Cash flow locatif : ce qu'il faut tester, et ce qui ne sert à rien
La plupart des stress tests immobiliers testent une hausse des taux. Sur un prêt français à taux fixe, cela ne veut rien dire : une fois l’offre signée, le taux ne bouge plus. Les risques qui font réellement tomber une opération sont ailleurs, et ils se mesurent — vacance, impayé, revente forcée.
AVANT DE SIGNER L’OFFRE DE PRÊT
La bonne question n’est pas « serai-je positif »
Un dossier à 8,20 % brut — ce que tout le monde qualifierait de bon — demande 220 € par mois de complément. La question utile est jusqu’où ce complément peut monter avant de dépasser ce que vous pouvez verser.
- Le rendement brut d’équilibre, calculé
- Les deux points de rupture chiffrés
- La réserve à constituer avant de signer
- Ce que coûte une revente à trois ans
ÉQUILIBRE À PARTIR DE
11,43 %
DOSSIER TESTÉ
8,20 %
COMPLÉMENT MENSUEL
220 €
SCÉNARIO COMBINÉ
376 €
RUPTURE — VACANCE
3,2 mois
RUPTURE — LOYER
−23,2 %
Écrit par
Fondateur de Hagnéré Investissement
Guide général et national — aucune recommandation personnalisée
La réponse en trente secondes. Un investissement financé à 100 % sur vingt ans à 3,60 % n’atteint l'équilibre de trésorerie qu'à partir de 11,43 % de rendement brut. En dessous, vous complétez chaque mois, et ce n’est pas une anomalie : c’est le cas de la quasi-totalité des dossiers. La bonne question n’est donc pas « serai-je positif » mais « jusqu’où ce complément peut-il monter avant de dépasser ce que je peux verser ».
Sur le dossier qui sert de fil rouge — 8,20 % brut, ce que tout le monde qualifierait de bon — le complément est de 220 € par mois. Il passe à 376 € dans le scénario combiné, ce qui dépasse la capacité d'épargne déclarée. Les points de rupture arrivent à 3,2 mois de vacance par an, ou à 23,2 % de baisse du loyer.
Le vrai danger n’est pas le mois difficile, c’est la revente contrainte. À trois ans, il faut revendre 109 206 € pour ne rien perdre — soit 16,6 % au-dessus d’un prix de revient de 93 649 €. En dessous, la vente ne couvre pas le capital restant dû.
Un stress test n’est pas une prévision. Il ne dit pas ce qui va arriver : il dit à partir de quelle valeur d’une variable vous ne tenez plus. C’est une recherche de seuils, pas une projection, et cette différence change complètement la manière de le construire.
Le fil rouge de ce guide. Nous suivrons Amélie, 36 ans, orthophoniste libérale à Besançon, revenus irréguliers et capacité d'épargne déclarée de 350 € par mois. Elle achète un T3 de 65 m² à Montbéliard : 58 000 € de prix, 5 149 € de frais d’acquisition calculés poste par poste plutôt que forfaitisés7, 26 000 € de travaux et 4 500 € de mobilier, loué 640 € hors charges — un loyer cohérent avec la référence publique de la commune, qui situe l’appartement à 10,41 € du mètre carré charges comprises5 — et financé à 100 % sur vingt ans. Exemple construit à partir des fourchettes de marché citées dans ce guide — ce n’est pas un dossier client.
Que teste-t-on vraiment dans un stress test ?
Commençons par ce qu’il ne faut pas tester, parce que c’est le premier réflexe et qu’il est faux.
Le crédit immobilier français est massivement à taux fixe. Une fois l’offre de prêt acceptée, la mensualité est connue pour toute la durée, et aucune remontée des taux directeurs ne la modifiera. Tester « et si les taux montent de deux points » sur un prêt déjà signé revient à tester la météo de l’an dernier. Le risque de taux existe bel et bien, mais il se situe avant la signature : entre l’offre d’achat et l'édition de l’offre de prêt, une hausse déplace votre capacité d’emprunt et donc le prix maximal que vous pouvez payer — question traitée dans notre guide du prix maximal à partir d’un rendement cible.
Ce qui se teste, en revanche, tient en cinq variables. Le loyer réellement encaissé. Le temps sans locataire. Les charges que vous ne maîtrisez pas — taxe foncière, appels de fonds votés par la copropriété. L’impayé. Et la valeur de revente, qui décide de tout si vous devez sortir tôt.
Pour chacune, on ne cherche pas « ce qui se passe si ça baisse de 10 % ». On cherche la valeur exacte à laquelle vous décrochez. C’est ce qu’on appelle un point de rupture, et c’est la seule sortie utile d’un stress test.
Pourquoi votre trésorerie est négative, et pourquoi ce n’est pas une anomalie
Le dossier d’Amélie coûte 93 649 € tout compris et rapporte 7 680 € de loyer annuel : 8,20 % brut. Un bon chiffre, sur le papier.
Faisons le compte réel. Avec 5 % de vacance, elle encaisse 7 296 €. Elle en retire 900 € de taxe foncière, 130 € d’assurance propriétaire non occupant, 584 € d’honoraires de gestion, soit 8 % toutes taxes comprises des loyers encaissés6, 480 € de charges de copropriété non récupérables, 550 € d’entretien provisionné et 400 € d’expert-comptable, soit 3 044 € de charges. Son annuité, assurance emprunteur comprise, coûte 6 894 €. Il manque donc 2 642 € par an, soit 220 € par mois.
Ce n’est pas un accident de dossier. C’est la structure du financement à 100 % en France, et elle se calcule.
Le rendement brut qu’il faut atteindre pour ne rien compléter chaque mois
| Durée et taux | Loyer d'équilibre | Rendement brut correspondant |
|---|---|---|
| 20 ans à 3,60 % | 892 €/mois | 11,43 % |
| 25 ans à 3,60 % | 807 €/mois | 10,34 % |
| 20 ans à 4,50 % | 943 €/mois | 12,08 % |
| 25 ans à 3,00 % | 773 €/mois | 9,91 % |
Dix à douze pour cent de rendement brut. Voilà le ticket d’entrée de la trésorerie positive quand on emprunte la totalité, et il place hors d’atteinte la quasi-totalité des marchés français. Allonger la durée est le seul levier vraiment efficace : passer de vingt à vingt-cinq ans abaisse le seuil d’un point entier.
Reste que compléter n’est pas perdre, et c’est le contrepoids indispensable de tout ce qui précède. La mensualité d’Amélie rembourse du capital : 3 257 € dès la première année, 4 502 € à la dixième. Son enrichissement annuel — trésorerie plus capital remboursé — vaut donc +616 € dès l’année une, et 1 860 € à la dixième. Elle sort 220 € par mois de sa poche et s’enrichit quand même. Cette distinction est développée dans notre guide du calcul de cash-flow.
Un dernier élément joue en sens inverse, et il est systématiquement surestimé. Le loyer se révise chaque année sur l’indice de référence des loyers, tandis que la mensualité, elle, ne bouge jamais. L'écart se referme donc tout seul, année après année. Reste à savoir à quelle vitesse.
Avec une indexation de 1,5 % par an, le loyer d’Amélie passe de 640 à 743 € au bout de dix ans et son complément tombe de 2 642 à 1 564 € — il ne s’annule qu'à la vingt-troisième année. À 2 % par an, l'équilibre arrive à la dix-septième. Autrement dit, l’indexation est réelle, elle est lente, et elle ne sauve aucun dossier à horizon de cinq ou dix ans. Compter dessus pour absorber un complément trop lourd revient à reporter le problème d’une décennie et demie.
À partir de quel choc l’opération décroche-t-elle ?
Amélie peut verser 350 € par mois, soit 4 200 € par an. C’est contre cette limite, et non contre zéro, que les seuils se calculent. Un stress test qui mesure le passage sous zéro se déclenche dès le premier jour et ne sert à rien.
Ce que coûte chaque choc, et la valeur à laquelle Amélie décroche
| Choc | Complément annuel | Point de rupture |
|---|---|---|
| Référence, 5 % de vacance | 2 642 € | — |
| Vacance portée à 10 % | 2 995 € | rupture à 27,1 %, soit 3,2 mois par an |
| Loyer révisé de 50 € à la baisse | 3 166 € | rupture à 491 €, soit − 23,2 % |
| Taxe foncière + 20 % | 2 822 € | rupture à 2 458 €, soit + 173 % |
| 400 € de charges votées en assemblée | 3 042 € | rupture à + 1 558 € par an |
| Trois mois d’impayé non couverts | 4 320 € | — |
Ce tableau hiérarchise les risques, et le classement surprend. La taxe foncière devrait tripler pour faire décrocher Amélie : c’est le risque dont tout le monde parle et il n’en est pas un, malgré une revalorisation automatique des bases indexée sur les prix — 0,8 % en 20261. Le vote d’un ravalement en assemblée générale devrait dépasser 1 558 € par an, ce qui suppose une opération très lourde.
En revanche, trois mois sans locataire par an suffisent, et un impayé de trois mois coûte à lui seul 1 678 € — davantage que tous les autres chocs réunis. Ce sont les deux seuls risques qui méritent une couverture : une garantie contre les loyers impayés se situe entre 2 et 4 % du loyer charges comprises, soit 15 à 30 € par mois ici, à mettre en face d’un sinistre qui coûte plus de mille euros.
Le point de vigilance. Une garantie loyers impayés impose des conditions de solvabilité au locataire — souvent un revenu égal à trois fois le loyer et un contrat stable. Vérifiez ces critères avant de choisir votre locataire, pas après : un dossier accepté par vous mais refusé par l’assureur vous laisse sans couverture pour toute la durée du bail.
Combien faut-il garder de côté ?
Empilons maintenant les chocs, sans les compter deux fois. Deux mois sans locataire, un loyer révisé 50 € plus bas, une taxe foncière en hausse de 20 % et 400 € de charges votées en assemblée : le complément passe de 2 642 à 4 506 € par an, soit 376 € par mois.
Amélie peut en verser 350. Elle est donc en dépassement de 306 € sur l’année — pas dramatique isolément, mais le scénario combiné ne dure jamais un an tout rond. Sur deux ans, il réclame 9 012 €. Sur trois, 13 517 €.
La réserve ne se fixe donc pas au doigt mouillé. Elle vaut le complément du scénario combiné multiplié par le nombre d’années pendant lesquelles vous voulez pouvoir tenir sans rien changer. Deux ans est un minimum défendable, ce qui donne ici 9 012 € — soit près de dix mensualités, et une somme du même ordre que le budget mobilier de l’opération.
Avant même la réserve vient une autre somme, que les tableurs oublient presque toujours : les mensualités qui courent pendant le chantier, avant le premier loyer. Le prêt se débloque à la signature de l’acte, la première échéance tombe le mois suivant, et le logement n’est pas louable. Quatre mois de travaux coûtent ainsi 2 298 € de mensualités à porter seul, six mois 3 447 €, huit mois 4 596 €. Sur un chantier de rénovation complète d’un T3, six mois est l’hypothèse raisonnable — et c’est un tiers de la réserve à trouver avant même d’avoir un locataire.
Un mot sur ce que cette réserve n’est pas. Elle n’est pas l’apport, elle n’est pas la trésorerie de démarrage qui couvre les mensualités pendant le chantier, et elle ne se confond avec aucune des deux. Les trois se cumulent, et notre guide des frais qu’on oublie de compter détaille les postes qui viennent s’y ajouter.
Et s’il faut vendre au bout de trois ans ?
Divorce, mutation, coup dur professionnel. C’est le scénario que personne ne teste, et c’est de loin le plus coûteux.
Après trente-six mensualités, Amélie a remboursé 10 134 € de capital : il lui reste 83 515 € à devoir. Elle a versé, dans le même temps, 7 925 € de compléments. Et elle a pratiqué 13 939 € d’amortissements, qui viennent minorer son prix d’acquisition dans le calcul de la plus-value depuis février 20252.
Revendre au prix de revient laisse encore une perte
| Ligne | Montant |
|---|---|
| Prix de revente, égal au prix de revient | 93 649 € |
| Honoraires d’agence, 5 % | − 4 682 € |
| Capital restant dû | − 83 515 € |
| Plus-value imposable, amortissements réintégrés | 18 439 € |
| Impôt sur le revenu 19 % et prélèvements sociaux 17,2 %3 | − 6 675 € |
| Net vendeur | − 1 223 € |
| Compléments déjà versés sur trois ans | − 7 925 € |
| Position réelle | − 9 148 € |
Arrêtez-vous sur la quatrième ligne. Amélie revend exactement ce que son opération lui a coûté, sans le moindre gain, et l’administration constate pourtant une plus-value de 18 439 €. La mécanique est simple une fois qu’on la voit : les amortissements pratiqués sont retranchés du prix d’acquisition, si bien que le seuil au-delà duquel l’impôt apparaît descend à 75 210 €, soit 17 210 € seulement au-dessus du prix d’achat. Le fonctionnement se lit directement sur le tableau d’amortissement, où le cumul pratiqué apparaît ligne par ligne. Pour situer ce résultat parmi les autres indicateurs, notre comparatif entre rendement, cash-flow et taux interne montre lequel piloter.
Le chiffre à retenir est ailleurs, et c’est le plus utile de tout ce guide. Pour ne rien perdre à trois ans, Amélie doit revendre 109 206 € — 16,6 % au-dessus de son prix de revient, et 88 % au-dessus de son prix d’achat. Les frais d’acquisition, les honoraires d’agence et l’impôt ne se rattrapent pas en trois ans de remboursement de capital. Un investissement locatif se juge sur huit à dix ans minimum, et cette phrase n’est pas une précaution de style : c’est ce que dit l’arithmétique.
Ce que les stress tests oublient de tester
Quatre angles morts reviennent dans presque tous les tableurs qu’on nous soumet.
La vacance qui coûte plus que les mois perdus. Un logement qui se reloue demande une remise en état, une annonce, des visites, parfois un rafraîchissement de peinture, et le gestionnaire facture des honoraires de première mise en location — souvent un mois de loyer. Le tableur ne compte que les loyers manquants.
Deux mois de vacance coûtent en réalité 1 280 € de loyer, plus 640 € d’honoraires de relocation, plus 400 à 800 € de remise en état, soit près de 2 500 € au lieu des 1 280 € modélisés. Le double, et l'écart est structurel.
L’impayé qui ne s’arrête pas au loyer. Un locataire qui ne paie plus continue d’occuper le logement pendant toute la procédure, et celle-ci se compte en mois. Il faut un commandement de payer délivré par un commissaire de justice, une audience, puis un délai d’exécution.
Sur ce dossier, six mois d’impayé représentent 3 840 € de loyer, auxquels s’ajoutent environ 1 200 € de frais de procédure non toujours recouvrables. Le tableur qui modélise « trois mois de loyer perdu » sous-estime la réalité d’un facteur trois. C’est aussi ce qui rend une garantie contre les impayés rentable, alors que son coût brut paraît élevé.
Les travaux votés que le vendeur connaissait. Un ravalement, une réfection de toiture ou une mise aux normes d’ascenseur se votent en assemblée générale bien avant d'être appelés. Le procès-verbal existe, il est communicable, et il engage l’acquéreur selon la date d’exigibilité des appels de fonds.
Une quote-part de ravalement sur un immeuble de vingt lots atteint couramment 3 000 à 6 000 €, soit un à deux ans de complément d’Amélie d’un seul coup. Réclamez les trois derniers procès-verbaux au syndic avant l’offre — c’est la pièce la plus rentable de tout le dossier.
Le calendrier énergétique, qui ne se négocie avec personne. Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G ne peut plus être loué en métropole ; les logements classés F suivront au 1er janvier 2028 et les logements classés E au 1er janvier 2034, en application de la loi Climat et résilience4.
Un bien classé E aujourd’hui n’est donc pas un bien à risque modéré, c’est un bien avec une date d’expiration inscrite au calendrier, et la conséquence n’est pas une baisse de loyer mais son arrêt complet : 7 680 € de recettes annuelles qui tombent à zéro tant que les travaux ne sont pas faits. Un second effet s’ajoute depuis le 1er janvier 2026, puisque les copropriétés de moins de cinquante lots doivent désormais faire réaliser un diagnostic de performance énergétique collectif, lequel alimente le plan pluriannuel de travaux et donc les appels de fonds à venir. Demandez la classe énergétique avant de faire une offre, et traitez toute lettre au-delà de D comme un chantier à budgéter, pas comme un détail de diagnostic.
Ce que le test doit changer dans votre décision
Un stress test ne se conclut pas par un score. Il se conclut par une décision, et il y en a trois.
- Acheter avec la réserve constituée. Si le scénario combiné reste sous votre capacité d'épargne et que vous disposez de deux ans de complément dégradé en réserve, l’opération tient. C’est le cas d’Amélie à 306 € près, ce qui veut dire qu’elle doit constituer les 9 012 € avant de signer, pas après.
- Négocier davantage. Chaque millier d’euros retiré du prix baisse la mensualité de 6,68 €, frais d’acquisition compris, et le complément d’autant. Retrouver 306 € par an suppose donc d’obtenir 3 818 € de plus sur le prix, ce qui est faisable sur ce marché.
- Renoncer. Si le scénario combiné dépasse durablement votre capacité et que la réserve n’existe pas, aucun montage ne rattrape cela. Nous refusons régulièrement des dossiers pour cette raison, et c’est le seul moment où notre intérêt commercial et celui du client divergent franchement : nous avons intérêt à ce que la vente se fasse, le client a intérêt à ce qu’elle ne se fasse pas.
Une dernière chose. Un stress test se refait, il ne se fait pas une fois. Chaque assemblée générale, chaque avis de taxe foncière, chaque relocation modifie une des cinq variables. Le tableur qui a servi à décider doit rester ouvert, pas être archivé le jour de la signature.
Un test utile part de votre capacité d’épargne, pas d’un taux
Mensualité, loyer, charges réelles, capacité d’épargne mensuelle et réserve disponible : cinq chiffres suffisent à situer vos points de rupture.
- Votre rendement brut d’équilibre
- Le nombre de mois de vacance supportable
- La baisse de loyer que le dossier encaisse
Questions fréquentes
Huit réponses directes sur l’équilibre de trésorerie, le cash-flow négatif, la réserve à prévoir, la revente anticipée et l’effet de l’indexation.
Vous voulez tester votre propre dossier ?
Apportez le tableau d’amortissement, le loyer et vos charges réelles. L’échange ne garantit ni rendement, ni délai de relocation, ni prix de revente.
Tester votre dossier01 · Ce qu’on teste
01Qu'est-ce qu'un stress test pour un investissement locatif ?
C'est une recherche de seuils, pas une prévision. Au lieu de demander « que se passe-t-il si le loyer baisse de 10 % », on cherche la valeur exacte de chaque variable à laquelle l'opération cesse d'être tenable. Sur un dossier financé à 100 % avec une capacité d'épargne de 350 € par mois, le décrochage arrive à 3,2 mois de vacance annuelle ou à 23,2 % de baisse du loyer. Ces deux chiffres sont utiles ; une projection à trois colonnes ne l'est pas.02Faut-il tester une hausse des taux sur un investissement locatif ?
Pas après la signature. Le crédit immobilier français est massivement à taux fixe : une fois l'offre de prêt acceptée, la mensualité est connue pour toute la durée et aucune remontée des taux ne la modifie. Le risque de taux existe uniquement avant, entre l'offre d'achat et l'édition de l'offre de prêt, où il déplace la capacité d'emprunt et donc le prix maximal payable. Les stress tests qui testent une hausse de taux sur un prêt signé recopient un modèle anglo-saxon sans objet en France.
02 · Trésorerie et équilibre
03À partir de quel rendement un investissement locatif est-il à l'équilibre de trésorerie ?
Autour de 11,4 % de rendement brut pour un financement à 100 % sur vingt ans à 3,60 %, assurance emprunteur comprise. Sur vingt-cinq ans, le seuil descend à 10,3 % ; à 4,50 % sur vingt ans, il monte à 12,1 %. Autrement dit, la quasi-totalité des dossiers français exigent un complément mensuel, et ce n'est pas une anomalie. Allonger la durée est le levier le plus efficace : cinq années de plus valent un point entier de rendement.04Un cash-flow négatif signifie-t-il que l'investissement est mauvais ?
Non, à condition de mesurer l'enrichissement et pas seulement la trésorerie. Sur un dossier à 8,20 % brut qui coûte 220 € par mois, la mensualité rembourse 3 257 € de capital dès la première année et 4 502 € à la dixième : l'enrichissement annuel ressort à + 616 € dès l'année une, puis 1 860 € à la dixième. L'investisseur sort de l'argent chaque mois et s'enrichit quand même. Ce qui décide, c'est la capacité à verser le complément sans se mettre en difficulté.05Quelle réserve de trésorerie prévoir pour un investissement locatif ?
Le complément du scénario combiné multiplié par le nombre d'années que l'on veut pouvoir tenir sans rien changer. Sur ce dossier, un scénario cumulant deux mois de vacance, un loyer révisé de 50 € à la baisse, une taxe foncière en hausse de 20 % et 400 € de charges votées porte le complément à 4 506 € par an. Deux ans de couverture demandent donc 9 012 €. Cette réserve ne se confond ni avec l'apport, ni avec la trésorerie de démarrage qui couvre les mensualités pendant le chantier.
03 · Revente et plus-value
06Combien perd-on en revendant un investissement locatif au bout de trois ans ?
Sur ce dossier, environ 9 148 € même en revendant au prix de revient, une fois payés les honoraires d'agence, remboursé le capital restant dû et acquitté l'impôt sur la plus-value. Pour ne rien perdre, il faudrait revendre 109 206 €, soit 16,6 % au-dessus du prix de revient et 88 % au-dessus du prix d'achat. Les frais d'acquisition ne se rattrapent pas en trois ans de remboursement de capital.07Peut-on payer un impôt sur la plus-value en revendant au prix d'achat ?
Oui, en location meublée, depuis les cessions intervenues à compter du 15 février 2025. Les amortissements pratiqués viennent minorer le prix d'acquisition dans le calcul de la plus-value. Sur trois ans d'exploitation, 13 939 € d'amortissements font descendre le seuil d'imposition à 75 210 €, soit 17 210 € seulement au-dessus du prix d'achat. Revendre au prix de revient de 93 649 € génère alors une plus-value imposable de 18 439 € et 6 675 € d'impôt.
04 · Effet du temps
08L'indexation du loyer finit-elle par rattraper un cash-flow négatif ?
Oui, mais très lentement, et jamais à l'horizon où on en aurait besoin. Le loyer se révise chaque année sur l'indice de référence des loyers quand la mensualité, elle, ne bouge pas. Avec une indexation de 1,5 % par an, un complément de 2 642 € tombe à 1 564 € au bout de dix ans et ne s'annule qu'à la vingt-troisième année ; à 2 % par an, l'équilibre arrive à la dix-septième. Compter dessus pour absorber un complément trop lourd revient à reporter le problème d'une décennie et demie.
Un dossier qui ne tient pas le test ne tient pas non plus la réalité.
Hagnéré Investissement commercialise un accompagnement et perçoit des honoraires si vous faites appel à nous. Ce guide conclut qu’une partie des dossiers ne doit pas se faire, ce qui exclut une part des demandes que nous recevons.
Sources et date de contrôle
La plupart des stress tests immobiliers testent une hausse des taux. Sur un prêt français à taux fixe, cela ne veut rien dire : une fois l’offre signée, le taux ne bouge plus. Les risques qui font réellement tomber une opération sont ailleurs, et ils se mesurent — vacance, impayé, revente forcée.
- Source 01
BOI-IF-TFB-20-20-20-20 — Revalorisation forfaitaire annuelle des valeurs locatives — BOFiP — Direction générale des finances publiques. Depuis 2018, le coefficient de revalorisation est déterminé sur la base de l'indice des prix à la consommation harmonisé selon la formule codifiée à l'article 1518 bis du CGI, arrondi au troisième chiffre après la virgule. Coefficient applicable en 2026 : 1,008 Consulté le 2026-08-19.
- Source 02
Article 150 VB du code général des impôts — réintégration des amortissements au prix d'acquisition en location meublée — Légifrance. III : pour les cessions intervenant à compter du 15 février 2025, le prix d'acquisition est minoré des amortissements admis en déduction en application de l'article 39 C (loi de finances pour 2025 n° 2025-127 du 14 février 2025) Consulté le 2026-08-19.
- Source 03
Plus-value immobilière : imposition et abattements — Service-public.gouv.fr. Impôt sur le revenu au taux de 19 % et prélèvements sociaux au taux de 17,2 %. Aucun abattement pour durée de détention avant la sixième année. Surtaxe de 2 à 6 % au-delà de 50 000 € de plus-value imposable Consulté le 2026-08-19.
- Source 04
Location et gel des loyers des passoires énergétiques — Ministère de la Transition écologique. Loi Climat et résilience du 22 août 2021 : interdiction de louer un logement classé G en métropole depuis le 1er janvier 2025, classé F à compter du 1er janvier 2028 et classé E à compter du 1er janvier 2034. Diagnostic de performance énergétique collectif obligatoire pour les copropriétés de moins de cinquante lots depuis le 1er janvier 2026 Consulté le 2026-08-19.
- Source 05
« Carte des loyers » — indicateurs de loyers d'annonce par commune, millésime 2025 — Ministère de la Transition écologique / ANIL / data.gouv.fr. Fichier pred-app-mef-dhup.csv, ligne INSEEC 25388 Montbéliard : loyer prédit 10,41 €/m² charges comprises, intervalle de prédiction de 8,09 à 13,20 €/m², 6 852 observations communales Consulté le 2026-08-19.
- Source 06
Tarifs de gestion locative — libre fixation par le mandataire — service-public.gouv.fr. L'agence fixe librement ses tarifs de gestion locative, réglés par le propriétaire au titre du mandat de gestion, et doit les afficher. Seuls les honoraires de mise en location imputables au locataire sont plafonnés. Les 6 à 10 % hors taxes des loyers encaissés sont un relevé des grilles publiées en août 2026, non un tarif réglementé. Consulté le 2026-08-21.
- Source 07
Article A444-91 du code de commerce — émoluments proportionnels du notaire — Légifrance. Tableau 5, n° 54 : 3,870 % jusqu'à 6 500 € · 1,596 % de 6 500 à 17 000 € · 1,064 % de 17 000 à 60 000 € · 0,799 % au-delà Consulté le 2026-08-19.
Avertissement
Information éditoriale — pas un conseil personnalisé.
Hagnéré Investissement commercialise un accompagnement à l’investissement locatif et perçoit des honoraires si vous faites appel à nous. Ce guide conclut qu’un dossier dont le scénario combiné dépasse durablement la capacité d'épargne ne se rattrape par aucun montage, y compris le nôtre, et que le rendement brut affiché ne dit rien de la trésorerie réelle. Les fourchettes citées sont des ordres de grandeur observés en août 2026, non des tarifs. Aucun rendement, délai, prix de revente ou accord de financement n’est garanti.