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Guide de décisionVérifié le 25 août 20268 sourcesMéthode en cinq passes

Le local commercial en pied d'immeuble : pourquoi son rendement supérieur rémunère un droit que le locataire détient sur votre bien

L'écart de rendement entre un commerce et un logement n'est pas une aubaine : c'est le prix d'un statut qui donne au locataire un droit au maintien dans les lieux. Ce droit a une valeur, il se vend, et il se paie le jour où vous voulez disposer de votre local.

UNE QUESTION À POSER AVANT L'OFFRE

Comptez-vous garder ce commerce ? Si oui, 10,4 %. Si non, lisez 6,8 %.

Le refus de renouvellement déclenche une indemnité d'éviction de 60 200 € sur ce dossier — 35,8 % du prix payé, et 67 % du surcroît de rendement.

  • La triennale que le preneur peut exercer et le bailleur presque jamais
  • Les cinq postes de charges que le bail ne peut pas transférer
  • La taxe foncière récupérable, mais seulement si le bail le prévoit
  • Le mois de tolérance qui transforme trois ans en neuf

PRIX DU LOT COMMERCIAL

168 000 €

LOYER ANNUEL

17 400 €

RENDEMENT AFFICHÉ

10,4 %

INDEMNITÉ D'ÉVICTION

60 200 €

RENDEMENT APRÈS REPRISE

6,8 %

BAIL MUET SUR LA TAXE

2 364 €

Écrit par

Quentin Hagnéré

Fondateur de Hagnéré Investissement

Guide général et national — aucune recommandation personnalisée

La réponse en trente secondes. Neuf ans, et une triennale asymétrique. La durée du contrat ne peut être inférieure à neuf ans. Le preneur peut partir à chaque échéance triennale avec six mois de préavis ; le bailleur ne le peut que s’il entend construire, reconstruire, surélever ou exécuter des travaux prescrits1.

Le refus de renouvellement se paie. Le bailleur peut refuser, mais il doit alors verser une indemnité d'éviction comprenant notamment la valeur marchande du fonds de commerce, augmentée des frais de déménagement et de réinstallation3.

Et toutes les charges ne se transfèrent pas. Grosses réparations de l’article 606, travaux de mise en conformité, honoraires de gestion des loyers, charges des locaux vacants : la liste est fermée6. La taxe foncière, elle, reste imputable si le bail le prévoit — et seulement dans ce cas.

Ce guide ne traite pas du calcul de rendement lui-même, que notre guide sur le rendement brut, net et net-net couvre. Il traite de ce qu’un rendement affiché sur un lot commercial ne dit pas.

Le fil rouge de ce guide. Nous suivrons Servane. Exemple construit, et non un dossier réel : un local de 78 m² au rez-de-chaussée d’un immeuble de rapport, payé 168 000 €, loué 1 450 € par mois hors taxes et hors charges. Le prix, le loyer, la valeur retenue pour le fonds de commerce et le montant des charges sont des hypothèses déclarées. Les durées, les seuils et la liste des charges non imputables sont ceux du texte.

Qu’est-ce que le statut des baux commerciaux change ?

Tout, et dans un seul sens. Le locataire d’un commerce n’est pas un locataire ordinaire.

Ce qu’on appelle la propriété commerciale n’est pas une image : c’est un droit au renouvellement du bail, opposable au propriétaire des murs, et dont la privation ouvre droit à indemnisation. Un bailleur qui achète un lot commercial acquiert donc un actif dont l’occupant dispose d’un droit propre — un droit qui a une valeur, qui se vend et qui se transmet avec le fonds.

La conséquence pratique est brutale pour qui vient de l’habitation. En location nue, un congé pour vendre ou pour reprise se donne à l'échéance, sans indemnité. En bail commercial, le congé du bailleur à l'échéance des neuf ans est possible, mais il déclenche l’indemnité d'éviction, sauf motif grave et légitime.

Un investisseur qui achète un immeuble de rapport avec un commerce au rez-de-chaussée doit donc lire ce lot comme un actif à part, avec sa propre durée, sa propre indexation et sa propre sortie. Notre guide sur l'immeuble de rapport et la décote de bloc rappelle que la valorisation lot par lot n’est jamais la simple addition des surfaces.

Neuf ans, et une triennale qui n’est pas symétrique

C’est le point que les acheteurs comprennent le plus tard, et il commande le calendrier de toute l’opération.

La durée du contrat de location ne peut être inférieure à neuf ans1. Le preneur a la faculté de donner congé à l’expiration d’une période triennale, au moins six mois à l’avance, par lettre recommandée avec demande d’avis de réception ou par acte extrajudiciaire.

Le bailleur dispose en apparence de la même faculté, et c’est là que beaucoup se trompent : il ne peut l’exercer que s’il entend invoquer les dispositions relatives à la construction, à la reconstruction, à la surélévation ou aux travaux prescrits dans le cadre d’une opération de restauration immobilière1. Hors de ces motifs, la triennale est une porte à sens unique : le locataire peut sortir, pas le propriétaire.

Quelques baux échappent à cette architecture — ceux d’une durée supérieure à neuf ans, ceux de locaux construits en vue d’une seule utilisation, ceux de locaux à usage exclusif de bureaux et ceux des locaux de stockage — qui peuvent comporter des stipulations contraires1. Un rez-de-chaussée de commerce de proximité n’en fait partie dans aucun cas.

Combien coûte la reprise du local ?

Beaucoup plus que le coût d’un congé en habitation. Chiffrons-le sur le dossier de Servane.

Le bailleur peut refuser le renouvellement, mais il doit alors payer au locataire évincé une indemnité égale au préjudice causé. Cette indemnité comprend notamment la valeur marchande du fonds de commerce, déterminée suivant les usages de la profession, augmentée éventuellement des frais normaux de déménagement et de réinstallation, ainsi que des frais et droits de mutation à payer pour un fonds de même valeur3 — sauf si le propriétaire prouve que le préjudice est moindre.

La valeur marchande du fonds n’est pas fixée par un barème : elle se détermine selon les usages de la profession concernée, ce qui explique l'écart entre les estimations et la longueur des contentieux. Retenons ici, en hypothèse déclarée, trois années de loyer, soit 52 200 €, augmentées de 8 000 € de déménagement et de réinstallation.

L’indemnité s'établit donc à 60 200 €. Rapportée au prix payé pour le lot, elle représente 35,8 % ; exprimée autrement, elle efface 3,5 années de loyer brut. Un bailleur qui achète un local commercial en imaginant le récupérer dans trois ans pour le transformer en logements devrait faire ce calcul avant de signer, pas après.

Le rendement affiché et le rendement réel

Mettons les deux actifs côte à côte, dans le même immeuble, sur le même horizon.

Le local commercial et le T3 du dessus, même immeuble

Le rendement affiché et le rendement réel — tableau 1
Prix payé168 000 €148 000 €
Loyer annuel17 400 €7 440 €
Rendement brut affiché10,4 %5,0 %
Sur dix ans, avec reprise du local6,8 %5,0 %

Le calcul de la dernière ligne est simple. Sur dix ans, le local rapporte 174 000 € de loyers ; si Servane le reprend au terme pour transformer le rez-de-chaussée, elle en retranche 60 200 € d’indemnité, ce qui laisse 113 800 €, soit un rendement moyen de 6,8 %.

L'écart avec le logement passe donc de 5,3 points à 1,7 point : 67 % du surcroît de rendement disparaît dans l’indemnité. Ce n’est pas un argument contre le commercial, c’est la lecture correcte de ce qu’on achète. Un bailleur qui n’a aucune intention de reprendre le local conserve les 10,4 % ; celui qui achète en pensant à une transformation future paie cette option, et elle n’est pas donnée.

Ce que le bail ne peut pas vous faire rembourser

La liste est fermée depuis 2014, et elle contient des postes que beaucoup de baux anciens transféraient encore.

Ne peuvent être imputés au locataire6 : les dépenses relatives aux grosses réparations de l’article 606 du code civil ainsi que les honoraires liés à ces travaux ; les dépenses de travaux ayant pour objet de remédier à la vétusté ou de mettre en conformité avec la réglementation ; les impôts dont le redevable légal est le bailleur ; les honoraires de gestion des loyers ; et, dans un ensemble comportant plusieurs locataires, les charges relatives aux locaux vacants ou imputables à d’autres locataires.

Sur le lot de Servane, les honoraires de gestion représentent 6 % du loyer, soit 1 044 € par an définitivement à sa charge. Et une quote-part de ravalement estimée à 9 400 € — six mois et demi de loyer — ne sera jamais refacturée, quelle que soit la rédaction du bail.

Ces règles sont issues du décret du 3 novembre 20147, applicable aux contrats conclus ou renouvelés à compter de sa publication. Un bail signé avant peut donc contenir des clauses qui ne seraient plus valables aujourd’hui — et qui redeviendront caduques au premier renouvellement. C’est une vérification à faire lors de l’audit d’acquisition, pas au premier appel de charges.

La taxe foncière est-elle récupérable ?

Oui, contrairement à l’habitation — mais seulement si le bail le prévoit expressément.

Le texte écarte de la liste des charges non imputables la taxe foncière et les taxes additionnelles, ainsi que les impôts et redevances liés à l’usage du local ou à un service dont le locataire bénéficie6. C’est une différence majeure avec le régime des locaux d’habitation, où la taxe foncière reste au propriétaire et où seule la taxe d’enlèvement des ordures ménagères se récupère — sujet que notre guide sur les charges récupérables détaille.

Encore faut-il l’avoir écrit. La possibilité est ouverte par le texte ; elle ne s’exerce que par une clause figurant dans l’inventaire précis et limitatif du bail. Un bail muet laisse la taxe foncière au bailleur, et sur ce lot elle s'élève à 1 320 € par an.

Cumulée aux honoraires de gestion, l’addition d’un bail mal rédigé atteint 2 364 € par an, soit 13,6 % du loyer. Le rendement brut tombe alors de 10,4 % à 8,9 %, et l’avantage sur le logement se réduit à 3,9 points. Notre guide sur la taxe foncière du bailleur rappelle qu’une fois restée à votre charge, cette ligne est au moins déductible.

Le bail dérogatoire, et le mois qui coûte neuf ans

C’est l’erreur la plus coûteuse du sujet, et elle se commet par gentillesse.

Les parties peuvent déroger au statut à la condition que la durée totale du bail ou des baux successifs ne soit pas supérieure à trois ans2. Le plafond est cumulatif : trois baux d’un an consomment la totalité de la faculté, et à l’expiration, les parties ne peuvent plus conclure un nouveau bail dérogatoire pour exploiter le même fonds dans les mêmes locaux.

Vient alors la phrase qui décide de tout. Si, au terme de ce délai et au plus tard à l’issue d’un délai d'un mois à compter de l'échéance, le preneur reste et est laissé en possession, il s’opère un nouveau bail dont l’effet est réglé par les dispositions du présent chapitre2. Autrement dit : un bail commercial de neuf ans, avec droit au renouvellement.

Un bailleur qui laisse son occupant terminer sa saison, ou qui ne trouve pas le temps d'écrire pendant les vacances d'été, transforme donc une convention précaire de trois ans en un engagement de neuf ans assorti d’une indemnité d'éviction de 60 200 € — quarante-deux mois de loyer. Un mois de tolérance, quarante-deux mois de loyer.

Comment le loyer se révise-t-il ?

Pas comme un loyer d’habitation, et le plafonnement joue ici contre le bailleur.

La demande de révision ne peut être formée que trois ans au moins après l’entrée en jouissance du locataire ou après le point de départ du bail renouvelé, et la révision prend effet à la date de la demande4. Elle n’est donc ni annuelle ni automatique : un bailleur qui oublie de la demander ne rattrape rien.

La variation est ensuite plafonnée. À moins que ne soit rapportée la preuve d’une modification matérielle des facteurs locaux de commercialité ayant entraîné par elle-même une variation de plus de 10 % de la valeur locative, la majoration ne peut excéder la variation de l’indice trimestriel des loyers commerciaux ou de celui des loyers des activités tertiaires depuis la dernière fixation4.

Et lorsque cette preuve est rapportée, un second plafond s’applique : la variation ne peut conduire à des augmentations supérieures, pour une année, à 10 % du loyer acquitté au cours de l’année précédente4. Supposons que le quartier se transforme et que la valeur locative du local passe de 1 450 € à 2 100 €, soit 44,8 % de plus. Servane ne peut pas l’appliquer d’un coup : il lui faudra quatre ans pour rejoindre ce niveau, et le manque à gagner cumulé pendant le rattrapage atteint 12 247 €.

L'état des lieux et l’inventaire des charges

Deux documents obligatoires depuis 2014, et deux sanctions bien réelles en cas d’oubli.

Notre guide sur l'état des lieux de sortie décrit la mécanique équivalente en habitation ; ici, elle est à la fois plus formaliste et plus lourde de conséquences.

Un état des lieux est établi lors de la prise de possession des locaux — à la conclusion, à la cession ou au renouvellement du bail — ainsi que lors de leur restitution, contradictoirement et amiablement, ou à défaut par un commissaire de justice à frais partagés par moitié8. La sanction est précise : le bailleur qui n’a pas fait toutes diligences pour le réaliser ne peut plus invoquer la présomption de l’article 1731 du code civil, celle qui fait présumer que le locataire a reçu les lieux en bon état. Autrement dit, il ne pourra rien réclamer au titre des dégradations.

Le second document est l'inventaire précis et limitatif des catégories de charges, impôts, taxes et redevances, avec l’indication de leur répartition, qui donne lieu à un état récapitulatif annuel adressé au locataire5. C’est dans cet inventaire, et nulle part ailleurs, que se joue la récupération de la taxe foncière.

S’y ajoutent deux états de travaux : lors de la conclusion du bail puis tous les trois ans, le bailleur communique un état prévisionnel des travaux envisagés pour les trois années suivantes avec son budget, et un état récapitulatif de ceux réalisés dans les trois années précédentes en précisant leur coût5. Peu de bailleurs particuliers le savent ; c’est pourtant une obligation qui se prépare en même temps que le bail.

Qui fait quoi

Quatre acteurs, et celui qui rédige le bail décide de dix ans de rendement.

Le notaire ou l’avocat rédige le bail et l’inventaire des charges. C’est le seul moment où la répartition se fixe, et une clause absente ne se rattrape pas en cours de bail : sur ce dossier, l’omission de la taxe foncière coûte 1 320 € par an pendant neuf ans. Faire relire un bail existant lors d’une acquisition relève du même réflexe que faire relire un compromis.

Le commissaire de justice établit l'état des lieux lorsque l’amiable échoue, à frais partagés par moitié, et délivre les congés par acte extrajudiciaire. Sur un bail commercial, la forme du congé n’est pas un détail : elle conditionne sa validité.

L'agent immobilier spécialisé en commerce estime la valeur locative et, le cas échéant, la valeur du fonds. Ce sont deux évaluations distinctes, faites selon des méthodes différentes, et c’est la seconde qui déterminera l’indemnité d'éviction.

L'expert-comptable, enfin, traite un point que l’habitation ignore : la question de l’assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée, qui se pose dès lors que le bail est soumis à option ou que le local est loué équipé. Elle change le loyer facturé, la récupération de la taxe sur les travaux, et la présentation du rendement.

Ce qui coûte cher aux bailleurs

Cinq erreurs, et la première se commet au moment de l’offre d’achat.

Acheter un lot commercial en pensant le récupérer. Le refus de renouvellement déclenche une indemnité d'éviction de 60 200 € sur ce dossier, soit 35,8 % du prix payé. Le rendement moyen sur dix ans tombe alors de 10,4 % à 6,8 %.

Laisser un bail dérogatoire déborder d’un mois. Passé ce délai, il s’opère un bail de neuf ans soumis au statut, avec droit au renouvellement et indemnité d'éviction de 60 200 € à la clé. Une lettre recommandée envoyée à temps aurait suffi.

Signer un bail muet sur la taxe foncière. Elle est imputable au locataire, mais seulement si l’inventaire le prévoit. Le silence coûte 1 320 € par an, et 2 364 € une fois cumulé aux honoraires de gestion, soit 13,6 % du loyer.

Oublier l'état des lieux d’entrée. Le bailleur qui n’a pas fait toutes diligences perd la présomption de l’article 1731 du code civil, donc toute réclamation au titre des dégradations. Sur un local exploité neuf ans, la remise en état représente couramment plusieurs mois de loyer, ici 9 400 € pour un ravalement comparable.

Ne pas demander la révision triennale. Elle n’est ni automatique ni rétroactive : elle prend effet à la date de la demande. Un quartier qui se transforme sans que le loyer suive laisse 12 247 € sur la table pendant le rattrapage.

Que vérifier avant d’acheter un lot commercial ?

Sept vérifications, et les trois premières se font avant même de faire une offre.

Une remarque pour finir sur la nature de ce sujet. Le local commercial est présenté comme le complément malin d’un immeuble de rapport : plus de rendement, moins de rotation, un locataire professionnel. Les trois affirmations sont exactes. Ce qu’elles ne disent pas, c’est que l'écart de rendement rémunère un droit que le locataire détient sur votre bien, et que ce droit a un prix connu, chiffrable, qui se paie le jour où vous voulez disposer de votre local.

Ce qui reste, une fois cette symétrie comprise, tient en une question posée avant l’offre. Comptez-vous garder ce commerce ? Si oui, les 10,4 % sont réels. Si non, il faut lire 6,8 %.

LE BAIL SE LIT AVANT LE LOYER

Un lot commercial s'audite comme un actif à part

Sa durée, son indexation et sa sortie n'ont rien à voir avec celles des logements du dessus. Une clause absente ne se rattrape pas en cours de bail.

  • Vos échéances triennales et le terme des neuf ans datés
  • Votre inventaire des charges vérifié ligne à ligne
  • Votre indemnité d'éviction chiffrée en hypothèse haute
Questions fréquentes

Questions fréquentes

Douze réponses directes sur la durée de neuf ans, l'indemnité d'éviction, les charges non imputables, le bail dérogatoire et la révision triennale.

Un immeuble avec un commerce au rez-de-chaussée ?

Apportez le bail, l'inventaire des charges et le dernier état des lieux. L'échange ne remplace pas une consultation juridique.

Faire le point sur votre dossier

01 · La durée

  • 01Quelle est la durée minimale d'un bail commercial ?
    Neuf ans. Le code de commerce prévoit que la durée du contrat de location ne peut être inférieure à neuf ans, et le preneur a la faculté de donner congé à l'expiration de chaque période triennale, au moins six mois à l'avance, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par acte extrajudiciaire. Quelques catégories peuvent y déroger par des stipulations contraires : les baux d'une durée supérieure à neuf ans, ceux de locaux construits en vue d'une seule utilisation, ceux à usage exclusif de bureaux et ceux des locaux de stockage. Un rez-de-chaussée de commerce de proximité n'en fait partie dans aucun cas.
  • 02Le bailleur peut-il donner congé à l'échéance triennale ?
    Seulement dans des cas limités, et c'est le point que les acheteurs comprennent le plus tard. Le bailleur dispose de la même faculté que le preneur, mais il ne peut l'exercer que s'il entend invoquer les dispositions relatives à la construction, à la reconstruction, à la surélévation ou aux travaux prescrits dans le cadre d'une opération de restauration immobilière. Hors de ces motifs, la triennale est une porte à sens unique : le locataire peut sortir, le propriétaire non.

02 · La sortie

  • 03Combien coûte le refus de renouvellement d'un bail commercial ?
    Le bailleur peut refuser, mais il doit alors payer au locataire évincé une indemnité d'éviction égale au préjudice causé. Cette indemnité comprend notamment la valeur marchande du fonds de commerce, déterminée suivant les usages de la profession, augmentée éventuellement des frais normaux de déménagement et de réinstallation ainsi que des frais et droits de mutation pour un fonds de même valeur — sauf si le propriétaire prouve que le préjudice est moindre. Sur le dossier décrit, en retenant trois années de loyer pour le fonds et 8 000 € de réinstallation, l'indemnité atteint 60 200 €, soit 35,8 % du prix payé pour le lot et 3,5 années de loyer brut.
  • 04Le rendement d'un local commercial est-il vraiment supérieur ?
    Oui tant qu'on garde le local, beaucoup moins si l'on compte le reprendre. Sur le dossier décrit, le local affiche 10,4 % de rendement brut contre 5,0 % pour un logement de surface comparable dans le même immeuble. Mais si le bailleur reprend le local au bout de dix ans, il retranche 60 200 € d'indemnité des 174 000 € de loyers encaissés : le rendement moyen tombe à 6,8 %, et l'écart avec le logement se réduit de 5,3 à 1,7 point. Soixante-sept pour cent du surcroît de rendement disparaît. L'écart de rendement rémunère un droit que le locataire détient sur le bien.

03 · Les charges

  • 05Quelles charges ne peuvent pas être refacturées au locataire ?
    La liste est fermée depuis le décret du 3 novembre 2014. Ne peuvent être imputés au locataire : les dépenses relatives aux grosses réparations de l'article 606 du code civil et les honoraires liés à ces travaux ; les dépenses de travaux visant à remédier à la vétusté ou à mettre en conformité avec la réglementation ; les impôts dont le redevable légal est le bailleur ; les honoraires de gestion des loyers ; et, dans un ensemble à plusieurs locataires, les charges des locaux vacants ou imputables à d'autres locataires. Sur le dossier décrit, les seuls honoraires de gestion représentent 1 044 € par an définitivement à la charge du bailleur.
  • 06La taxe foncière est-elle récupérable sur le locataire commercial ?
    Oui, contrairement à l'habitation, mais seulement si le bail le prévoit. Le texte écarte expressément de la liste des charges non imputables la taxe foncière et les taxes additionnelles, ainsi que les impôts et redevances liés à l'usage du local ou à un service dont le locataire bénéficie. La possibilité est ouverte par la loi ; elle ne s'exerce que par une clause figurant dans l'inventaire précis et limitatif du bail. Un bail muet laisse la taxe foncière au bailleur — 1 320 € par an sur le dossier décrit, soit 2 364 € une fois cumulés aux honoraires de gestion, et un rendement brut qui tombe de 10,4 % à 8,9 %.

04 · En pratique

  • 07Quelle est la durée maximale d'un bail dérogatoire ?
    Trois ans, appréciés cumulativement. Les parties peuvent déroger au statut à la condition que la durée totale du bail ou des baux successifs ne soit pas supérieure à trois ans : trois baux d'un an consomment donc la totalité de la faculté, et à l'expiration, les parties ne peuvent plus conclure un nouveau bail dérogatoire pour exploiter le même fonds dans les mêmes locaux.
  • 08Que se passe-t-il si le locataire reste après un bail dérogatoire ?
    C'est l'erreur la plus coûteuse du sujet, et elle se commet par gentillesse. Si, au terme des trois ans et au plus tard à l'issue d'un délai d'un mois à compter de l'échéance, le preneur reste et est laissé en possession, il s'opère un nouveau bail soumis au statut des baux commerciaux — donc neuf ans, droit au renouvellement et indemnité d'éviction. Sur le dossier décrit, un mois de tolérance transforme une convention précaire en un engagement assorti de 60 200 € d'indemnité potentielle, soit quarante-deux mois de loyer.
  • 09Comment le loyer d'un bail commercial se révise-t-il ?
    Par une révision triennale qui n'est ni automatique ni rétroactive. La demande ne peut être formée que trois ans au moins après l'entrée en jouissance du locataire ou après le point de départ du bail renouvelé, et la révision prend effet à la date de la demande : un bailleur qui oublie de la demander ne rattrape rien. La variation est ensuite plafonnée à celle de l'indice trimestriel des loyers commerciaux ou de l'indice des loyers des activités tertiaires, sauf preuve d'une modification matérielle des facteurs locaux de commercialité ayant entraîné une variation de plus de 10 % de la valeur locative.
  • 10Peut-on rattraper d'un coup un loyer très inférieur au marché ?
    Non, un second plafond s'y oppose. Même lorsque la preuve d'une modification matérielle des facteurs locaux de commercialité est rapportée, la variation ne peut conduire à des augmentations supérieures, pour une année, à 10 % du loyer acquitté au cours de l'année précédente. Si la valeur locative passe de 1 450 € à 2 100 €, soit 44,8 % de plus, il faut quatre ans pour la rejoindre, et le manque à gagner cumulé pendant le rattrapage atteint 12 247 €.
  • 11L'état des lieux est-il obligatoire en bail commercial ?
    Oui, depuis 2014, à l'entrée comme à la sortie. Un état des lieux est établi lors de la prise de possession des locaux — à la conclusion, à la cession ou au renouvellement du bail — ainsi que lors de leur restitution, contradictoirement et amiablement par les parties ou par un tiers mandaté par elles, ou à défaut par un commissaire de justice à frais partagés par moitié. La sanction est précise : le bailleur qui n'a pas fait toutes diligences pour le réaliser ne peut plus invoquer la présomption de l'article 1731 du code civil, et ne pourra donc rien réclamer au titre des dégradations.
  • 12Quels documents le bailleur doit-il remettre au locataire ?
    Trois, en plus du bail lui-même. Un inventaire précis et limitatif des catégories de charges, impôts, taxes et redevances, avec l'indication de leur répartition, donnant lieu à un état récapitulatif annuel. Un état prévisionnel des travaux envisagés pour les trois années suivantes, assorti d'un budget, communiqué à la conclusion du bail puis tous les trois ans. Et un état récapitulatif des travaux réalisés dans les trois années précédentes, précisant leur coût. Peu de bailleurs particuliers le savent ; l'absence de ces états est aussi, pour un acquéreur, un signal sur la tenue du dossier.

Un actif à part. Pas un lot de plus.

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Pas une consultation juridiqueTextes relus en vigueur, décret de 2014 inclusPrix, loyer et valeur du fonds déclarés en hypothèse

Sources et date de contrôle

  • Source 01

    Article L. 145-4 du code de commerce — la durée et les résiliations triennales — Légifrance. « La durée du contrat de location ne peut être inférieure à neuf ans. » Le preneur a la faculté de donner congé à l'expiration d'une période triennale, au moins six mois à l'avance, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par acte extrajudiciaire. Le bailleur a la même faculté s'il entend invoquer les dispositions des articles L. 145-18, L. 145-21, L. 145-23-1 et L. 145-24 — construire, reconstruire, surélever, ou exécuter des travaux prescrits dans le cadre d'une opération de restauration immobilière. Les baux d'une durée supérieure à neuf ans, ceux de locaux construits en vue d'une seule utilisation, ceux de locaux à usage exclusif de bureaux et ceux des locaux de stockage peuvent comporter des stipulations contraires. Version en vigueur depuis le 25 novembre 2018, modifiée par la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018, article 28. Consulté le 2026-08-25.

  • Source 02

    Article L. 145-5 du code de commerce — le bail dérogatoire — Légifrance. Les parties peuvent déroger au statut « à la condition que la durée totale du bail ou des baux successifs ne soit pas supérieure à trois ans ». À l'expiration de cette durée, les parties ne peuvent plus conclure un nouveau bail dérogatoire pour exploiter le même fonds dans les mêmes locaux. Si, au terme de ce délai et au plus tard à l'issue d'un délai d'un mois à compter de l'échéance, le preneur reste et est laissé en possession, « il s'opère un nouveau bail dont l'effet est réglé par les dispositions du présent chapitre ». Version en vigueur au 11 octobre 2019. Consulté le 2026-08-25.

  • Source 03

    Article L. 145-14 du code de commerce — l'indemnité d'éviction — Légifrance. Le bailleur peut refuser le renouvellement du bail, mais il doit alors, sauf dans les cas prévus aux articles L. 145-17 et suivants, payer au locataire évincé une indemnité d'éviction égale au préjudice causé par le défaut de renouvellement. « Cette indemnité comprend notamment la valeur marchande du fonds de commerce, déterminée suivant les usages de la profession, augmentée éventuellement des frais normaux de déménagement et de réinstallation, ainsi que des frais et droits de mutation à payer pour un fonds de même valeur, sauf dans le cas où le propriétaire fait la preuve que le préjudice est moindre. » Consulté le 2026-08-25.

  • Source 04

    Article L. 145-38 du code de commerce — la révision triennale du loyer — Légifrance. La demande de révision ne peut être formée que trois ans au moins après la date d'entrée en jouissance du locataire ou après le point de départ du bail renouvelé, et la révision prend effet à compter de la date de la demande. À moins que ne soit rapportée la preuve d'une modification matérielle des facteurs locaux de commercialité ayant entraîné par elle-même une variation de plus de 10 % de la valeur locative, la majoration ou la diminution de loyer ne peut excéder la variation de l'indice trimestriel des loyers commerciaux ou de l'indice trimestriel des loyers des activités tertiaires intervenue depuis la dernière fixation amiable ou judiciaire. Lorsque cette preuve est rapportée, la variation ne peut conduire à des augmentations supérieures, pour une année, à 10 % du loyer acquitté au cours de l'année précédente. Version issue de la loi n° 2014-626 du 18 juin 2014. Consulté le 2026-08-25.

  • Source 05

    Article L. 145-40-2 du code de commerce — l'inventaire des charges et les états de travaux — Légifrance. Tout contrat de location comporte un inventaire précis et limitatif des catégories de charges, impôts, taxes et redevances liés à ce bail, comportant l'indication de leur répartition entre le bailleur et le locataire ; cet inventaire donne lieu à un état récapitulatif annuel adressé par le bailleur au locataire. En cours de bail, le bailleur informe le locataire des charges, impôts, taxes et redevances nouveaux. Lors de la conclusion du contrat, puis tous les trois ans, le bailleur communique un état prévisionnel des travaux qu'il envisage de réaliser dans les trois années suivantes, assorti d'un budget prévisionnel, ainsi qu'un état récapitulatif des travaux réalisés dans les trois années précédentes, précisant leur coût. Consulté le 2026-08-25.

  • Source 06

    Article R. 145-35 du code de commerce — les charges non imputables au locataire — Légifrance. Ne peuvent être imputés au locataire : 1° les dépenses relatives aux grosses réparations mentionnées à l'article 606 du code civil ainsi que, le cas échéant, les honoraires liés à la réalisation de ces travaux ; 2° les dépenses relatives aux travaux ayant pour objet de remédier à la vétusté ou de mettre en conformité avec la réglementation le bien loué ou l'immeuble dans lequel il se trouve ; 3° les impôts, notamment la contribution économique territoriale, taxes et redevances dont le redevable légal est le bailleur — étant précisé que peuvent être imputés au locataire la taxe foncière et les taxes additionnelles, ainsi que les impôts, taxes et redevances liés à l'usage du local ou à un service dont le locataire bénéficie directement ou indirectement ; 4° les honoraires du bailleur liés à la gestion des loyers ; 5° dans un ensemble immobilier comportant plusieurs locataires, les charges relatives aux locaux vacants ou imputables à d'autres locataires. Article créé par le décret n° 2014-1317 du 3 novembre 2014, applicable aux contrats conclus ou renouvelés à compter de sa publication. Consulté le 2026-08-25.

  • Source 07

    Décret n° 2014-1317 du 3 novembre 2014 relatif au bail commercial — Légifrance. Le décret pris pour l'application de la loi n° 2014-626 du 18 juin 2014 précise les charges, impôts, taxes et redevances qui ne peuvent être imputés au locataire en raison de leur nature, ainsi que les modalités d'information du locataire sur les états prévisionnel et récapitulatif de travaux. Ses dispositions s'appliquent aux contrats conclus ou renouvelés à compter de sa publication. Consulté le 2026-08-25.

  • Source 08

    Article L. 145-40-1 du code de commerce — l'état des lieux — Légifrance. Lors de la prise de possession des locaux par le locataire en cas de conclusion, de cession ou de renouvellement du bail, ainsi que lors de leur restitution, un état des lieux est établi contradictoirement et amiablement par le bailleur et le locataire ou par un tiers mandaté par eux ; à défaut, il est établi par un commissaire de justice à l'initiative de la partie la plus diligente, à frais partagés par moitié. Le bailleur qui n'a pas fait toutes diligences pour la réalisation de l'état des lieux ne peut invoquer la présomption de l'article 1731 du code civil. Article créé par la loi n° 2014-626 du 18 juin 2014, en vigueur au 20 juin 2014. Consulté le 2026-08-25.

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<pTransparence. Hagnéré Investissement commercialise un accompagnement en investissement locatif, et perçoit des honoraires si vous faites appel à nous. Ce guide donne la méthode complète, y compris pour un investisseur qui conduit seul son acquisition. Les textes cités le sont dans leur rédaction en vigueur ; le prix, le loyer, la valeur retenue pour le fonds de commerce, les charges et la valeur locative future sont des hypothèses déclarées et se recalculent sur votre dossier. La valeur marchande d’un fonds se détermine selon les usages de la profession concernée et relève d’une expertise. Ce guide n’est pas une consultation juridique.</p