Un recours contre votre permis n’arrête pas le chantier : la date qui décide vraiment, et ce qu’un mois d’arrêt coûte
« Un recours dirigé contre […] un permis de construire, d’aménager ou de démolir ne peut être assorti d’une requête en référé suspension que jusqu’à l’expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens. » La fenêtre se ferme bien avant le jugement.
SEPT ARTICLES DE DEUX CODES LUS MOT À MOT
Un voisin attaque votre permis. Votre chantier, lui, n’est pas arrêté.
Aucun texte lu ne dit qu’un recours suspend les travaux — et le code organise une procédure distincte pour obtenir cette suspension. Encore faut-il savoir quand elle se ferme.
- Le référé-suspension n’est ouvert que jusqu’à la cristallisation des moyens
- Cette date court depuis le premier mémoire en défense, pas depuis le recours
- Le juge statue en dix mois au-delà de deux logements
- Et depuis le 28 novembre 2025, le recours gracieux ne proroge plus rien
ARTICLES LUS MOT À MOT
7
POUR STATUER SUR UN RÉFÉRÉ
1 mois
CRISTALLISATION APRÈS LA DÉFENSE
2 mois
DÉLAI DE JUGEMENT AU-DELÀ DE 2 LOGEMENTS
10 mois
COÛT D’UN MOIS DE CHANTIER ARRÊTÉ
2 575 €
SUR LES DIX MOIS DU JUGEMENT
25 750 €
Écrit par
Fondateur de Hagnéré Investissement
Guide général et national — aucune recommandation personnalisée
La réponse en trente secondes. Le recours seul n’arrête rien. Aucun des textes lus ne dit qu’un recours suspend les travaux, et le code organise une procédure distincte pour obtenir cette suspension — ce qui suppose qu’elle ne se produit pas d’elle-même.
C’est le référé qui suspend, et sa fenêtre se ferme tôt. Un recours contre un permis « ne peut être assorti d’une requête en référé suspension que jusqu’à l’expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens »2.
Et depuis le 28 novembre 2025, le recours gracieux ne fait plus gagner de temps au voisin. Il « n’est pas prorogé par l’exercice d’un recours gracieux ou d’un recours hiérarchique »5.
Le corpus explique comment purger un permis et ce qu’un certificat d’urbanisme cristallise. Il s’arrête au dépôt du recours, et le guide sur la purge le dit lui-même : il ne traite pas l’effet d’un recours sur l’exécution des travaux. C’est le sujet de celui-ci.
Un recours arrête-t-il le chantier ?
Non, et il faut dire tout de suite comment ce guide l’établit, parce qu’il ne l’établit pas par une citation.
Aucun des sept articles lus pour ce dossier n’énonce en toutes lettres qu’un recours contre un permis est dépourvu d’effet suspensif. Ce que ces articles montrent, c’est autre chose : le code de justice administrative ouvre au requérant une procédure spéciale pour obtenir que l’exécution soit suspendue, et le code de l’urbanisme en encadre l’usage contre un permis.
Une procédure spéciale pour obtenir la suspension n’aurait aucun objet si le recours la produisait tout seul. C’est un raisonnement, pas une lecture, et il vaut ce que vaut sa prémisse : les textes lus. Un lecteur qui veut la règle écrite noir sur blanc devra la chercher ailleurs que dans ce guide.
La conséquence pratique est immédiate et elle décide de tout le reste. Sidonie peut ouvrir son chantier le lendemain du dépôt du recours. Ce qu’elle construit, elle le construit à ses risques, et la suite de ce guide chiffre exactement ces risques.
Comment un voisin peut-il faire suspendre les travaux ?
En demandant au juge des référés de suspendre le permis, et non les travaux. Le texte fondateur est bref : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision »1.
Notez l’objet de la suspension : la décision, c’est-à-dire le permis. Le chantier s’arrête par ricochet, parce que continuer sans permis exécutoire expose à d’autres ennuis, mais ce n’est pas le chantier que le juge regarde.
Notez aussi la mécanique. Le référé ne vit pas seul : il suppose une requête en annulation déjà déposée, et la suspension « prend fin au plus tard lorsqu’il est statué sur la requête en annulation »1. C’est une mesure d’attente, jamais une décision sur le fond.
Ce que le juge des référés doit trouver
Deux choses, et le texte les pose ensemble : la suspension peut être ordonnée « lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision »1.
L’urgence, contre un permis, ne se discute plus. Le code de l’urbanisme la donne d’avance : « La condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite »2. Le voisin n’a donc rien à démontrer sur ce terrain.
Tout se joue sur la seconde condition. Il faut un moyen — un argument de droit — qui crée un doute sérieux sur la légalité du permis, et le mot « sérieux » fait le tri. Un désaccord esthétique n’en est pas un ; une hauteur qui dépasse ce que le plan local autorise en est un.
Un détail de calendrier compte pour le bénéficiaire du permis. Quand le référé est formé par un tiers, « le juge des référés statue sur cette demande dans un délai d’un mois »2. L’incertitude est donc brève, même si elle tombe au pire moment.
Jusqu’à quand la suspension peut-elle être demandée ?
Jusqu’à la cristallisation des moyens, et pas un jour de plus. C’est la règle la moins connue de ce dossier, et celle qui change le plus la position du porteur de projet.
Le texte est net : un recours contre un permis « ne peut être assorti d’une requête en référé suspension que jusqu’à l’expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort »2.
Passé cette date, le recours continue mais il ne peut plus arrêter quoi que ce soit. Le chantier va jusqu’au jugement, et le risque change de nature : il n’est plus l’arrêt, il est ce que le juge décidera à la fin.
Pour un investisseur, cela transforme la lecture du calendrier. La question n’est pas de savoir combien de temps le recours va durer, mais à quelle date la fenêtre de la suspension se ferme, parce que c’est cette date-là qui rend le chantier définitivement praticable, et que le raisonnement qui consiste à attendre la fin de l’instance pour engager les travaux revient à s’imposer soi-même une suspension que le juge n’a pas prononcée, sur une durée que le code, précisément, s’efforce de raccourcir.
La date qui ferme la fenêtre
Deux mois après un événement de procédure, et non après le dépôt du recours. Ce délai vaut 61 jours dans le dossier de Sidonie. Le texte fixe le point de départ avec précision : « les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense »3.
Le premier mémoire en défense est celui que produit la commune, ou le bénéficiaire du permis. Sa date de communication n’est donc pas entre les mains du voisin : elle dépend de la juridiction et de la rapidité de la défense.
Une réserve importante ferme mal cette porte. Le président de la formation de jugement « peut, à tout moment, fixer une nouvelle date de cristallisation des moyens lorsque le jugement de l’affaire le justifie »3. La fenêtre peut donc rouvrir, et ce guide ne dit pas dans quels cas cela arrive, le texte ne le disant pas.
Une exception vise le porteur de projet lui-même. La règle « n’est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire »3 : celui qui attaque un refus n’est pas soumis à cette cristallisation.
Combien de temps le recours dure-t-il ?
Dix mois, quand le projet dépasse deux logements. Le texte pose l’obligation au juge : « Le juge statue dans un délai de dix mois sur les recours contre les permis de construire un bâtiment comportant plus de deux logements, contre les permis d’aménager un lotissement ou contre les décisions refusant la délivrance de ces autorisations »4.
Lisez le champ avant de vous réjouir. Un immeuble de rapport de trois logements y entre ; une maison individuelle n’y entre pas, et son recours suit le rythme ordinaire de la juridiction, qui est plus long.
Le même délai s’impose en appel : la cour administrative d’appel « statue dans le même délai sur les jugements rendus sur les requêtes mentionnées au premier alinéa »4. Un dossier qui monte deux fois occupe donc 20 mois, sans compter l’intervalle entre les deux instances.
Ce que la loi du 26 novembre 2025 a changé
Un article neuf, et il retire au voisin un mois de réflexion. La loi de simplification du droit de l’urbanisme et du logement a créé un article entré en vigueur le 28 novembre 2025, que beaucoup de dossiers ignorent encore.
Il dispose : « Le délai d’introduction d’un recours gracieux ou d’un recours hiérarchique à l’encontre d’une décision relative à une autorisation d’urbanisme est d’un mois »5, là où le droit commun en donnait deux.
La seconde phrase est la vraie nouveauté. Le délai de recours contentieux « n’est pas prorogé par l’exercice d’un recours gracieux ou d’un recours hiérarchique »5. Autrefois, un voisin déposait un recours gracieux et se rouvrait deux mois pleins pour saisir le tribunal ; ce mécanisme est fermé.
Le texte précise enfin : « Le silence gardé pendant plus de deux mois sur ce recours par l’autorité compétente vaut décision de rejet »5. Pour le bénéficiaire du permis, l’effet net se résume à ceci : le calendrier des menaces se referme plus vite qu’avant, un voisin qui a laissé passer le premier mois n’a plus la ressource du gracieux pour se rouvrir une porte, et le porteur de projet qui compte ses délais depuis l’affichage sait, deux mois après, qu’aucun recours nouveau ne viendra s’ajouter à ceux déjà déposés.
Un permis annulé oblige-t-il à démolir ?
Rarement, et le texte est beaucoup plus restrictif que la rumeur. Le propriétaire « ne peut être condamné par un tribunal de l’ordre judiciaire à la démolir du fait de la méconnaissance des règles d’urbanisme ou des servitudes d’utilité publique que si, préalablement, le permis a été annulé pour excès de pouvoir par la juridiction administrative »7.
L’annulation est donc un préalable, pas une conséquence automatique. Et elle ne suffit pas : l’article subordonne la démolition à la situation de la construction dans une zone figurant à une énumération de quatorze entrées, de a à n. Ce guide ne les a pas transcrites et n’en donne pas la liste.
Un délai enferme l’action. « L’action en démolition doit être engagée dans le délai de deux ans qui suit la décision devenue définitive de la juridiction administrative »7. Passé 24 mois, la voie est fermée.
Le même article traite les dommages et intérêts, et selon la même logique. Le constructeur « ne peut être condamné par un tribunal de l’ordre judiciaire à des dommages et intérêts que si, préalablement, le permis a été annulé pour excès de pouvoir ou si son illégalité a été constatée par la juridiction administrative »7.
Le voisin peut-il être condamné ?
Oui, mais la condition est double et la forme compte. Le texte vise le droit de recours « mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis »6.
Deux conditions cumulatives, donc : un comportement abusif, et un préjudice. Un recours qui échoue n’est pas pour autant abusif, et un recours abusif qui n’a rien coûté n’ouvre rien.
La forme est la partie que l’on rate le plus souvent. Le bénéficiaire du permis « peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l’auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts »6. Un paragraphe glissé dans le mémoire en défense ne remplit pas cette exigence.
Une consolation de calendrier existe. La demande « peut être présentée pour la première fois en appel »6, ce qui laisse le temps de mesurer le préjudice avant de le chiffrer.
Le dossier de Sidonie, échéance par échéance
Exemple construit, chiffres cohérents entre eux, aucun dossier réel derrière. Sidonie transforme des combles en 3 logements de 700 € de loyer mensuel chacun, sur un immeuble qu’elle détient déjà. Le chantier coûte 180 000 €, financés par un emprunt de 150 000 € à 3,8 %.
Le permis est affiché le 2 mars 2026. Le voisin dépose son recours le 28 avril 2026, dans le délai. La commune produit son mémoire en défense, communiqué le 15 juin 2026.
Un permis affiché le 2 mars 2026, cinq échéances
| Échéance | Date | Délai |
|---|---|---|
| Dernier jour pour un recours gracieux | 2 avril 2026 | 31 jours |
| Dernier jour pour un recours des tiers | 2 mai 2026 | 61 jours |
| Cristallisation, dernier jour pour un référé | 15 août 2026 | 61 jours |
| Jugement attendu | 28 février 2027 | 306 jours |
Les deux premiers délais courent depuis l’affichage, le troisième depuis la communication du mémoire en défense, le quatrième depuis le dépôt du recours. Entre le dépôt et la fermeture de la fenêtre du référé, il s’écoule 109 jours ; entre cette fermeture et le jugement, 197 jours de plus.
Le calcul qui décide vraiment est celui du chantier arrêté. Si le référé prospère, Sidonie ne construit plus, mais elle paie toujours ses intérêts et ne perçoit pas ses loyers.
Ce que coûte un mois de chantier arrêté
| Poste | Montant |
|---|---|
| Intérêts mensuels de l’emprunt | 475 € |
| Loyers mensuels non perçus | 2 100 € |
| Coût d’un mois d’arrêt | 2 575 € |
| Coût cumulé sur les dix mois du jugement | 25 750 € |
Les deux premières lignes s’additionnent à l’écran : 475 et 2 100 font 2 575 €. Sur les dix mois du délai de jugement, l’arrêt coûterait 25 750 €, soit 14,3 % du montant des travaux et l’équivalent de 102 % d’une année de loyers.
Ce chiffre explique pourquoi la date du 15 août 2026 compte plus que celle du jugement. Après elle, le chantier ne peut plus être arrêté par cette voie, et 197 jours de travaux se déroulent hors d’atteinte du référé — soit 64 % du délai de jugement.
Ce que ce dossier ne dit pas mérite d’être posé aussi nettement. Il ne dit pas si le référé du voisin prospérerait, ce qui dépend d’un moyen que ce guide ne peut pas apprécier. Il ne chiffre pas le coût d’une immobilisation de chantier au-delà des intérêts et des loyers, alors qu’un arrêt fait aussi partir les artisans.
Quatre dossiers qui dérapent, et ce que chacun coûte
Quatre dossiers distincts, dans lesquels le permis était régulier et le recours recevable.
Le porteur de projet qui attend le jugement pour commencer. Il croit son permis paralysé et suspend tout de lui-même, alors qu’aucun juge ne l’a suspendu. Dix mois d’attente volontaire, sur un dossier calibré comme celui-ci, coûtent 25 750 € que rien n’imposait.
Le porteur de projet qui ne défend pas vite. La cristallisation court à partir de la communication du premier mémoire en défense : plus la défense tarde, plus la fenêtre du référé reste ouverte. Chaque mois gagné sur ce mémoire, c’est 2 575 € de risque en moins sur la table.
Le bénéficiaire qui réclame des dommages dans son mémoire en défense. Le texte exige un mémoire distinct. La demande est écartée pour cette seule raison, et le préjudice de 25 750 € reste à sa charge.
Le voisin qui compte sur le recours gracieux pour gagner du temps. Il dépose un gracieux au deuxième mois, puis saisit le tribunal en pensant disposer de deux mois neufs. Depuis le 28 novembre 2025, le délai contentieux n’est plus prorogé : son recours est tardif, et les 180 000 € de travaux se poursuivent.
Le point commun des quatre tient en une ligne. Chacun a raisonné sur une règle qu’il croyait connaître — le recours suspend, le gracieux proroge, une demande vaut mémoire — au lieu de lire celle qui s’applique.
Six gestes le jour où le recours arrive
Trois dans la semaine. Trois pendant l’instance.
- Ne suspendez rien de vous-même. Tant qu’aucun juge n’a ordonné la suspension du permis, le chantier peut se poursuivre — à vos risques, que les sections précédentes chiffrent à 2 575 € par mois d’arrêt.
- Notez la date de communication du premier mémoire en défense. C’est elle, et non le dépôt du recours, qui fait courir les deux mois de la cristallisation.
- Faites défendre vite. Chaque semaine gagnée sur ce mémoire avance d’autant la fermeture de la fenêtre du référé.
- Vérifiez si votre projet dépasse deux logements. Au-delà, le juge statue dans les dix mois ; en deçà, aucun délai ne s’impose à lui.
- Si vous demandez des dommages et intérêts, faites-le par un mémoire distinct. Le texte l’exige, et la demande peut être présentée pour la première fois en appel.
- Regardez la zone avant de craindre la démolition. Elle suppose un permis annulé et une construction située dans l’une des quatorze zones que l’article énumère.
Un mot sur les professionnels que ce dossier mobilise, et sur leur ordre. Le commissaire de justice constate l’affichage du permis, et c’est ce constat qui fait courir le délai de recours des tiers — la purge du permis se joue là. L’architecte relit le moyen soulevé par le voisin et dit, souvent en une heure, s’il touche une règle du plan local ou une préférence esthétique. L’artisan a besoin d’une réponse rapide, parce qu’un chantier suspendu perd son équipe et ne la retrouve pas au même prix. Le notaire, enfin, est celui qui posera la question de l’annulation le jour d’une revente, et l’attestation de non-contestation de conformité sera alors la pièce demandée.
Une remarque pour finir sur ce que ce guide ne traite pas. Il ne lit pas les articles sur la régularisation d’un vice en cours d’instance ni sur l’annulation partielle d’un permis, qui ouvrent d’autres issues que celles décrites ici. Il n’énumère pas les quatorze zones de l’article sur la démolition, ne les ayant pas transcrites. Il ne dit pas dans quels cas le juge redéplace la date de cristallisation, le texte ne le disant pas. Il ne décrit pas ce que la loi du 26 novembre 2025 change ailleurs dans le droit de l’urbanisme. Et il ne traite ni l’avis de l’architecte des bâtiments de France, ni le référé préventif avant travaux, ni les troubles de voisinage, qui obéissent à d’autres règles.
La date qui compte n’est pas celle du jugement.
Entre la fermeture de la fenêtre du référé et le jugement, il s’écoule 197 jours dans le dossier chiffré ici — soit 64 % du délai d’instance, pendant lesquels le chantier ne peut plus être arrêté par cette voie.
- Pourquoi une défense rapide avance la fermeture de la fenêtre
- Pourquoi un arrêt volontaire coûte 25 750 € que personne n’imposait
- Pourquoi la démolition suppose une annulation, une zone et deux ans
Questions fréquentes
Dix réponses directes sur l’absence d’effet suspensif, le référé-suspension et ses deux conditions, la présomption d’urgence, la cristallisation des moyens, le délai de jugement, le nouveau régime du recours gracieux, la démolition et le recours abusif.
Un recours contre le permis de votre immeuble ?
La question utile n’est pas la durée du procès, mais la date à laquelle la fenêtre du référé se ferme.
Faire le point sur un projet01 · La suspension
01Un recours contre un permis de construire arrête-t-il les travaux ?
Aucun des textes lus ne le dit, et le code organise une procédure distincte pour obtenir la suspension — ce qui suppose qu’elle ne se produit pas d’elle-même. C’est un raisonnement tiré de la structure des textes, non une citation, et ce guide le signale comme tel. En pratique, le chantier peut se poursuivre tant qu’aucun juge n’a suspendu le permis.02Comment un voisin obtient-il la suspension d’un permis ?
Par un référé-suspension. Le juge des référés « peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ». C’est le permis qui est suspendu, pas le chantier.03Le voisin doit-il démontrer l’urgence ?
Non, contre un permis. Le code de l’urbanisme dispose que « la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite ». Tout se joue donc sur la seconde condition : l’existence d’un moyen créant un doute sérieux sur la légalité du permis.
02 · La fenêtre
04Jusqu’à quand un référé-suspension peut-il être demandé ?
Jusqu’à la cristallisation des moyens. Un recours contre un permis « ne peut être assorti d’une requête en référé suspension que jusqu’à l’expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort ». Passé cette date, le recours continue mais il ne peut plus arrêter le chantier.05Quand la cristallisation des moyens intervient-elle ?
Deux mois après un événement de procédure. Les parties « ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense ». Le point de départ n’est donc pas le dépôt du recours, mais la date à laquelle la défense est communiquée.06Cette date peut-elle être repoussée ?
Oui. Le président de la formation de jugement « peut, à tout moment, fixer une nouvelle date de cristallisation des moyens lorsque le jugement de l’affaire le justifie ». Le texte ne dit pas dans quels cas, et ce guide ne le dit donc pas non plus.
03 · Les délais
07Combien de temps un recours contre un permis dure-t-il ?
Dix mois au-delà de deux logements. Le texte impose que « le juge statue dans un délai de dix mois sur les recours contre les permis de construire un bâtiment comportant plus de deux logements, contre les permis d’aménager un lotissement ou contre les décisions refusant la délivrance de ces autorisations ». Une maison individuelle n’entre pas dans ce champ.08Le recours gracieux d’un voisin prolonge-t-il son délai pour saisir le tribunal ?
Plus depuis le 28 novembre 2025. Un article créé par la loi du 26 novembre 2025 dispose que le délai de recours contentieux « n’est pas prorogé par l’exercice d’un recours gracieux ou d’un recours hiérarchique », et que le délai pour former ce gracieux « est d’un mois ».
04 · Les risques
09L’annulation d’un permis oblige-t-elle à démolir ?
Rarement. Le propriétaire ne peut être condamné à démolir « que si, préalablement, le permis a été annulé pour excès de pouvoir par la juridiction administrative », et seulement si la construction se situe dans l’une des quatorze zones que l’article énumère. « L’action en démolition doit être engagée dans le délai de deux ans qui suit la décision devenue définitive de la juridiction administrative ».10Un recours abusif peut-il être sanctionné ?
Oui, à deux conditions cumulatives et sous une exigence de forme. Le texte vise un recours exercé « dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis ». La demande se fait « par un mémoire distinct » et « peut être présentée pour la première fois en appel ».
On obtient son permis, on signe ses devis. Un recours arrive, et tout s’arrête — sans obligation.
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Sources et date de contrôle
Sept articles de deux codes lus mot à mot sur Légifrance, sur des adresses sans date, dans leur état au 28 août 2026.
- Source 01
Article L. 521-1 du code de justice administrative — Légifrance. Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu’il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision. Version en vigueur depuis le 1er janvier 2001, issue de la loi n° 2000-597 du 30 juin 2000. Aucune abrogation ni modification annoncée sur la page. Page lue sur une adresse sans date le 28 août 2026, après lui avoir demandé de s’identifier, et relue pour écarter une erreur de transcription.
- Source 02
Article L. 600-3 du code de l’urbanisme — Légifrance. Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d’aménager ou de démolir ne peut être assorti d’une requête en référé suspension que jusqu’à l’expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. La condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. […] Lorsqu’une personne autre que celles mentionnées à l’alinéa précédent défère une décision relative à un permis de construire ou d’aménager et assortit son recours d’une demande de suspension, le juge des référés statue sur cette demande dans un délai d’un mois. Version en vigueur depuis le 1er janvier 2019, issue de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018, article 80. Aucune modification postérieure annoncée. Article lu sur la page du Livre VI du code de l’urbanisme, sur une adresse sans date, le 28 août 2026, et relu pour écarter une erreur de transcription.
- Source 03
Article R. 600-5 du code de l’urbanisme — Légifrance. Par dérogation à l’article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l’application de l’article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d’une requête relative à une décision d’occupation ou d’utilisation du sol régie par le présent code, ou d’une demande tendant à l’annulation ou à la réformation d’une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. […] Le président de la formation de jugement, ou le magistrat qu’il désigne à cet effet, peut, à tout moment, fixer une nouvelle date de cristallisation des moyens lorsque le jugement de l’affaire le justifie. Le présent article n’est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire. Version en vigueur depuis le 13 avril 2019, issue du décret n° 2019-303 du 10 avril 2019. Article lu sur la page de la partie réglementaire du Livre VI, sur une adresse sans date, le 28 août 2026, et relu pour écarter une erreur de transcription.
- Source 04
Article R. 600-6 du code de l’urbanisme — Légifrance. Le juge statue dans un délai de dix mois sur les recours contre les permis de construire un bâtiment comportant plus de deux logements, contre les permis d’aménager un lotissement ou contre les décisions refusant la délivrance de ces autorisations. La cour administrative d’appel statue dans le même délai sur les jugements rendus sur les requêtes mentionnées au premier alinéa. Version en vigueur depuis le 1er septembre 2022, issue du décret n° 2022-929 du 24 juin 2022. Article lu sur la page de la partie réglementaire du Livre VI, sur une adresse sans date, le 28 août 2026, et relu pour écarter une erreur de transcription.
- Source 05
Article L. 600-12-2 du code de l’urbanisme — Légifrance. Le délai d’introduction d’un recours gracieux ou d’un recours hiérarchique à l’encontre d’une décision relative à une autorisation d’urbanisme est d’un mois. Le silence gardé pendant plus de deux mois sur ce recours par l’autorité compétente vaut décision de rejet. Le délai de recours contentieux contre une décision mentionnée au premier alinéa n’est pas prorogé par l’exercice d’un recours gracieux ou d’un recours hiérarchique. Article créé par la loi n° 2025-1129 du 26 novembre 2025 de simplification du droit de l’urbanisme et du logement, article 26. Version en vigueur depuis le 28 novembre 2025. Article lu sur la page du Livre VI du code de l’urbanisme, sur une adresse sans date, le 28 août 2026, et relu pour écarter une erreur de transcription.
- Source 06
Article L. 600-7 du code de l’urbanisme — Légifrance. Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d’aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l’auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel. Version en vigueur depuis le 1er janvier 2019, issue de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018, article 80. Article lu sur la page du Livre VI du code de l’urbanisme, sur une adresse sans date, le 28 août 2026, et relu pour écarter une erreur de transcription.
- Source 07
Article L. 480-13 du code de l’urbanisme — Légifrance. Lorsqu’une construction a été édifiée conformément à un permis de construire : 1° Le propriétaire ne peut être condamné par un tribunal de l’ordre judiciaire à la démolir du fait de la méconnaissance des règles d’urbanisme ou des servitudes d’utilité publique que si, préalablement, le permis a été annulé pour excès de pouvoir par la juridiction administrative […] L’action en démolition doit être engagée dans le délai de deux ans qui suit la décision devenue définitive de la juridiction administrative […] 2° Le constructeur ne peut être condamné par un tribunal de l’ordre judiciaire à des dommages et intérêts que si, préalablement, le permis a été annulé pour excès de pouvoir ou si son illégalité a été constatée par la juridiction administrative. L’énumération des zones dans lesquelles la démolition peut être demandée comporte quatorze entrées, de a à n ; elles n’ont pas été transcrites pour ce guide, qui n’en donne donc pas la liste. Version en vigueur depuis le 29 décembre 2019. Page lue sur une adresse sans date le 28 août 2026, après lui avoir demandé de s’identifier.
Avertissement
Information éditoriale — pas un conseil personnalisé.
Les sept sources citées ont été lues sur Légifrance avant citation, sur des adresses sans date, et sont reproduites mot à mot dans leur état au 28 août 2026. Deux pages ont été interrogées sur leur propre identité avant d’être citées, pour écarter une erreur d’adresse. Leurs dates de version diffèrent et sont données une à une : du 1er janvier 2001 pour le référé-suspension au 28 novembre 2025 pour l’article le plus récent. Le contrôle de fraîcheur a rapporté ici un article entièrement nouveau, et il faut dire comment. Deux adresses consultées portaient une date de 2026, ce qui laissait croire à une réforme récente de ces articles ; vérification faite sur les pages elles-mêmes, ces dates étaient des dates de consultation et les textes dataient de 2019. En revanche, une loi du 26 novembre 2025 a bien créé un article nouveau sur le recours gracieux, en vigueur depuis le 28 novembre 2025, et ce guide le cite. L’absence d’effet suspensif d’un recours est le seul point que ce guide établit par un raisonnement et non par une citation, et il le signale à l’endroit où il l’énonce. Les quantités du dossier de Sidonie — 180 000 € de travaux, un emprunt de 150 000 € à 3,8 %, 3 logements à 700 € — sont des hypothèses posées pour l’exemple, et non des observations ; elles sont choisies pour que 2 575 € et 25 750 € se recomptent à la main. Nous ne publions ni taux de recours contre les permis, ni proportion de référés accueillis : rien de tel n’a été mesuré. Hagnéré Investissement accompagne l’achat d’immeubles de rapport à rénover et perçoit des honoraires publics ; devant un recours, l’interlocuteur utile est l’avocat en droit public, et la première question est celle de la date de cristallisation.