La fiducie sur un immeuble : ce que la séparation des patrimoines protège vraiment, et les six formalités qui la font tomber
« A peine de nullité, le contrat de fiducie et ses avenants sont enregistrés dans le délai d’un mois à compter de leur date. » La sanction d’un retard de formalité n’est pas une amende : c’est la nullité du contrat entier.
SEPT ARTICLES DU CODE CIVIL, LUS MOT À MOT
Le montage est sincère. Il peut être nul quand même.
La fiducie transfère des biens à un fiduciaire qui les tient séparés de son patrimoine propre. Mais la moitié des articles qui l’organisent sont des conditions de validité, et chacune est sanctionnée par la nullité du contrat entier.
- Six mentions obligatoires, sans hiérarchie entre elles
- L’enregistrement dans le mois, compté depuis la date du contrat
- La publication en plus, quand l’opération porte sur un immeuble
- Et l’acte notarié dès que les biens sont communs ou indivis
DÉLAI D’ENREGISTREMENT
31 jours
RETARD DANS LE CAS
10 jours
DURÉE MAXIMALE
99 ans
IMMEUBLE TRANSFÉRÉ
780 000 €
FINANCEMENT GARANTI
520 000 €
SOIT UNE COUVERTURE DE
66,67 %
Écrit par
Fondateur de Hagnéré Investissement
Guide général et national — aucune recommandation personnalisée
La réponse en trente secondes. La fiducie sépare un patrimoine du reste. Des constituants transfèrent des biens à des fiduciaires « qui, les tenant séparés de leur patrimoine propre, agissent dans un but déterminé au profit d’un ou plusieurs bénéficiaires »1.
Six mentions sont exigées à peine de nullité. « Le contrat de fiducie détermine, à peine de nullité : […] 2° La durée du transfert, qui ne peut excéder quatre-vingt-dix-neuf ans à compter de la signature du contrat »4.
Et l’enregistrement obéit à la même sanction. « A peine de nullité, le contrat de fiducie et ses avenants sont enregistrés dans le délai d’un mois à compter de leur date »5.
Le corpus traite deux façons de porter un bien pour le compte d’un autre : la vente à réméré et la société civile. Il n’avait jamais nommé la troisième, que le code civil organise sous son propre titre depuis 2007. Sept articles suffisent à la décrire — et à la faire tomber.
Qu’est-ce qu’une fiducie ?
Une opération à trois rôles, et un patrimoine mis à part. « La fiducie est l’opération par laquelle un ou plusieurs constituants transfèrent des biens, des droits ou des sûretés, ou un ensemble de biens, de droits ou de sûretés, présents ou futurs, à un ou plusieurs fiduciaires qui, les tenant séparés de leur patrimoine propre, agissent dans un but déterminé au profit d’un ou plusieurs bénéficiaires »1.
Trois rôles sont nommés : le constituant qui transfère, le fiduciaire qui reçoit et gère, le bénéficiaire au profit duquel l’opération est faite. Rien n’interdit qu’une même personne cumule deux d’entre eux, et le texte ne s’en préoccupe pas ici.
Le cœur du mécanisme tient dans une incise de la définition : le fiduciaire tient les biens « séparés de leur patrimoine propre ». Il en devient propriétaire, mais dans un patrimoine distinct du sien. C’est cette séparation qui fait tout l’intérêt de l’opération, et c’est elle que les formalités protègent.
Le patrimoine fiduciaire, et ce qu’il met à l’abri
Un patrimoine séparé n’est pas un patrimoine inaccessible, et le texte dit exactement de qui il l’est. « Sans préjudice des droits des créanciers du constituant titulaires d’un droit de suite attaché à une sûreté publiée antérieurement au contrat de fiducie et hors les cas de fraude aux droits des créanciers du constituant, le patrimoine fiduciaire ne peut être saisi que par les titulaires de créances nées de la conservation ou de la gestion de ce patrimoine »6.
Deux réserves ouvrent la phrase, et elles comptent autant que la règle. Les créanciers titulaires d’un droit de suite attaché à une sûreté publiée antérieurement conservent leurs droits. Et la fraude aux droits des créanciers du constituant reste sanctionnée.
Hors ces deux cas, seuls les créanciers de la conservation ou de la gestion du patrimoine fiduciaire peuvent le saisir. Un créancier personnel du constituant, comme un créancier personnel du fiduciaire, en est écarté — c’est là que se joue l’utilité de l’opération pour un investisseur qui met un immeuble en garantie sans le vendre.
Quand un acte notarié est-il obligatoire ?
Dans deux cas, et le texte les nomme. Le principe d’abord : « La fiducie est établie par la loi ou par contrat. Elle doit être expresse »2. Rien n’impose la forme notariée à ce stade.
L’exception ensuite, et elle vise deux situations très fréquentes chez les investisseurs : « Si les biens, droits ou sûretés transférés dans le patrimoine fiduciaire dépendent de la communauté existant entre les époux ou d’une indivision, le contrat de fiducie est établi par acte notarié à peine de nullité »2.
Un immeuble acquis pendant le mariage sous un régime de communauté, ou détenu en indivision après une succession, tombe donc dans l’exception. Le notaire n’est plus un choix de prudence : son absence emporte la nullité du contrat.
La nullité que le code qualifie lui-même d’ordre public
Une phrase, deux effets. « Le contrat de fiducie est nul s’il procède d’une intention libérale au profit du bénéficiaire. Cette nullité est d’ordre public »3.
La première partie interdit d’utiliser la fiducie pour transmettre à titre gratuit. La seconde ferme la porte à toute renonciation : une nullité d’ordre public ne se couvre pas par l’accord des parties, et le code prend soin de le préciser lui-même — ce qu’il ne fait pas pour les autres nullités de ce titre.
Pour un investisseur, la conséquence est une question de rédaction. Une fiducie dont le bénéficiaire reçoit sans contrepartie, et dont le contrat laisse voir cette gratuité, s’expose à une nullité que personne ne peut valider après coup.
Ce que le contrat doit dire, à peine de nullité
Six mentions, énumérées d’un trait. « Le contrat de fiducie détermine, à peine de nullité : 1° Les biens, droits ou sûretés transférés. S’ils sont futurs, ils doivent être déterminables ; 2° La durée du transfert, qui ne peut excéder quatre-vingt-dix-neuf ans à compter de la signature du contrat ; 3° L’identité du ou des constituants ; 4° L’identité du ou des fiduciaires ; 5° L’identité du ou des bénéficiaires ou, à défaut, les règles permettant leur désignation ; 6° La mission du ou des fiduciaires et l’étendue de leurs pouvoirs d’administration et de disposition »4.
Les quatre premières sont des identifications : quoi, combien de temps, qui donne, qui reçoit. La cinquième admet une souplesse — à défaut d’identité, « les règles permettant leur désignation » suffisent. La sixième est la plus lourde à rédiger, puisqu’elle exige de délimiter des pouvoirs d’administration et de disposition, c’est-à-dire de dire à l’avance ce que le fiduciaire pourra vendre.
Une omission sur l’une quelconque de ces six mentions emporte la nullité du contrat entier. Le texte ne gradue pas : il n’y a pas de mention plus importante que les autres.
La durée peut-elle dépasser un siècle ?
Non, et le plafond est précis. Le deuxième numéro fixe une durée « qui ne peut excéder quatre-vingt-dix-neuf ans à compter de la signature du contrat »4.
99 ans, donc, et le point de départ mérite d’être relevé : la signature du contrat, et non le transfert des biens ni l’enregistrement. Un contrat signé longtemps avant que les biens n’entrent dans le patrimoine fiduciaire consomme du délai sans que rien ait bougé.
Ce plafond n’est pas une durée conseillée : c’est un maximum, et le contrat doit de toute façon déterminer une durée, faute de quoi la mention du 2° manque et la nullité de l’article s’applique.
Combien de temps pour enregistrer le contrat ?
Un mois, et la sanction est la même que pour les mentions. « A peine de nullité, le contrat de fiducie et ses avenants sont enregistrés dans le délai d’un mois à compter de leur date au service des impôts du siège du fiduciaire ou au service des impôts des non-résidents si le fiduciaire n’est pas domicilié en France »5.
Trois précisions se lisent dans cette phrase. Le délai court « à compter de leur date », c’est-à-dire de la date du contrat et non de sa signature par le dernier des signataires. Il vise aussi les avenants, ce qu’on oublie en cours de vie du contrat. Et le lieu dépend du domicile du fiduciaire, avec un service dédié s’il n’est pas domicilié en France.
Sur le dossier de Céleste, le contrat est daté du 3 mars 2026 : l’échéance tombe le 3 avril 2026, soit 31 jours plus tard. L’enregistrement effectué le 13 avril 2026 arrive à 41 jours, soit 10 jours après l’échéance.
Le même article ajoute deux autres formalités sous la même sanction : la transmission des droits résultant du contrat et la désignation ultérieure d’un bénéficiaire non désigné à l’origine doivent, « à peine de nullité, donner lieu à un acte écrit enregistré dans les mêmes conditions »5.
Faut-il publier une fiducie portant sur un immeuble ?
Oui, et sous la même sanction encore. « Lorsqu’ils portent sur des immeubles ou des droits réels immobiliers, ils sont, sous la même sanction, publiés dans les conditions prévues aux articles 647 et 657 du code général des impôts »5.
« Sous la même sanction » renvoie à la nullité de la phrase précédente. La publication ne remplace donc pas l’enregistrement : elle s’y ajoute, et son défaut produit le même effet. Une fiducie immobilière enregistrée dans le mois mais non publiée reste exposée.
Ce que recouvrent les articles 647 et 657 du code général des impôts n’a pas été lu pour ce dossier, et ce guide n’en dira rien. Il signale que la formalité existe, qu’elle est distincte, et qu’elle se demande au notaire au moment de l’acte plutôt qu’après.
Qui supporte le passif si le patrimoine fiduciaire ne suffit pas ?
Le constituant, sauf clause — et la clause a une condition. « En cas d’insuffisance du patrimoine fiduciaire, le patrimoine du constituant constitue le gage commun de ces créanciers, sauf stipulation contraire du contrat de fiducie mettant tout ou partie du passif à la charge du fiduciaire »6.
La règle par défaut est donc que l’insuffisance remonte au constituant. Le contrat peut la déplacer vers le fiduciaire, en tout ou partie, mais il faut l’écrire.
Une seconde possibilité existe, et c’est celle dont la condition surprend : « Le contrat de fiducie peut également limiter l’obligation au passif fiduciaire au seul patrimoine fiduciaire. Une telle clause n’est opposable qu’aux créanciers qui l’ont expressément acceptée »6. Une clause de limitation figure donc au contrat sans produire d’effet contre un créancier qui ne l’a pas acceptée — et l’acceptation doit être expresse.
Sur le dossier de Céleste, le passif fiduciaire atteint 187 000 €. La clause de limitation figurait bien au contrat ; aucun créancier ne l’avait expressément acceptée. Elle ne leur est pas opposable, et l’insuffisance remonte.
Un dernier article règle le sort des biens quand tout s’arrête. « Lorsque le contrat de fiducie prend fin en l’absence de bénéficiaire, les droits, biens ou sûretés présents dans le patrimoine fiduciaire font de plein droit retour au constituant. Lorsqu’il prend fin par le décès du constituant, le patrimoine fiduciaire fait de plein droit retour à la succession »7. Deux hypothèses, un même mécanisme : le retour s’opère de plein droit, sans qu’un acte soit nécessaire pour le produire.
Le dossier de Céleste, poste par poste
Exemple construit, chiffres cohérents entre eux, aucun dossier réel derrière. Céleste a transféré en fiducie un immeuble de rapport valant 780 000 € pour garantir un financement de 520 000 €, par un contrat daté du 3 mars 2026.
Le dossier de Céleste, poste par poste
| Poste | Valeur | Lecture |
|---|---|---|
| Immeuble transféré | 780 000 € | Ce qui entre dans le patrimoine fiduciaire |
| Financement garanti | 520 000 € | Le but déterminé de l’opération |
| Couverture | 66,67 % | 520 000 € rapportés à 780 000 € |
| Date du contrat | 3 mars 2026 | Point de départ du délai |
| Échéance d’enregistrement | 3 avril 2026 | Un mois, soit 31 jours |
| Enregistrement effectué | 13 avril 2026 | 41 jours après le contrat |
| Retard | 10 jours | 41 jours moins 31 jours |
| Durée maximale autorisée | 99 ans | À compter de la signature |
| Passif fiduciaire | 187 000 € | Ce que la clause devait cantonner |
Le tableau s’additionne à l’écran. Les 520 000 € de financement rapportés aux 780 000 € de l’immeuble donnent les 66,67 % de couverture ; le contrat du 3 mars 2026 plus un mois donne le 3 avril 2026, soit 31 jours, et l’enregistrement du 13 avril 2026 arrive à 41 jours — dix de trop.
Ce que ce dossier montre tient en une phrase. Aucune des difficultés de Céleste ne porte sur le fond de l’opération : l’immeuble existe, le financement est réel, le but est déterminé. Ce sont les formalités qui décident, et chacune est sanctionnée par la nullité du contrat entier.
Quatre dossiers qui dérapent, et ce que chacun coûte
Quatre dossiers distincts, dans lesquels l’opération était sincère et le montage utile.
L’enregistrement fait au-delà du mois. Le contrat est signé, les biens transférés, et l’enregistrement part avec dix jours de retard. La sanction n’est ni une amende ni une pénalité : c’est la nullité. L’immeuble de 780 000 € n’est jamais sorti du patrimoine du constituant, et ses créanciers personnels le retrouvent dans son gage.
La publication oubliée pour l’immeuble. L’enregistrement est fait dans le mois, mais la publication prévue pour les immeubles ne l’est pas. Le texte la place « sous la même sanction » : il faut refaire l’opération, pour 26 000 € de frais et de temps perdu.
Le bien indivis transféré sans acte notarié. Le constituant détenait le bien en indivision depuis une succession et signe un contrat sous seing privé. L’article l’exige notarié à peine de nullité dans ce cas précis : 14 500 € pour reprendre l’acte, et un montage suspendu le temps de le faire.
La clause de limitation jamais acceptée. Le contrat limite l’obligation au seul patrimoine fiduciaire, ce que le texte permet. Mais il ajoute que la clause « n’est opposable qu’aux créanciers qui l’ont expressément acceptée », et personne ne l’avait acceptée : les 187 000 € de passif remontent au constituant.
Le point commun des quatre tient en une ligne. Chacun a soigné le fond et traité les formes comme de l’administratif, alors que le titre entier fait de la forme une condition de fond. 1 007 500 € au total, répartis sur quatre dossiers distincts.
Six gestes pour une fiducie qui tient
Quatre à la rédaction. Deux dans le mois qui suit.
- Vérifiez si les biens dépendent d’une communauté ou d’une indivision. Dans ces deux cas seulement, l’acte notarié est exigé à peine de nullité. C’est la première question à poser, avant même de rédiger.
- Passez les six mentions en revue, une par une. Biens, durée, constituant, fiduciaire, bénéficiaire, mission et pouvoirs. Le texte ne gradue pas : l’omission de l’une quelconque annule le contrat entier.
- Écrivez une durée, même très inférieure au plafond. Les 99 ans sont un maximum, pas une valeur par défaut : c’est l’absence de durée déterminée qui annule, pas son insuffisance.
- Faites accepter expressément toute clause de limitation du passif. Une clause cantonnant l’obligation au seul patrimoine fiduciaire n’est opposable qu’aux créanciers qui l’ont acceptée : sans leur signature, elle ne protège personne.
- Enregistrez dans le mois, et comptez depuis la date du contrat. Ni depuis la remise des fonds, ni depuis le transfert. Les avenants suivent la même règle et le même délai.
- Publiez, en plus d’enregistrer, si l’opération porte sur un immeuble. Le texte place la publication sous la même sanction que l’enregistrement : l’une ne dispense pas de l’autre.
Un mot sur les professionnels que ce dossier mobilise, et sur leur ordre. Le notaire rédige l’acte, procède à la publication et détient la réponse à la question de l’indivision : c’est le premier interlocuteur, et le seul incontournable quand les biens sont communs ou indivis. L’expert-comptable suit le passif fiduciaire, dont dépend l’utilité de la clause de limitation. Le courtier situe l’opération face aux garanties classiques — hypothèque, caution ou privilège —, et la durée d’une inscription se compare à celle d’une fiducie. Le commissaire de justice date les actes quand un délai se discute. L’agent immobilier, enfin, établit la valeur du bien transféré, qui décide de la couverture.
Une remarque pour finir sur ce que ce guide ne traite pas. Il ne dit pas ce que recouvrent les articles 647 et 657 du code général des impôts, auxquels le texte renvoie et qui n’ont pas été lus pour ce dossier. Il ne dit pas qui peut être fiduciaire, question réglée par un article que ce guide n’a pas lu. Il ne traite ni la fiscalité de l’opération, entièrement hors des textes lus, ni le sort de la fiducie en cas de procédure collective du fiduciaire. Il ne traite ni la vente à réméré, ni l’acquisition à deux sans mariage, ni le contrat de promotion immobilière, qui répondent à d’autres besoins. Et il ne donne aucun barème de rémunération de fiduciaire.
Le passif remonte au constituant.
En cas d’insuffisance du patrimoine fiduciaire, c’est le patrimoine du constituant qui répond. Une clause peut cantonner l’obligation au seul patrimoine fiduciaire — mais elle n’est opposable qu’aux créanciers qui l’ont expressément acceptée.
- Pourquoi le délai court de la date du contrat, pas du transfert
- Pourquoi la publication ne remplace pas l’enregistrement
- Pourquoi la nullité de l’intention libérale ne se couvre pas
Questions fréquentes
Huit réponses directes sur la définition de la fiducie, l’acte notarié, l’intention libérale, les six mentions obligatoires, le délai d’enregistrement, la publication, les créanciers pouvant saisir et la clause de limitation du passif.
Un montage de portage à l’étude ?
Comptez le mois d’enregistrement depuis la date du contrat, et vérifiez si les biens dépendent d’une indivision.
Faire le point sur un projet01 · Le mécanisme
01Qu’est-ce qu’une fiducie ?
Une opération à trois rôles, définie par l’article 2011 du code civil : des constituants transfèrent des biens, droits ou sûretés « à un ou plusieurs fiduciaires qui, les tenant séparés de leur patrimoine propre, agissent dans un but déterminé au profit d’un ou plusieurs bénéficiaires ». Le fiduciaire devient propriétaire, mais dans un patrimoine distinct du sien : c’est cette séparation qui fait l’intérêt de l’opération.02Un acte notarié est-il obligatoire ?
Dans deux cas seulement, mais ils sont fréquents. Le principe est que la fiducie « est établie par la loi ou par contrat » et qu’elle « doit être expresse ». L’exception vise les biens qui « dépendent de la communauté existant entre les époux ou d’une indivision » : dans ce cas, « le contrat de fiducie est établi par acte notarié à peine de nullité ».
02 · La validité
03Peut-on utiliser une fiducie pour transmettre à titre gratuit ?
Non, et la sanction est verrouillée. « Le contrat de fiducie est nul s’il procède d’une intention libérale au profit du bénéficiaire. Cette nullité est d’ordre public. » Le code prend soin de qualifier lui-même cette nullité d’ordre public, ce qu’il ne fait pas pour les autres nullités du titre : elle ne se couvre pas par l’accord des parties.04Que doit contenir le contrat de fiducie ?
Six mentions, à peine de nullité : « 1° Les biens, droits ou sûretés transférés. S’ils sont futurs, ils doivent être déterminables ; 2° La durée du transfert, qui ne peut excéder quatre-vingt-dix-neuf ans à compter de la signature du contrat ; 3° L’identité du ou des constituants ; 4° L’identité du ou des fiduciaires ; 5° L’identité du ou des bénéficiaires ou, à défaut, les règles permettant leur désignation ; 6° La mission du ou des fiduciaires et l’étendue de leurs pouvoirs d’administration et de disposition. » Le texte ne gradue pas : l’omission de l’une quelconque annule le contrat entier.
03 · Les formalités
05Combien de temps a-t-on pour enregistrer le contrat ?
Un mois, et sous la même sanction que les mentions obligatoires. « A peine de nullité, le contrat de fiducie et ses avenants sont enregistrés dans le délai d’un mois à compter de leur date au service des impôts du siège du fiduciaire ou au service des impôts des non-résidents si le fiduciaire n’est pas domicilié en France. » Le délai court de la date du contrat, et il vise aussi les avenants.06Faut-il publier une fiducie portant sur un immeuble ?
Oui, et la publication s’ajoute à l’enregistrement sans le remplacer. « Lorsqu’ils portent sur des immeubles ou des droits réels immobiliers, ils sont, sous la même sanction, publiés dans les conditions prévues aux articles 647 et 657 du code général des impôts. » La formule « sous la même sanction » renvoie à la nullité : une fiducie immobilière enregistrée mais non publiée reste exposée.
04 · Le passif
07Qui peut saisir le patrimoine fiduciaire ?
Seulement certains créanciers, et le texte pose deux réserves. Hors droit de suite attaché à une sûreté publiée antérieurement au contrat, et hors fraude aux droits des créanciers du constituant, « le patrimoine fiduciaire ne peut être saisi que par les titulaires de créances nées de la conservation ou de la gestion de ce patrimoine ». Un créancier personnel du constituant, comme un créancier personnel du fiduciaire, en est écarté.08Une clause limitant le passif au patrimoine fiduciaire protège-t-elle ?
Seulement ceux qui l’ont acceptée. Le texte l’autorise — « Le contrat de fiducie peut également limiter l’obligation au passif fiduciaire au seul patrimoine fiduciaire » — puis pose une condition redoutable : « Une telle clause n’est opposable qu’aux créanciers qui l’ont expressément acceptée. » Sans acceptation expresse, la clause figure au contrat sans produire d’effet, et l’insuffisance remonte au constituant.
On soigne le fond du montage. Le code sanctionne la forme.
Hagnéré Investissement accompagne l’achat d’immeubles de rapport à rénover et perçoit des honoraires publics. Nous exposons les textes ; sur un montage fiduciaire, l’interlocuteur utile est le notaire dès la rédaction, puis le service des impôts dans le mois qui suit.
Sources et date de contrôle
Sept articles du code civil, lus sur Légifrance avant citation, dont le plus récent a été refondu en février 2020.
- Source 01
Article 2011 du code civil — Légifrance. La fiducie est l’opération par laquelle un ou plusieurs constituants transfèrent des biens, des droits ou des sûretés, ou un ensemble de biens, de droits ou de sûretés, présents ou futurs, à un ou plusieurs fiduciaires qui, les tenant séparés de leur patrimoine propre, agissent dans un but déterminé au profit d’un ou plusieurs bénéficiaires. Version en vigueur depuis le 21 février 2007, créée par l’article 1er de la loi n° 2007-211 du 19 février 2007 instituant la fiducie. Aucune version postérieure annoncée. Page lue sur une adresse sans date le 28 août 2026.
- Source 02
Article 2012 du code civil — Légifrance. La fiducie est établie par la loi ou par contrat. Elle doit être expresse. Si les biens, droits ou sûretés transférés dans le patrimoine fiduciaire dépendent de la communauté existant entre les époux ou d’une indivision, le contrat de fiducie est établi par acte notarié à peine de nullité. Version en vigueur depuis le 1er février 2009, modifiée par l’article 1er de l’ordonnance n° 2009-112 du 30 janvier 2009. Aucune version postérieure annoncée. Page lue sur une adresse sans date le 28 août 2026.
- Source 03
Article 2013 du code civil — Légifrance. Le contrat de fiducie est nul s’il procède d’une intention libérale au profit du bénéficiaire. Cette nullité est d’ordre public. Version en vigueur depuis le 21 février 2007, créée par l’article 1er de la loi n° 2007-211 du 19 février 2007. Aucune version postérieure annoncée. Page lue sur une adresse sans date le 28 août 2026.
- Source 04
Article 2018 du code civil — Légifrance. Le contrat de fiducie détermine, à peine de nullité : 1° Les biens, droits ou sûretés transférés. S’ils sont futurs, ils doivent être déterminables ; 2° La durée du transfert, qui ne peut excéder quatre-vingt-dix-neuf ans à compter de la signature du contrat ; 3° L’identité du ou des constituants ; 4° L’identité du ou des fiduciaires ; 5° L’identité du ou des bénéficiaires ou, à défaut, les règles permettant leur désignation ; 6° La mission du ou des fiduciaires et l’étendue de leurs pouvoirs d’administration et de disposition. Un alinéa introductif et six numéros. Version en vigueur depuis le 6 août 2008, modifiée par l’article 18 de la loi n° 2008-776 du 4 août 2008. Aucune version postérieure annoncée. Page lue sur une adresse sans date le 28 août 2026.
- Source 05
Article 2019 du code civil — Légifrance. A peine de nullité, le contrat de fiducie et ses avenants sont enregistrés dans le délai d’un mois à compter de leur date au service des impôts du siège du fiduciaire ou au service des impôts des non-résidents si le fiduciaire n’est pas domicilié en France. Lorsqu’ils portent sur des immeubles ou des droits réels immobiliers, ils sont, sous la même sanction, publiés dans les conditions prévues aux articles 647 et 657 du code général des impôts. La transmission des droits résultant du contrat de fiducie et, si le bénéficiaire n’est pas désigné dans le contrat de fiducie, sa désignation ultérieure doivent, à peine de nullité, donner lieu à un acte écrit enregistré dans les mêmes conditions. La désignation d’un tiers en application de l’article 2017 et l’information sur l’identité du ou des bénéficiaires effectifs de la fiducie mentionnés à l’article L. 561-2-2 du code monétaire et financier doivent également, à peine de nullité, donner lieu à un acte écrit établi par le fiduciaire et enregistré dans les mêmes conditions. Quatre alinéas. Version en vigueur depuis le 14 février 2020, modifiée par l’article 12 de l’ordonnance n° 2020-115 du 12 février 2020. Aucune version postérieure annoncée. Les articles 647 et 657 du code général des impôts auxquels il renvoie ne sont pas cités par le guide. Page lue sur une adresse sans date le 28 août 2026.
- Source 06
Article 2025 du code civil — Légifrance. Sans préjudice des droits des créanciers du constituant titulaires d’un droit de suite attaché à une sûreté publiée antérieurement au contrat de fiducie et hors les cas de fraude aux droits des créanciers du constituant, le patrimoine fiduciaire ne peut être saisi que par les titulaires de créances nées de la conservation ou de la gestion de ce patrimoine. En cas d’insuffisance du patrimoine fiduciaire, le patrimoine du constituant constitue le gage commun de ces créanciers, sauf stipulation contraire du contrat de fiducie mettant tout ou partie du passif à la charge du fiduciaire. Le contrat de fiducie peut également limiter l’obligation au passif fiduciaire au seul patrimoine fiduciaire. Une telle clause n’est opposable qu’aux créanciers qui l’ont expressément acceptée. Trois alinéas. Version en vigueur depuis le 21 février 2007, créée par la loi n° 2007-211 du 19 février 2007. Aucune version postérieure annoncée. Page lue sur une adresse sans date le 28 août 2026.
- Source 07
Article 2030 du code civil — Légifrance. Lorsque le contrat de fiducie prend fin en l’absence de bénéficiaire, les droits, biens ou sûretés présents dans le patrimoine fiduciaire font de plein droit retour au constituant. Lorsqu’il prend fin par le décès du constituant, le patrimoine fiduciaire fait de plein droit retour à la succession. Version en vigueur depuis le 1er février 2009, modifiée par l’article 18 de la loi n° 2008-776 du 4 août 2008. Aucune version postérieure annoncée. Page lue sur une adresse sans date le 28 août 2026.
Avertissement
Information éditoriale — pas un conseil personnalisé.
Les sept articles cités ont été lus sur Légifrance avant citation, sur des adresses sans date, et sont reproduits mot à mot dans leur version en vigueur au 28 août 2026. Les articles 2011, 2013 et 2025 du code civil sont en vigueur depuis le 21 février 2007, créés par l’article 1<super</sup de la loi n° 2007-211 du 19 février 2007 instituant la fiducie ; l’article 2018 depuis le 6 août 2008, modifié par l’article 18 de la loi n° 2008-776 du 4 août 2008 ; les articles 2012 et 2030 depuis le 1<super</sup février 2009, le premier par l’ordonnance n° 2009-112 du 30 janvier 2009 et le second par l’article 18 de la loi de 2008 ; l’article 2019 depuis le 14 février 2020, modifié par l’article 12 de l’ordonnance n° 2020-115 du 12 février 2020. Aucune version postérieure n’est annoncée sur aucun des sept. Le décompte des nullités que ce guide relève porte sur ces seuls articles : l’acte notarié pour les biens communs ou indivis, les six mentions obligatoires, l’enregistrement dans le mois, la publication pour les immeubles, l’acte écrit pour la transmission des droits et pour la désignation ultérieure d’un bénéficiaire — auxquels s’ajoute la nullité d’ordre public de l’intention libérale, que le code qualifie lui-même ainsi. Les quantités du dossier de Céleste — 780 000 € de valeur, 520 000 € de financement, 187 000 € de passif et les dates du 3 mars 2026 et du 13 avril 2026 — sont choisies pour que les écarts se vérifient de tête ; ce sont des hypothèses posées pour l’exemple, et non des barèmes. Nous ne publions ni coût de constitution, ni rémunération de fiduciaire, faute de les avoir mesurés. Hagnéré Investissement accompagne l’achat d’immeubles de rapport à rénover et perçoit des honoraires publics ; sur un montage fiduciaire, l’interlocuteur utile est le notaire dès la rédaction, puis le service des impôts dans le mois qui suit.