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Guide de décisionVérifié le 28 août 20264 sourcesMéthode en cinq passes

Préemption commerciale : quand la mairie choisit qui reprendra le fonds de votre locataire

« Chaque aliénation à titre onéreux est subordonnée, à peine de nullité, à une déclaration préalable faite par le cédant à la commune. » Sept mentions, deux mois de silence — puis la mairie choisit, ou renonce.

QUATRE ARTICLES LUS MOT À MOT, QUATRE DATES DIFFÉRENTES

Votre locataire cède son fonds 145 000 €. La mairie choisit son successeur.

Ce droit ne porte ni sur le terrain ni sur l’immeuble : il porte sur l’entreprise. Le propriétaire des murs ne vend rien, ne perçoit rien — et découvre à la fin qu’il détient pourtant le dernier mot.

  • Un périmètre délimité par délibération motivée, sinon rien
  • Sept mentions dans la déclaration, à peine de nullité
  • Deux mois de silence, et seulement aux prix déclarés
  • La rétrocession du bail est nulle sans l’accord du bailleur

MENTIONS EXIGÉES DANS LA DÉCLARATION

7

SILENCE VALANT RENONCIATION

2 mois

DÉLAI DE RÉTROCESSION

2 ans

PORTÉ EN LOCATION-GÉRANCE

3 ans

SURFACE DE VENTE VISÉE

300 à 1 000 m²

PRIX DU FONDS DANS LE CAS

145 000 €

Écrit par

Quentin Hagnéré

Fondateur de Hagnéré Investissement

Guide général et national — aucune recommandation personnalisée

La réponse en trente secondes. Ce n’est pas l’immeuble qui se préempte, c’est l’entreprise. Le conseil municipal délimite « un périmètre de sauvegarde du commerce et de l’artisanat de proximité, à l’intérieur duquel sont soumises au droit de préemption institué par le présent chapitre les aliénations à titre onéreux de fonds artisanaux, de fonds de commerce ou de baux commerciaux »1.

Le cédant doit déclarer, sous peine de nullité. « Chaque aliénation à titre onéreux est subordonnée, à peine de nullité, à une déclaration préalable faite par le cédant à la commune »1, et cette déclaration porte sept mentions précises.

Et la commune n’achète pas pour garder. Elle doit rétrocéder « dans le délai de deux ans », porté « à trois ans en cas de mise en location-gérance »3 — et si l’objet rétrocédé est un bail commercial, l’accord du bailleur devient la condition de validité de cette rétrocession.

Le corpus traite déjà le bail commercial vu du bailleur — le commerce en pied d’immeuble, la révision du loyer, la restitution du dépôt de garantie. Il traite aussi le droit de préférence du locataire, qui s’exerce sur les murs. Il ne disait rien de l’autre main posée sur la même cession : celle de la mairie, qui se referme sur le fonds.

Où ce droit de préemption s’applique-t-il ?

Nulle part par défaut. C’est la première chose à comprendre, et c’est aussi la plus rassurante : ce droit n’existe que là où une commune a pris la peine de le créer.

Le texte est explicite sur le procédé : « Le conseil municipal peut, par délibération motivée, délimiter un périmètre de sauvegarde du commerce et de l’artisanat de proximité »1. Trois conditions se lisent dans cette phrase, et il faut les compter : une délibération du conseil municipal, une motivation, une zone délimitée. Un maire seul ne peut pas l’instituer : c’est le conseil municipal qui délibère. Une délibération sans motifs ne remplit pas la condition que pose le texte. Et hors du contour tracé, la cession se fait librement.

D’où le premier réflexe, et il tient en un coup de téléphone : demander en mairie si une telle zone existe, et si l’adresse du local y figure. La réponse est publique. Elle prend cinq minutes et elle décide de tout le reste.

Qu’est-ce qui peut être préempté ?

Trois objets incorporels et une catégorie de terrains. Le texte vise « les aliénations à titre onéreux de fonds artisanaux, de fonds de commerce ou de baux commerciaux »1. Trois mots portent la limite, et ce sont eux qu’il faut retenir : à titre onéreux. Une donation n’est donc pas concernée. Une transmission par décès non plus.

Le quatrième objet est d’une autre nature, et c’est celui qu’on oublie : les aliénations à titre onéreux de « terrains portant ou destinés à porter des commerces d’une surface de vente comprise entre 300 et 1 000 mètres carrés »1. Deux bornes, donc un intervalle. Sous 300 m², le terrain échappe à ce droit. Au-delà de 1 000 m², il y échappe également — sauf dans le second régime décrit plus bas, qui déplace précisément ces bornes vers le haut.

Quatre objets préemptables, et ce qui reste dehors

Qu’est-ce qui peut être préempté ? — tableau 1
Fonds artisanalOuiCession à titre onéreux, en zone protégée
Fonds de commerceOuiCession à titre onéreux, en zone protégée
Bail commercialOuiCession à titre onéreux, en zone protégée
Terrain à commerceOuiSurface de vente de 300 à 1 000 m²
Les murs seulsNonRelèvent d’autres droits de préemption
Donation, successionNonLe texte vise le titre onéreux

La distinction entre les murs et le fonds est la clé de lecture du guide entier. Blandine reste propriétaire de son immeuble quoi qu’il arrive : la commune ne lui achète rien. Ce qui change de mains, c’est le fonds de son locataire, et avec lui la personne qui occupera le local.

Sept mentions, à peine de nullité

Le cédant ne peut pas se contenter d’avertir. Il doit déclarer, et la sanction est lourde : « Chaque aliénation à titre onéreux est subordonnée, à peine de nullité, à une déclaration préalable faite par le cédant à la commune »1. Une cession faite sans déclaration n’est pas une cession irrégulière que l’on régularise. C’est une cession nulle.

Le contenu est énuméré, et il se recopie tel quel : « Cette déclaration précise le prix, l’activité de l’acquéreur pressenti, le nombre de salariés du cédant, la nature de leur contrat de travail et les conditions de la cession. Elle comporte également le bail commercial, le cas échéant, et précise le chiffre d’affaires lorsque la cession porte sur un bail commercial ou un fonds artisanal ou commercial »1. Sept informations. Aucune n’est décorative : elles servent à la commune pour décider si le repreneur préserve, ou non, la diversité commerciale qu’elle défend.

Un détail échappe souvent aux vendeurs, et il vaut la peine d’être posé à plat : le nombre de salariés et la nature de leur contrat de travail sont des informations qui appartiennent au cédant, pas au repreneur. C’est bien lui qui déclare, sur sa propre entreprise. Le repreneur, lui, n’apparaît dans le formulaire que par son activité projetée.

Que vaut l’absence de réponse de la commune ?

Une renonciation. Le texte ne laisse aucune place à l’interprétation : « Le silence du titulaire du droit de préemption pendant le délai de deux mois à compter de la réception de cette déclaration vaut renonciation à l’exercice du droit de préemption »1. Deux mois, puis la voie est libre.

Un mot de cette phrase mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il est souvent remplacé à tort par un autre : le texte parle du titulaire du droit, et non du maire. La nuance n’est pas de style. Elle décide à qui la déclaration doit parvenir, et à partir de quelle réception les 2 mois commencent — sujet de la huitième section de ce guide.

Mais elle n’est libre qu’à des conditions bien précises, et cette seconde moitié de la phrase se lit trop vite : « Le cédant peut alors réaliser la vente aux prix et conditions figurant dans sa déclaration »1. Aux prix et conditions déclarés. Pas à d’autres.

La conséquence pratique est brutale et mérite d’être écrite en toutes lettres. Si le cédant, après le silence de la commune, consent une remise à son repreneur pour emporter la signature, il vend à un prix qui n’est plus celui qu’il a déclaré. Il sort du champ de la renonciation acquise. Un prix révisé, c’est une déclaration à refaire, et deux mois d’instruction qui recommencent.

Le calendrier compte donc autant que le prix. Deux mois n’est pas un délai indicatif : c’est la durée pendant laquelle une opération négociée reste suspendue, et pendant laquelle personne ne peut garantir au repreneur qu’il aura le fonds.

La commune achète pour revendre

C’est l’équilibre du mécanisme, et sa justification. Une mairie n’est pas autorisée à devenir commerçante : elle préempte pour choisir qui exploitera, pas pour exploiter elle-même.

Le texte l’écrit comme une obligation, avec un but assigné. Le préempteur doit rétrocéder « à une entreprise immatriculée au registre du commerce et des sociétés ou au registre national des entreprises en tant qu’entreprise du secteur des métiers et de l’artisanat, en vue d’une exploitation destinée à préserver la diversité et à promouvoir le développement de l’activité commerciale et artisanale dans le périmètre concerné »3.

Deux garde-fous accompagnent cette obligation. D’abord un cahier des charges dont l’inexécution se sanctionne : « L’acte de rétrocession prévoit les conditions dans lesquelles il peut être résilié en cas d’inexécution par le cessionnaire du cahier des charges »3. Ensuite, pendant le délai, une faculté d’attente : le préempteur « peut mettre le fonds en location-gérance »3, ce qui évite qu’un local reste rideau baissé pendant que la commune cherche un repreneur.

Combien de temps la commune peut-elle garder le fonds ?

Deux ans, en principe. Le compte part « de la prise d’effet de l’aliénation à titre onéreux »3, c’est-à-dire du moment où la commune devient effectivement propriétaire du fonds, et non de la délibération ni de la déclaration.

Ce délai s’allonge dans un cas, et le texte le dit d’une phrase : « Ce délai peut être porté à trois ans en cas de mise en location-gérance du fonds de commerce ou du fonds artisanal »3. Trois ans, donc, lorsque la commune a confié l’exploitation à un gérant en attendant de céder définitivement.

Depuis 2023, un troisième et un quatrième chiffre existent. Ils s’appliquent dans un cadre restreint — les grandes opérations d’urbanisme menées en zone d’activité économique — où « le délai de rétrocession peut être porté à six ans, et à sept ans en cas de mise en location-gérance du fonds de commerce ou du fonds artisanal »4. Le texte prend d’ailleurs soin de dire comment les deux régimes s’articulent : c’est « par dérogation aux articles L. 214-1 et L. 214-2 »4 que le second joue, et non à leur place. Dans ces mêmes secteurs, l’assiette change aussi : sont également préemptables « les aliénations à titre onéreux de terrains accueillant ou destinés à accueillir des commerces d’une surface de vente comprise entre 1 000 et 4 000 mètres carrés »4.

Deux régimes, quatre délais, deux intervalles de surface

Combien de temps la commune peut-elle garder le fonds ? — tableau 2
Surface de vente des terrains visés300 à 1 000 m²1 000 à 4 000 m²
Délai de rétrocession2 ans6 ans
Délai en location-gérance3 ans7 ans
InstaurationDélibération motivée du conseil municipalDélibération motivée, secteurs délimités
ArticleL. 214-1 et L. 214-2L. 214-2-1, depuis 2023

Le second régime concerne peu de propriétaires, et il serait malhonnête de laisser croire l’inverse. Il figure ici pour une raison simple : un investisseur qui achète en zone d’activité économique, dans une commune engagée dans une grande opération, ne relève plus des mêmes bornes ni des mêmes durées. Six ans, ce n’est pas deux ans.

L’accord qui conditionne toute rétrocession de bail

Voici la disposition que Blandine ignorait, et celle qui lui rend la main. Quand l’objet rétrocédé est un bail commercial, le texte pose une condition de validité : « La rétrocession d’un bail commercial est subordonnée, à peine de nullité, à l’accord préalable du bailleur. Cet accord figure dans l’acte de rétrocession »3.

Deux mots comptent dans cette phrase, et il faut les peser séparément. Préalable : l’accord se donne avant, pas après ; un bailleur mis devant le fait accompli n’a pas donné son accord, il a subi une notification. Figure : l’accord doit se lire dans l’acte lui-même ; un courrier gardé dans un dossier ne remplace pas une clause.

La portée est considérable pour un propriétaire de murs. La commune peut préempter la cession du bail sans lui demander son avis — cette étape-là lui échappe. Mais elle ne peut pas installer durablement un nouvel exploitant dans son local sans son accord. Le pouvoir du bailleur ne disparaît pas ; il se déplace du début à la fin de l’opération.

Ce qui suppose de savoir quand cet accord est sollicité, et de ne pas signer distraitement. La rétrocession d’un fonds de commerce, elle, obéit à ses propres règles : « L’acte de rétrocession d’un fonds de commerce est effectué dans le respect des conditions fixées par les dispositions du chapitre Ier du titre IV du livre Ier du code de commerce »3, celles qui gouvernent la vente de tout fonds. Les deux opérations peuvent d’ailleurs se combiner, puisque la cession d’un fonds emporte le plus souvent celle du bail.

Qui exerce vraiment ce droit ?

Pas toujours la commune. Elle peut avoir délégué, et le nom qui figure sur la décision de préemption n’est alors pas celui qu’on attendait.

Le premier étage de délégation est intercommunal : « Lorsque la commune fait partie d’un établissement public de coopération intercommunale y ayant vocation, elle peut, en accord avec cet établissement, lui déléguer tout ou partie des compétences qui lui sont attribuées par le présent chapitre »2.

Le second étage est plus large encore. La commune ou l’intercommunalité « peut déléguer ce droit de préemption à un établissement public y ayant vocation, à une société d’économie mixte, au concessionnaire d’une opération d’aménagement ou à la personne titulaire d’un contrat mentionné à l’article L. 300-9 »2. Quatre catégories, donc, et non trois. Et le texte règle la question de propriété qui vient immédiatement à l’esprit : « Les biens ainsi acquis entrent dans le patrimoine du délégataire »2. Ce n’est donc pas forcément la mairie qui devient votre interlocuteur : ce peut être la société d’économie mixte à qui elle a délégué.

Une délégation peut enfin être ponctuelle. Elle « peut porter sur une ou plusieurs parties du périmètre de sauvegarde ou être accordée à l’occasion de l’aliénation d’un fonds de commerce, d’un fonds artisanal, d’un bail commercial ou de terrains »2. Dossier par dossier, autrement dit. C’est un point à vérifier plutôt qu’à supposer, comme se vérifie l’existence d’un projet d’urbanisme pesant sur un terrain.

Le dossier de Blandine, poste par poste

Exemple construit, chiffres cohérents entre eux, aucun dossier réel derrière. Blandine possède un immeuble de rapport dont le rez-de-chaussée abrite une boulangerie. Le locataire part à la retraite et cède son fonds 145 000 € à un repreneur qu’elle a accepté. Le local est dans un périmètre de sauvegarde institué trois ans plus tôt.

Le dossier de Blandine, poste par poste

Le dossier de Blandine, poste par poste — tableau 3
Prix de cession du fonds, déclaré145 000 €Payé par le préempteur au cédant
Audit du fonds par le repreneur3 200 €Le repreneur évincé
Honoraires d’agrément et de rédaction5 200 €Blandine
Total des frais engagés8 400 €Répartis entre les deux
Prix et frais confondus153 400 €Poids total du dossier
Loyer mensuel du local1 150 €Le locataire en place
Loyer sur les 2 mois d’instruction2 300 €Le locataire en place

Le tableau s’additionne à l’écran, et c’est voulu : 3 200 € et 5 200 € font les 8 400 € de frais, que l’on ajoute aux 145 000 € du prix pour obtenir les 153 400 € que pèse l’opération. Le loyer de 1 150 € multiplié par les 2 mois d’instruction donne les 2 300 € qui restent dus pendant l’attente — car la déclaration ne suspend pas le bail. Personne ne cesse de payer parce qu’une mairie réfléchit.

Ce que Blandine perd, et ce qu’elle garde, se sépare nettement. Elle perd le choix du repreneur : ses 5 200 € d’honoraires d’agrément ont porté sur un candidat qui ne prendra pas le local. Elle garde son immeuble, elle garde son loyer, et elle garde le pouvoir de dire non à la rétrocession du bail, puisque son accord préalable en conditionne la validité. Sur un dossier de 153 400 €, c’est cette dernière ligne qui vaut le plus cher.

Quatre dossiers qui dérapent, et ce que chacun coûte

Dans les quatre, la cession était bonne et le repreneur solide. C’est une formalité oubliée, ou une phrase mal lue, qui a coûté.

La cession faite sans déclaration. Le cédant ignore que la commune a délimité une zone protégée, et il vend directement. La cession encourt la nullité prévue par le texte, avec un repreneur qui a déjà commencé à exploiter et 145 000 € qui ont changé de mains. Ce que la nullité emporte exactement comme restitutions ne se règle pas dans cet article, et rien ne sera avancé ici sur ce point : ce qui est certain, c’est que défaire cette situation coûtera plus que les 8 400 € de frais initiaux.

Le prix révisé après le silence. Les 2 mois sont écoulés, la commune n’a rien dit, et le cédant accorde une remise de 5 000 € pour ne pas perdre son repreneur. Il ne vend plus aux conditions déclarées : la renonciation acquise ne couvre pas ce nouveau prix, et l’opération repart pour 2 mois de déclaration.

L’accord du bailleur donné après coup. La commune rétrocède le bail, puis sollicite Blandine. L’accord devait être préalable et figurer dans l’acte : donné ensuite, il ne purge rien, et la rétrocession encourt la nullité — avec un exploitant déjà installé dans le local et 1 150 € de loyer par mois que Blandine encaisse d’un preneur dont le titre est contestable.

Le délégataire non identifié. Le cédant adresse sa déclaration à la mairie, qui avait délégué le droit à une société d’économie mixte. Le dossier dort quinze jours avant d’être transmis, et le décompte des 2 mois se discute. Sur une opération de 153 400 €, quinze jours d’incertitude suffisent à faire renoncer un repreneur.

Le point commun des quatre tient en une phrase : ce droit ne se subit pas, il s’anticipe — à condition de savoir qu’il existe.

Six gestes avant de céder ou de laisser céder

Trois pour le cédant, trois pour le propriétaire des murs — le dernier servant aux deux.

  1. Faites confirmer par écrit que la zone protégée couvre l’adresse. Dehors, ce droit n’existe pas et la cession est libre. Dedans, tout le reste s’enchaîne. Un courriel de la mairie mentionnant l’adresse suffit à documenter la réponse.
  2. Établissez la déclaration avec les sept mentions. Prix, conditions, activité du repreneur, nombre de salariés, nature des contrats, bail le cas échéant, chiffre d’affaires. Une déclaration incomplète expose à la même sanction qu’une déclaration absente, et un expert-comptable sort ces chiffres en une heure.
  3. Ne touchez plus au prix pendant les 2 mois, ni après. Le silence vaut renonciation aux prix et conditions déclarés, à ceux-là seulement. Une remise de dernière minute rouvre un délai de 2 mois entier.
  4. Vérifiez qui exerce réellement le droit. Commune, intercommunalité, établissement public, société d’économie mixte, concessionnaire : le bien acquis entre dans le patrimoine du délégataire, et c’est lui qui deviendra votre interlocuteur pendant 2 ans ou 3 ans, 6 ans ou 7 ans en grande opération d’urbanisme.
  5. Gardez la main sur l’accord de rétrocession. C’est votre seul point de contrôle et il est décisif : sans accord préalable figurant à l’acte, la rétrocession du bail est nulle. Faites-le viser par votre notaire avant de le signer.
  6. Datez toutes les notifications. Le délai de 2 mois court de la réception de la déclaration, et les délais de 2 ans, 3 ans, 6 ans ou 7 ans courent de la prise d’effet de l’aliénation. Un commissaire de justice date une remise quand un envoi ordinaire laisse la question ouverte.

Un mot sur les professionnels que ce dossier mobilise, et sur leur ordre d’intervention. Le notaire rédige l’acte de rétrocession et c’est lui qui portera — ou omettra — la clause d’accord préalable du bailleur : c’est le professionnel à saisir en premier quand la préemption est notifiée. L’expert-comptable du cédant produit le chiffre d’affaires et l’état des contrats de travail que la déclaration exige, et il les produit vite. Le commissaire de justice sert à dater une notification quand le point de départ d’un délai risque d’être discuté. L’agent immobilier, enfin, connaît les zones protégées de son secteur mieux que quiconque, parce qu’il se heurte à leurs effets sur les mandats de cession qu’il prend.

Une remarque pour finir sur ce que ce guide ne traite pas. Il ne décrit pas la procédure d’exercice du droit elle-même : le texte prévoit qu’elle suit « les modalités prévues par les articles L. 213-4 à L. 213-7 »1, et ces quatre articles n’ont pas été lus pour ce guide, donc rien n’en sera dit. Il ne dit pas comment se conteste une décision de préemption, ni devant quelle juridiction. Il ne traite ni du droit de préemption urbain sur les immeubles, ni de celui des sociétés d’aménagement foncier, qui sont d’autres droits portant sur d’autres biens. Il n’aborde pas le sort du fonds que la commune n’aurait pas rétrocédé au terme du délai, parce que les articles lus ne le règlent pas. Et il ne donne aucune indication sur la fréquence de ces préemptions, faute de l’avoir mesurée.

CE QUI SE PRÉEMPTE EST L’ENTREPRISE, JAMAIS LES MURS

Le bailleur n’est pas partie à la cession.

Il n’est ni vendeur ni acheteur, et pourtant l’opération décide de qui occupera son local pendant les années qui viennent. Le texte lui rend la main à un seul endroit — mais il la lui rend entièrement.

  • Pourquoi l’accord du bailleur doit être préalable et figurer à l’acte
  • Pourquoi le préempteur n’est pas toujours la mairie
  • Ce que le second régime, créé en 2023, déplace de six à sept ans
Questions fréquentes

Questions fréquentes

Huit réponses directes sur le périmètre de sauvegarde, ce qui entre dans l’assiette, les sept mentions de la déclaration, la portée du silence, l’obligation de rétrocéder, l’accord du bailleur et l’identité réelle du préempteur.

Un immeuble de rapport avec un commerce en pied ?

Le fonds de votre locataire peut changer de mains sans vous, mais son successeur ne peut pas s’installer durablement sans votre accord.

Faire le point sur un projet

01 · Le champ

  • 01Ma commune peut-elle préempter la cession d’un fonds n’importe où ?
    Non. Ce droit n’existe que dans un périmètre créé sur mesure : « Le conseil municipal peut, par délibération motivée, délimiter un périmètre de sauvegarde du commerce et de l’artisanat de proximité, à l’intérieur duquel sont soumises au droit de préemption institué par le présent chapitre les aliénations à titre onéreux de fonds artisanaux, de fonds de commerce ou de baux commerciaux. » Trois conditions donc : une délibération du conseil municipal, une motivation, un périmètre délimité. Hors de ce périmètre, la cession se fait librement, et la question ne se pose pas.
  • 02Est-ce mon immeuble que la commune achète ?
    Non, et c’est la distinction la plus importante du sujet. Sont visés le fonds artisanal, le fonds de commerce, le bail commercial, et certains terrains à commerce. Les murs d’un immeuble de rapport ne sont pas dans cette liste : ils relèvent d’autres droits de préemption, régis par d’autres textes. Le propriétaire des murs conserve son bien ; ce qui change de mains, c’est l’entreprise de son locataire, et donc l’identité de la personne qui occupera le local.

02 · La déclaration

  • 03Que doit contenir la déclaration préalable du cédant ?
    Sept mentions, et l’omission est sanctionnée par la nullité de la cession. Le texte énumère : « Cette déclaration précise le prix, l’activité de l’acquéreur pressenti, le nombre de salariés du cédant, la nature de leur contrat de travail et les conditions de la cession. Elle comporte également le bail commercial, le cas échéant, et précise le chiffre d’affaires lorsque la cession porte sur un bail commercial ou un fonds artisanal ou commercial. » Le nombre de salariés et la nature de leurs contrats portent sur le cédant, pas sur le repreneur.
  • 04Que se passe-t-il si la commune ne répond pas ?
    Le silence libère, mais à des conditions figées. « Le silence du titulaire du droit de préemption pendant le délai de deux mois à compter de la réception de cette déclaration vaut renonciation à l’exercice du droit de préemption. Le cédant peut alors réaliser la vente aux prix et conditions figurant dans sa déclaration. » Aux prix et conditions déclarés, donc, et à aucun autre : une remise consentie après coup fait sortir l’opération du champ de la renonciation acquise, et impose une nouvelle déclaration.

03 · La rétrocession

  • 05La commune peut-elle garder le fonds indéfiniment ?
    Non, elle doit rétrocéder. Le titulaire du droit « doit, dans le délai de deux ans à compter de la prise d’effet de l’aliénation à titre onéreux, rétrocéder le fonds artisanal, le fonds de commerce, le bail commercial ou le terrain » à une entreprise immatriculée, en vue d’une exploitation destinée à préserver la diversité commerciale et artisanale du périmètre. « Ce délai peut être porté à trois ans en cas de mise en location-gérance du fonds de commerce ou du fonds artisanal. »
  • 06Mon accord de bailleur est-il nécessaire pour la rétrocession ?
    Oui, quand ce qui est rétrocédé est un bail commercial, et la sanction est la nullité : « La rétrocession d’un bail commercial est subordonnée, à peine de nullité, à l’accord préalable du bailleur. Cet accord figure dans l’acte de rétrocession. » Deux exigences donc, et elles se cumulent : l’accord doit être antérieur à l’acte, et il doit se lire dans l’acte lui-même. Un courrier conservé dans un dossier ne remplace pas une clause écrite dans la rétrocession.

04 · Les variantes

  • 07Le préempteur est-il toujours la mairie ?
    Pas nécessairement. La commune peut déléguer à son intercommunalité, puis celle-ci « peut déléguer ce droit de préemption à un établissement public y ayant vocation, à une société d’économie mixte, au concessionnaire d’une opération d’aménagement ». La délégation peut même être ponctuelle, accordée « à l’occasion de l’aliénation d’un fonds de commerce, d’un fonds artisanal, d’un bail commercial ou de terrains ». Et « les biens ainsi acquis entrent dans le patrimoine du délégataire » : ce n’est donc pas la mairie qui devient titulaire du bail.
  • 08Les délais sont-ils les mêmes partout depuis 2023 ?
    Non. Un second régime existe depuis le 25 octobre 2023 dans les grandes opérations d’urbanisme menées en zone d’activité économique. Il déplace les deux paramètres du dispositif : sont préemptables les terrains portant des commerces « d’une surface de vente comprise entre 1 000 et 4 000 mètres carrés », au lieu de l’intervalle de 300 à 1 000 mètres carrés du régime général, et « le délai de rétrocession peut être porté à six ans, et à sept ans en cas de mise en location-gérance du fonds de commerce ou du fonds artisanal ».

On achète les murs, on suit le loyer. On regarde rarement qui exploite dedans.

Hagnéré Investissement accompagne l’achat d’immeubles de rapport et perçoit des honoraires publics. Nous exposons les textes ; sur une cession de fonds en zone protégée, l’interlocuteur utile est le notaire, puis l’avocat si la nullité est en jeu.

Quatre articles du code de l’urbanisme lus sur des adresses sans dateChaque version datée : 2014, 2022, 2023 et 2023, aucune version postérieureAucune fréquence de préemption publiée : elle n’a pas été mesurée

Sources et date de contrôle

Quatre articles du code de l'urbanisme, lus sur Légifrance à des adresses sans date et reproduits mot à mot dans leur version en vigueur au 28 août 2026. Chacun porte sa date de version et son texte modificateur ; aucun n'annonce de version postérieure.

  • Source 01

    Article L. 214-1 du code de l'urbanisme — Légifrance. Le conseil municipal peut, par délibération motivée, délimiter un périmètre de sauvegarde du commerce et de l'artisanat de proximité, à l'intérieur duquel sont soumises au droit de préemption institué par le présent chapitre les aliénations à titre onéreux de fonds artisanaux, de fonds de commerce ou de baux commerciaux. A l'intérieur de ce périmètre, sont également soumises au droit de préemption visé à l'alinéa précédent les aliénations à titre onéreux de terrains portant ou destinés à porter des commerces d'une surface de vente comprise entre 300 et 1 000 mètres carrés. Chaque aliénation à titre onéreux est subordonnée, à peine de nullité, à une déclaration préalable faite par le cédant à la commune. Cette déclaration précise le prix, l'activité de l'acquéreur pressenti, le nombre de salariés du cédant, la nature de leur contrat de travail et les conditions de la cession. Elle comporte également le bail commercial, le cas échéant, et précise le chiffre d'affaires lorsque la cession porte sur un bail commercial ou un fonds artisanal ou commercial. Le droit de préemption est exercé selon les modalités prévues par les articles L. 213-4 à L. 213-7. Le silence du titulaire du droit de préemption pendant le délai de deux mois à compter de la réception de cette déclaration vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. Le cédant peut alors réaliser la vente aux prix et conditions figurant dans sa déclaration. Version en vigueur depuis le 20 juin 2014, modifiée par la loi n° 2014-626 du 18 juin 2014, article 17. Consulté le 28 août 2026.

  • Source 02

    Article L. 214-1-1 du code de l'urbanisme — Légifrance. Lorsque la commune fait partie d'un établissement public de coopération intercommunale y ayant vocation, elle peut, en accord avec cet établissement, lui déléguer tout ou partie des compétences qui lui sont attribuées par le présent chapitre. La commune ou l'établissement public de coopération intercommunale délégataire mentionné au premier alinéa peut déléguer ce droit de préemption à un établissement public y ayant vocation, à une société d'économie mixte, au concessionnaire d'une opération d'aménagement ou à la personne titulaire d'un contrat mentionné à l'article L. 300-9 lorsque le contrat prévoit les éléments mentionnés au deuxième alinéa du même article L. 300-9. Cette délégation peut porter sur une ou plusieurs parties du périmètre de sauvegarde ou être accordée à l'occasion de l'aliénation d'un fonds de commerce, d'un fonds artisanal, d'un bail commercial ou de terrains. Les biens ainsi acquis entrent dans le patrimoine du délégataire. Version en vigueur depuis le 23 février 2022, modifiée par la loi n° 2022-217 du 21 février 2022, articles 110 et 112. Consulté le 28 août 2026.

  • Source 03

    Article L. 214-2 du code de l'urbanisme — Légifrance. Le titulaire du droit de préemption doit, dans le délai de deux ans à compter de la prise d'effet de l'aliénation à titre onéreux, rétrocéder le fonds artisanal, le fonds de commerce, le bail commercial ou le terrain à une entreprise immatriculée au registre du commerce et des sociétés ou au registre national des entreprises en tant qu'entreprise du secteur des métiers et de l'artisanat, en vue d'une exploitation destinée à préserver la diversité et à promouvoir le développement de l'activité commerciale et artisanale dans le périmètre concerné. Ce délai peut être porté à trois ans en cas de mise en location-gérance du fonds de commerce ou du fonds artisanal. L'acte de rétrocession prévoit les conditions dans lesquelles il peut être résilié en cas d'inexécution par le cessionnaire du cahier des charges. L'acte de rétrocession d'un fonds de commerce est effectué dans le respect des conditions fixées par les dispositions du chapitre Ier du titre IV du livre Ier du code de commerce. La rétrocession d'un bail commercial est subordonnée, à peine de nullité, à l'accord préalable du bailleur. Cet accord figure dans l'acte de rétrocession. Pendant le délai indiqué au premier alinéa du présent article, le titulaire du droit de préemption peut mettre le fonds en location-gérance dans les conditions prévues aux articles L. 144-1 à L. 144-13 du code de commerce. Version en vigueur depuis le 1er janvier 2023, modifiée par l'ordonnance n° 2021-1189 du 15 septembre 2021, article 36. Consulté le 28 août 2026.

  • Source 04

    Article L. 214-2-1 du code de l'urbanisme — Légifrance. Le droit de préemption institué au présent chapitre peut être instauré, par délibération motivée, à l'intérieur du périmètre d'une grande opération d'urbanisme mentionnée à l'article L. 312-3 mise en œuvre dans tout ou partie d'une zone d'activité économique, au sens de l'article L. 318-8-1, dont la transformation, notamment afin d'en favoriser la mixité fonctionnelle, est prévue par cette opération d'aménagement. Par dérogation aux articles L. 214-1 et L. 214-2, dans les secteurs où il est instauré : 1° Sont également soumises au droit de préemption les aliénations à titre onéreux de terrains accueillant ou destinés à accueillir des commerces d'une surface de vente comprise entre 1 000 et 4 000 mètres carrés ; 2° Le délai de rétrocession peut être porté à six ans, et à sept ans en cas de mise en location-gérance du fonds de commerce ou du fonds artisanal. Version en vigueur depuis le 25 octobre 2023, créée par la loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023, article 22. Consulté le 28 août 2026.

Avertissement

Information éditoriale — pas un conseil personnalisé.

Les quatre articles cités ont été lus sur Légifrance avant citation, sur des adresses sans date, et sont reproduits mot à mot dans leur version en vigueur au 28 août 2026. Leurs dates diffèrent et le guide le dit : l’article L. 214-1 est en vigueur depuis le 20 juin 2014, l’article L. 214-1-1 depuis le 23 février 2022, l’article L. 214-2 depuis le 1er janvier 2023, et l’article L. 214-2-1 depuis le 25 octobre 2023. Aucun des quatre n’annonce de version postérieure. Le chapitre a donc bougé trois fois entre février 2022 et octobre 2023, la dernière pour créer le régime des grandes opérations d’urbanisme : c’est pourquoi ce second régime figure ici malgré son champ étroit. Les montants du dossier de Blandine — 145 000 € de prix, 3 200 € et 5 200 € de frais, 1 150 € de loyer mensuel — sont choisis pour que les additions se vérifient de tête ; ce sont des hypothèses posées pour l’exemple, et non des moyennes de marché. Nous ne publions ni le nombre de communes ayant délimité une telle zone, ni la proportion de cessions préemptées, faute de les avoir mesurés. Hagnéré Investissement accompagne l’achat d’immeubles de rapport et perçoit des honoraires publics ; sur une cession de fonds en zone protégée, l’interlocuteur utile est le notaire, puis l’avocat si la nullité est en jeu.