce qui se récupère vraiment sur le locataire, et ce que l'avis ajoute sans le dire
Les pages du sujet disent que la taxe est récupérable. Aucune ne dit que l’avis porte deux montants sur la même ligne, ni que le second reste à la charge du bailleur.
DEUX MONTANTS SUR UNE SEULE LIGNE
La taxe se récupère. Les frais de gestion, non.
L’avis de taxe foncière porte la taxe augmentée de 8 % de frais prélevés par l’État. La liste des charges récupérables nomme la première, pas les seconds.
- La liste réglementaire est limitative : ce qui n’y figure pas ne se récupère pas
- Décompte un mois avant, pièces justificatives six mois durant
- Trois ans de prescription, qui bornent aussi le rattrapage du bailleur
- Une année de refacturation oubliée vaut douze fois le trop-perçu
TAXE VOTÉE
744 €
FRAIS DE GESTION
60 €
TOTAL DE L’AVIS
804 €
TROP-PERÇU PAR LOGEMENT
15 €/an
CHARGES MISES EN JEU
5 040 €
PRESCRIPTION
3 ans
Écrit par
Fondateur de Hagnéré Investissement
Guide général et national — aucune recommandation personnalisée
La réponse en trente secondes. La liste des charges récupérables nomme, sous la rubrique « Impositions et redevances », la « taxe ou redevance d’enlèvement des ordures ménagères »1. Elle ne nomme pas les frais de gestion, qui ne sont donc pas récupérables.
Or l’avis de taxe foncière porte les deux. L’État prélève 3,6 % au titre des dégrèvements et non-valeurs et 4,4 % au titre de l’assiette et du recouvrement2 — soit 8 % ajoutés à la taxe.
Sur le cas de ce guide, reprendre la ligne entière fait récupérer 15 € de trop par logement et par an. C’est peu. Ce que cela met en jeu l’est beaucoup moins : 5 040 € de charges dont la justification devient discutable.
La taxe d’enlèvement des ordures ménagères est la charge la plus simple à récupérer et la plus souvent mal récupérée. Simple, parce qu’elle figure noir sur blanc dans la liste réglementaire. Mal récupérée, parce qu’elle n’apparaît nulle part sous cette forme : ni sur le décompte de copropriété, ni sur une facture, mais sur l’avis de taxe foncière du propriétaire — mêlée à une ligne qui ne lui appartient pas.
Ce guide traite ce qu’on récupère exactement, comment on le prouve, et ce qu’un locataire peut opposer. La question de savoir si la taxe est récupérable, elle, est déjà réglée : notre guide sur les charges récupérables et leur régularisation annuelle la situe parmi les autres postes.
Le fil rouge de ce guide. Nous suivrons Denis, 61 ans, ancien contremaître à Saint-Quentin, propriétaire d’un immeuble de quatre logements. Son avis de taxe foncière porte 744 € de taxe d’enlèvement des ordures ménagères et 60 € de frais de gestion. Les charges récupérables qu’il refacture s’élèvent à 1 260 € par logement et par an. Exemple construit à partir des textes cités dans ce guide — ce n’est pas un dossier client.
La taxe d’ordures ménagères est-elle récupérable ?
Oui, sans condition ni plafond, et c’est l’une des très rares charges locatives dont la récupérabilité ne se discute jamais — ce qui explique qu’on y prête si peu d’attention et qu’on la refacture si souvent de travers.
La liste réglementaire des charges récupérables est limitative : ce qui n’y figure pas ne se récupère pas. Sous sa rubrique VIII — Impositions et redevances, elle porte une ligne d’une clarté rare : « Taxe ou redevance d’enlèvement des ordures ménagères »1.
Deux mots méritent d’être relevés. « Taxe ou redevance » couvre les deux formes que prend le financement du service selon les communes : la taxe, adossée à la taxe foncière et calculée sur la valeur locative cadastrale, ou la redevance, calculée sur le service rendu. L’une comme l’autre se récupère.
Et « d’enlèvement des ordures ménagères » délimite l’objet. Une contribution communale à un autre titre, une taxe de balayage, une redevance spéciale pour les professionnels ne sont pas cette ligne-là, et chacune s’examine pour elle-même.
La ligne de l’avis n’est pas la taxe
Voici le point que ce guide existe pour dire, et il tient tout entier dans une soustraction que personne ne fait.
L’avis de taxe foncière ne porte pas la taxe telle que la commune l’a votée. Il porte la taxe augmentée des frais que l’État prélève pour l’établir et la recouvrer. Le code les fixe en deux composantes : 3,6 % « en contrepartie des frais de dégrèvement », et 4,4 % au titre des frais d’assiette et de recouvrement pour les impositions perçues au profit des collectivités locales2.
Huit pour cent au total, ajoutés à la taxe et portés sur la même ligne de l’avis, sans que rien ne signale au lecteur qu’il regarde deux montants additionnés plutôt qu’un seul.
Or la liste des charges récupérables nomme la taxe. Elle ne nomme pas les frais de gestion, et une liste limitative ne s’interprète pas : ce qu’elle ne cite pas reste à la charge du bailleur.
Deux montants sur une seule ligne, dont un seul se récupère
| Ligne | Montant | Récupérable |
|---|---|---|
| Taxe votée par la commune | 744 € | Oui |
| Frais de gestion — 3,6 % + 4,4 % | 60 € | Non |
| Total porté sur l’avis | 804 € | — |
Un bailleur qui refacture 804 € au lieu de 744 € récupère 8 % de trop. Cela ne se voit pas, parce que personne ne connaît par cœur le montant voté par la commune — et c’est précisément ce qui rend l’erreur si répandue.
Le point de vigilance. Le taux de 8 % n’est pas universel. Le code prévoit un taux réduit pendant les cinq premières années de mise en œuvre de la part incitative de la taxe2 — un mécanisme que certaines communes ont adopté. La règle à retenir n’est donc pas le pourcentage mais le geste : lire les deux montants sur l’avis, et ne refacturer que le premier.
Ce que Denis récupère de trop
Son immeuble compte quatre logements de tailles voisines, ce qui lui a fait retenir une répartition par parts égales. La taxe s’élève à 744 €, les frais à 60 €, et l’avis affiche 804 € sur une seule ligne.
Quinze euros par logement, et par an
| Ligne | Par logement | Sur l’immeuble |
|---|---|---|
| Récupérable | 186 € | 744 € |
| Récupéré en reprenant la ligne | 201 € | 804 € |
| Trop-perçu annuel | 15 € | 60 € |
| Trop-perçu sur trois ans | 45 € | 180 € |
Disons-le franchement : quinze euros par an et par logement ne ruinent personne, et un guide qui prétendrait le contraire mentirait. L’intérêt du sujet n’est pas là.
Il est dans la disproportion. Les charges récupérables de Denis représentent 1 260 € par logement, soit 5 040 € sur l’immeuble. Une ligne dont il ne peut pas justifier le montant met en cause la crédibilité de tout le décompte — et le rapport entre ce qu’il gagne à l’erreur et ce qu’il expose est de quatre-vingt-quatre pour un.
Ce raisonnement vaut pour tous les postes du décompte, et pas seulement pour celui-ci. Un locataire qui découvre une ligne indéfendable n’en conclut pas que cette ligne est fausse et que les autres sont justes : il en conclut que le décompte n’a pas été fait sérieusement, et il demande à voir le reste. Or une contestation part toujours du poste le plus facile à vérifier, et la taxe d’ordures ménagères est précisément celui-là — un seul document, deux montants, aucune expertise nécessaire.
Comment répartir la taxe entre plusieurs logements ?
La question ne se pose pas en copropriété, où le décompte du syndic ventile déjà la charge entre les lots selon les tantièmes du règlement. Elle se pose dans un immeuble détenu en entier, où l’avis arrive globalement et où personne n’a fait ce travail à la place du bailleur.
Aucun texte n’impose de clé. Le bailleur en choisit une, et elle engage : celle qui figure au bail s’applique, et à défaut c’est une répartition défendable qu’il faudra justifier. Trois clés se rencontrent.
- Par parts égales. Simple, et pertinente quand les logements se ressemblent — c’est le choix de Denis, dont les quatre lots sont comparables. Elle devient contestable dès que les surfaces divergent nettement.
- Au prorata des surfaces. La plus courante et la plus facile à défendre, parce qu’elle se vérifie sur les baux.
- Au prorata des valeurs locatives cadastrales. La plus fidèle à la façon dont la taxe est calculée, puisqu’elle repose sur ces mêmes valeurs — mais la plus difficile à expliquer à un locataire.
Ce qui compte n’est pas la clé retenue mais le fait qu’elle soit écrite, constante d’une année sur l’autre, et applicable à tous. Une clé qui change quand un locataire proteste ne survit pas à la première contestation. Un gestionnaire la fixe au premier bail et ne la rediscute plus ; un expert-comptable, s’il tient la comptabilité de l’immeuble, la retrouvera identique d’un exercice à l’autre et signalera toute variation. Notre guide sur l’immeuble de rapport traite les autres questions propres à cette forme de détention.
Que doit produire le bailleur, et pendant combien de temps ?
Un décompte avant, des pièces après, et les deux délais sont écrits dans le même article — ce qui rend l’obligation facile à tenir pour qui l’a lue une fois.
Le texte impose d’abord un décompte : « un mois avant cette régularisation, le bailleur en communique au locataire le décompte par nature de charges »3. Par nature — donc la taxe d’ordures ménagères y figure comme une ligne distincte, et non fondue dans un total.
Il impose ensuite la mise à disposition des justificatifs : « durant six mois à compter de l’envoi de ce décompte, les pièces justificatives sont tenues, dans des conditions normales, à la disposition des locataires »3.
Pour la taxe d’ordures ménagères, la pièce justificative est l’avis de taxe foncière. C’est ce document, et lui seul, qui établit le montant. Un bailleur qui le présente montre du même coup les deux lignes — la taxe et les frais —, et son locataire voit immédiatement s’il a refacturé la bonne.
Le texte prévoit enfin une règle de trésorerie que peu de bailleurs connaissent : « lorsque la régularisation des charges n’a pas été effectuée avant le terme de l’année civile suivant l’année de leur exigibilité, le paiement par le locataire est effectué par douzième, s’il en fait la demande »3. Un bailleur qui régularise avec deux ans de retard s’expose donc à voir son rattrapage étalé sur douze mois.
Trois ans, dans les deux sens
Le délai est le même pour tout le monde, et il borne autant la réclamation du locataire que le rattrapage du bailleur — symétrie qu’on oublie généralement de regarder du second côté, alors que c’est là qu’elle coûte le plus cher.
« Toutes actions dérivant d’un contrat de bail sont prescrites par trois ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’exercer ce droit »4.
Deux conséquences symétriques.
Un locataire qui découvre que son bailleur refacture les frais de gestion peut réclamer trois années de trop-perçu, soit 45 € sur le dossier de Denis. Modeste, mais la démarche coûte l’envoi d’une lettre.
Un bailleur qui a oublié de refacturer la taxe pendant plusieurs années ne peut la rattraper que sur trois ans, soit 558 € par logement. Au-delà, la somme est perdue — et c’est de loin l’enjeu le plus lourd de tout ce guide, très supérieur au trop-perçu qu’il corrige.
La comparaison mérite d’être faite explicitement, parce qu’elle réoriente l’attention. Le trop-perçu que ce guide décrit vaut 15 € par logement et par an. Une année de refacturation oubliée en vaut 186, soit douze fois plus, et elle devient irrécupérable au bout de trois ans. Autrement dit, le bailleur qui passe son temps à vérifier le centime pendant qu’il laisse filer les échéances travaille exactement à l’envers de son intérêt.
Le point de départ du délai mérite lui aussi qu’on s’y arrête : il court « du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits ». Pour un locataire qui n’a jamais reçu de décompte, ce jour peut être bien postérieur à l’année concernée — ce qui allonge en pratique la période sur laquelle une réclamation reste recevable, et donne une raison de plus d’envoyer le décompte chaque année.
Que peut faire un locataire qui conteste ?
Demander à voir le justificatif, d’abord. C’est gratuit, c’est de droit pendant six mois, et cela suffit le plus souvent à régler la question dans un sens ou dans l’autre sans que personne ait à saisir qui que ce soit.
Il faut d’ailleurs souligner que cette démarche n’a rien d’hostile, et qu’un bailleur gagnerait à la provoquer lui-même. Joindre spontanément la copie de l’avis au décompte annuel coûte une photocopie, désamorce la question avant qu’elle ne se pose, et démontre au passage que le montant refacturé est bien celui de la taxe. C’est le seul poste des charges locatives où la pièce justificative tient sur une page et se comprend sans explication.
La séquence habituelle tient en quatre étapes, et elle vaut d’être connue du bailleur autant que du locataire.
- La demande de justificatifs. Simple courrier, dans les six mois de l’envoi du décompte. Un bailleur qui ne répond pas se met en difficulté sur l’ensemble de la régularisation, pas seulement sur la ligne contestée.
- La confrontation à l’avis. Le locataire lit les deux montants et compare à ce qui lui a été refacturé. Aucune expertise n’est nécessaire.
- La demande de remboursement. Chiffrée, sur trois ans au plus, et adressée par écrit pour faire courir les délais.
- La commission de conciliation. Gratuite, compétente sur les différends de charges, elle rend un avis en deux mois. Notre guide sur la commission départementale de conciliation en décrit le fonctionnement.
Un bailleur qui reçoit la première lettre a tout intérêt à vérifier son avis avant de répondre. Reconnaître une erreur de quinze euros coûte quinze euros ; la défendre coûte la crédibilité du reste du décompte.
Vacance, entrée et sortie en cours d’année
La taxe est due par le propriétaire au 1er janvier, pour l’année entière, tandis que la récupération suit l’occupation réelle du logement — de sorte que les deux calendriers, celui de l’impôt et celui du bail, ne coïncident presque jamais et qu’il faut à chaque mouvement de locataire reconstituer à la main ce que l’avis annuel ne dit pas.
- Un logement vacant ne produit aucune récupération. La taxe reste due par Denis, qui la paie sans la refacturer. Elle devient alors une charge de propriétaire déductible de ses revenus fonciers, comme le détaille notre guide sur les exonérations et dégrèvements de taxe foncière.
- Une entrée en cours d’année se proratise. Un locataire arrivé le 1er juillet supporte la moitié de la part annuelle du logement — 93 € chez Denis. Le prorata se calcule en jours ou en mois selon ce que prévoit le bail.
- Un départ en cours d’année se régularise après coup. C’est le cas le plus délicat, parce que l’avis de taxe foncière n’arrive qu’à l’automne : le locataire parti en mars sera sollicité en fin d’année, alors que son dépôt de garantie lui a souvent déjà été restitué. Retenir une provision sur ce poste précis est la seule parade, et elle se prévoit à l’état des lieux. À défaut, réclamer 93 € à un ancien locataire qui a déménagé suppose de le retrouver puis de le convaincre — et si l’affaire va jusqu’au recouvrement, l’intervention d’un commissaire de justice coûtera plus cher que la somme réclamée.
Les quatre incidents qui reviennent, et leur montant
Trois coûtent peu et exposent beaucoup ; le quatrième coûte cher et ne se rattrape pas. C’est une répartition inhabituelle, où l’incident le plus grave est aussi le plus discret.
Refacturer la ligne entière de l’avis. C’est l’incident central : 804 € refacturés au lieu de 744 €, soit 15 € de trop par logement et par an, et 180 € sur trois ans pour l’immeuble. Le geste qui l’évite consiste à lire les deux montants au lieu d’un.
Ne pas présenter l’avis de taxe foncière. Les pièces sont tenues à disposition six mois durant. Un bailleur qui ne les produit pas fragilise l’ensemble de sa régularisation, soit 1 260 € par logement et 5 040 € sur l’immeuble — quatre-vingt-quatre fois ce que l’erreur lui rapportait.
Changer de clé de répartition d’une année sur l’autre. Aucun texte n’impose de clé, mais toutes exigent d’être constantes pour être défendables. Passer des parts égales aux surfaces déplace chaque part de plusieurs dizaines d’euros : sur des lots de 30, 45, 55 et 70 m², le plus petit passe de 186 € à 112 € et le plus grand de 186 € à 260 €. Une répartition qui varie quand un locataire proteste ne tient pas devant une commission de conciliation.
Oublier de refacturer pendant des années. Le plus coûteux, et de loin. La prescription de trois ans borne le rattrapage : au-delà, 186 € par logement et par an sont définitivement perdus. Sur un immeuble de quatre logements, cela fait 744 € par année oubliée.
Faut-il vraiment récupérer la taxe ?
Oui, et la question mérite pourtant d’être posée, parce que certains bailleurs y renoncent délibérément pour s’épargner une ligne de plus à justifier.
- Le montant est loin d’être négligeable. Sur le dossier de Denis, 186 € par logement représentent 14,8 % des charges récupérables. Y renoncer revient à baisser le loyer de quinze euros par mois sans que le locataire le perçoive comme un geste.
- La récupération suppose de la tenir proprement. Une ligne mal justifiée abîme le décompte entier. Mieux vaut refacturer 744 € que l’on peut prouver que 804 € que l’on devra rendre.
- Le vrai risque est l’oubli, pas l’erreur. Quinze euros de trop se remboursent ; trois ans de taxe non refacturée ne se rattrapent pas. Un bailleur qui doit choisir où porter son attention la porte sur le calendrier, pas sur le centime.
La conclusion qui ne nous arrange pas. Nous accompagnons des investisseurs, et un sujet technique se vend d’autant mieux qu’on en dramatise l’enjeu. Nous ne le ferons pas ici : le trop-perçu que ce guide corrige vaut quinze euros par logement et par an, et aucun bailleur ne changera de vie en le supprimant. Ce qui mérite l’attention est ailleurs — dans les 5 040 € de charges qu’une ligne injustifiée fragilise, et surtout dans les 744 € par an qu’un oubli de refacturation fait perdre définitivement au bout de trois ans. Le premier se corrige en lisant un avis. Le second se prévient en tenant un calendrier.
Quinze euros de trop, 5 040 € de charges fragilisées.
Un locataire qui découvre une ligne indéfendable ne conclut pas que cette ligne est fausse : il conclut que le décompte n’a pas été fait sérieusement, et il demande à voir le reste.
- Pourquoi la contestation part toujours de ce poste-là
- La clé de répartition qui tient, et celle qui ne tient pas
- Le vrai risque : l’oubli, pas l’erreur
Questions fréquentes
Huit réponses directes sur la récupérabilité, les frais de gestion, la clé de répartition, les justificatifs, la prescription et les changements de locataire.
Une régularisation contestée ?
Apportez l’avis de taxe foncière, le décompte envoyé et les baux. La vérification tient en une soustraction.
Faire le point sur votre dossier01 · La règle
01La taxe d'enlèvement des ordures ménagères est-elle récupérable sur le locataire ?
Oui, sans condition ni plafond. La liste réglementaire des charges récupérables est limitative — ce qui n'y figure pas ne se récupère pas — et elle porte, sous sa rubrique VIII consacrée aux impositions et redevances, la ligne « Taxe ou redevance d'enlèvement des ordures ménagères ». Les deux formes que prend le financement du service selon les communes sont donc couvertes : la taxe adossée à la taxe foncière comme la redevance calculée sur le service rendu.02Les frais de gestion figurant sur l'avis sont-ils récupérables ?
Non, et c'est l'erreur la plus répandue du sujet. L'avis de taxe foncière ne porte pas la taxe telle que la commune l'a votée, mais la taxe augmentée des frais que l'État prélève pour l'établir et la recouvrer : 3,6 % « en contrepartie des frais de dégrèvement », plus 4,4 % au titre de l'assiette et du recouvrement, soit 8 % au total. La liste des charges récupérables nomme la taxe, pas ces frais — et une liste limitative ne s'interprète pas.03Combien représente cette erreur ?
Peu, en montant. Sur le cas de ce guide, refacturer la ligne entière fait récupérer 15 € de trop par logement et par an, soit 60 € sur un immeuble de quatre logements et 180 € sur trois ans. L'intérêt du sujet n'est pas là : il est dans la disproportion, puisqu'une ligne dont le bailleur ne peut justifier le montant met en cause la crédibilité de tout le décompte — 5 040 € de charges sur l'immeuble, soit quatre-vingt-quatre fois ce que l'erreur rapporte.
02 · La mise en œuvre
04Comment répartir la taxe entre plusieurs logements ?
Aucun texte n'impose de clé, ce qui laisse le choix au bailleur — mais l'engage. Trois clés se rencontrent : par parts égales, pertinente quand les logements se ressemblent ; au prorata des surfaces, la plus courante parce qu'elle se vérifie sur les baux ; au prorata des valeurs locatives cadastrales, la plus fidèle au calcul de la taxe mais la plus difficile à expliquer. Ce qui compte est que la clé soit écrite, constante d'une année sur l'autre et applicable à tous.05Que doit produire le bailleur pour justifier la taxe ?
L'avis de taxe foncière, et rien d'autre ne l'établit. Le texte impose d'abord un décompte : « un mois avant cette régularisation, le bailleur en communique au locataire le décompte par nature de charges » — donc la taxe y figure comme une ligne distincte. Il impose ensuite que « durant six mois à compter de l'envoi de ce décompte, les pièces justificatives sont tenues, dans des conditions normales, à la disposition des locataires ».
03 · Le litige
06Sur combien d'années une contestation peut-elle porter ?
Trois, et le délai joue dans les deux sens. « Toutes actions dérivant d'un contrat de bail sont prescrites par trois ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d'exercer ce droit. » Un locataire peut donc réclamer trois années de trop-perçu, soit 45 € sur le cas décrit. Et un bailleur qui a oublié de refacturer ne rattrape que trois ans : au-delà, la somme est définitivement perdue.07Que se passe-t-il si le logement est vacant ou si le locataire change en cours d'année ?
La taxe est due par le propriétaire au 1er janvier pour l'année entière, mais la récupération suit l'occupation. Un logement vacant ne produit aucune récupération : la taxe reste à la charge du bailleur et devient une charge déductible de ses revenus fonciers. Une entrée en cours d'année se proratise. Un départ est plus délicat, l'avis n'arrivant qu'à l'automne : le locataire parti au printemps sera sollicité alors que son dépôt de garantie lui a souvent déjà été restitué.
04 · L’arbitrage
08Faut-il vraiment récupérer cette taxe ?
Oui. Sur le cas décrit, 186 € par logement représentent 14,8 % des charges récupérables : y renoncer revient à baisser le loyer de quinze euros par mois sans que le locataire le perçoive comme un geste. Mais la récupération suppose de la tenir proprement — mieux vaut refacturer 744 € que l'on peut prouver que 804 € que l'on devra rendre. Le vrai risque est l'oubli, pas l'erreur : un trop-perçu se rembourse, une taxe non refacturée depuis plus de trois ans ne se rattrape pas.
Le trop-perçu vaut quinze euros. L’oubli en vaut sept cent quarante-quatre.
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Sources et date de contrôle
Quatre textes, relus au 26 août 2026 : la liste réglementaire des charges récupérables et sa rubrique consacrée aux impositions, l'article du code général des impôts qui fixe les frais prélevés par l'État, et les deux articles de la loi de 1989 qui encadrent la justification des charges et la prescription des actions.
- Source 01
Annexe du décret n° 87-713 du 26 août 1987 — liste des charges récupérables — Légifrance. Version en vigueur depuis le 30 août 1987. La liste est limitative : ce qui n'y figure pas ne se récupère pas. Sous la rubrique VIII — Impositions et redevances, elle porte la ligne « Taxe ou redevance d'enlèvement des ordures ménagères ». Les frais de confection des rôles ou frais de gestion prélevés par l'État sur cette taxe n'y figurent pas, et ne sont donc pas récupérables sur le locataire. Consulté le 2026-08-26. Consulté le 2026-08-26.
- Source 02
Article 1641 du code général des impôts — frais d'assiette, de non-valeurs et de recouvrement — Légifrance. Version en vigueur au 21 février 2026. « En contrepartie des frais de dégrèvement visés au A, l'État perçoit 3,6 % du montant des taxes suivantes », parmi lesquelles la taxe d'enlèvement des ordures ménagères. S'y ajoute un taux de 4,4 % au titre des frais d'assiette et de recouvrement pour les impositions perçues au profit des collectivités locales et de leurs groupements, soit 8 % au total ajoutés à la taxe sur l'avis. Un taux réduit de 2 % est prévu pendant les cinq premières années de mise en œuvre de la part incitative mentionnée à l'article 1522 bis. Consulté le 2026-08-26. Consulté le 2026-08-26.
- Source 03
Article 23 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 — charges récupérables et justification — Légifrance. Version en vigueur au 1er juillet 2021. « Un mois avant cette régularisation, le bailleur en communique au locataire le décompte par nature de charges. » « Durant six mois à compter de l'envoi de ce décompte, les pièces justificatives sont tenues, dans des conditions normales, à la disposition des locataires. » Et pour la trésorerie du locataire : « lorsque la régularisation des charges n'a pas été effectuée avant le terme de l'année civile suivant l'année de leur exigibilité, le paiement par le locataire est effectué par douzième, s'il en fait la demande ». Consulté le 2026-08-26. Consulté le 2026-08-26.
- Source 04
Article 7-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 — prescription des actions — Légifrance. « Toutes actions dérivant d'un contrat de bail sont prescrites par trois ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d'exercer ce droit. » Le délai borne symétriquement la réclamation du locataire pour un trop-perçu et le rattrapage du bailleur pour une charge oubliée. Référence vérifiée et publiée dans notre guide sur l'état des lieux de sortie, reprise ici. Consulté le 2026-08-26. Consulté le 2026-08-26.
Avertissement
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